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Le transport privé dans le Grand Tunis: « Taxi drivers » qui font la loi
REPORTAGE
Publié dans Le Temps le 17 - 11 - 2008

Il y a longtemps que le privé est devenu le concurrent du public dans les secteurs de service, la santé, l'enseignement et le transport. Dans ce dernier domaine, la privatisation n'est pas vraiment récente comme c'est le cas dans les deux premiers où la clinique, l'école et l'université privées ont vu le jour tardivement, puisque le taxi était né avec le transport en commun.
Il est choisi pour sa rapidité, son confort et sa fonction pratique, il nous permet de nous rendre aux endroits non desservis par le bus et le métro. Il offre tous les services que ces derniers n'assurent pas, ce qui fait de lui un moyen de transport indispensable dans la ville.
Cependant, depuis quelque temps, et à l'image de ce qui se passe dans les deux autres secteurs, la santé et l'enseignement, le taxi individuel n'est plus le seul moyen de transport privé, il en est, à son tour, concurrencé par d'autres. Cette nouvelle réalité nuit-elle au rôle qu'il a toujours tenu d'une manière exclusive ? Les problèmes éventuels qu'il connaît sont-ils provoqués par ces nouveaux concurrents ou bien ils sont le produit de la maison? Et avec ces nouveaux venus, la qualité du transport s'est-elle améliorée ? C'est pour clarifier tous ces points qu'on s'est penché sur ce dossier, qu'on s'est adressé à toutes les parties, les concernés, la clientèle et l'autorité de tutelle.
Les concurrents indisciplinés
Tous les chauffeurs du taxi individuel sont unanimes à affirmer que le rendement dans ce métier a beaucoup baissé. Ils imputent cette baisse à plusieurs facteurs parmi lesquels il y a bien sûr la concurrence livrée par les autres corporations privées naissantes. « Le transport rural nous gêne énormément, nous dit Hédi, un chauffeur de taxi ayant la cinquantaine. Le district de Tunis est une zone urbaine, je me demande selon quelle logique a-t-on autorisé à ce genre de transport à s'y implanter, si l'argument allégué est le nombre insuffisant de taxis, on aurait pu l'augmenter. Au lieu des huit places autorisées, les transporteurs ruraux font monter le double dans leurs voitures, ce qui fait qu'il y a beaucoup moins de voyageurs pour nous qu'il y en avait avant leur arrivée, enchaîna-t-il. Avec un simple permis louage, ils gagnent beaucoup plus que nous, depuis leur entrée en lice, notre recette a considérablement baissé, pendant la basse saison, on fait 50 dinars en moyenne par séance, c'est-à-dire 100 dinars par jour dont il faut retrancher 20 dinars pour le carburant ». « Ils entassent les voyageurs les uns sur les autres et en embarquent jusqu'à trente deux, d'ailleurs les chauffeurs ont des convoyeurs à bord, nous confirme Noureddine, un chauffeur appartenant à ce même secteur et travaillant dans la même zone que le taximan, Ariana/Laâouina. Respecter le règlement avec ces gens-là ne peut que vous léser, ce n'est pas en transportant huit voyageurs que je vais faire une bonne recette, je ne sais plus quoi faire, j'étais dans le taxi et je suis venu à ce domaine, j'ai vraiment regretté mon choix, ajouta-t-il ».
Le transport rural n'est pas le seul indésirable pour les chauffeurs de taxi, il y en a d'autres. « Les bus privés changent de statut et deviennent exactement comme ceux de TRANSTU aux heures de pointe, puisqu'il y a autant de places debout que de places assises sinon plus, nous affirma furieusement Radhouan, un jeune taximan, ils nous privent de clients, c'est vraiment une concurrence déloyale ». Les autres grands gêneurs sont le taxi touristique et le taxi collectif, les détenteurs de ces autorisations sont les grands privilégiés selon certains chauffeurs du taxi individuel. Mohammed Ali, un vieux routier, s'en plaint beaucoup. « les premiers ont un tarif plus important et beaucoup plus de liberté, puisqu'ils travaillent sur un territoire immense couvrant plusieurs gouvernorats. Les seconds sont comme des louages en zone urbaine, avec les huit places autorisées, ils gagnent plus et se déplacent moins, ce qui veut dire que leurs charges sont inférieures aux nôtres. Pour égaler une seule de leurs courses, nous devons en faire au moins deux et parcourir une double distance, c'est-à-dire consommer plus de carburant, nous affirma-t-il ».
Les jeunes gêneurs
Cependant, des problèmes internes existent comme le soutiennent quelques anciens parmi lesquels le même Mohammed Ali qui prétend qu' «il y a trop d'autorisations, trop de taxis, on ne peut plus faire de bonnes recettes comme au bon vieux temps. De plus, ces jeunes qui intègrent le métier lui font beaucoup de mal, ils n'ont pas la qualification requise, ajouta-t-il, imaginez qu'ils ne peuvent même pas se rendre en des endroits très connus. Nous, nous avons sillonné à pied toutes les artères et toutes les rues de la ville, nous avons peiné pour avoir notre permis de place, alors qu'eux, ils l'ont eu gratuitement, ils ne connaissent rien de la ville. Ils ne respectent même pas le code déontologique du métier, ils vous doublent et vous piquent des clients au nez, affirma-t-il». Ces doléances et ces critiques sentent le conflit de générations, étant donné que dans l'autre camp aussi on affiche la même hostilité à l'égard des vétérans. « Nous les jeunes , nous sommes condamnés à rester leurs employés, puisqu'on ne peut devenir patrons qu'à partir de quarante ans, quand on sera épuisés, cette mesure nous désavantage, nous révéla Anouar, un jeune taximan qui exerce depuis trois ans. Eux, ils n'ont pas subi cette condition d'âge, croyez-moi, il y a quelques uns parmi eux qui sont propriétaires de cinq taxis, nous confia-t-il ». Anouar va jusqu'à réclamer une majoration de la quote-part. « Depuis la réforme du régime de la couverture sociale, le patron n'effectue plus les versements des déclarations de salaire, c'est l'employé qui se prend en charge, alors je me demande pourquoi on n'augmente pas le pourcentage de la part des bénéfices de ce dernier, au lieu de 30/00, elle pourrait être de 33/00 par exemple, nous déclara-t-il ».
L'accusateur accusé
Les chauffeurs du taxi individuel cessent d'être demandeurs lorsqu'on fait intervenir les clients, là, ils passent au rang des accusés, ils deviennent défendeurs. En effet, ceux-ci leur reprochent plein de choses à commencer par le comportement. Alia, une fonctionnaire, nous affirma qu' « un jour, le taximan qui me transportait m'a insultée pour lui avoir demandé d'arrêter de fumer et a menacé de me faire descendre au milieu de la route, dans un endroit désertique ». On leur oppose un autre grief, celui de la tenue et de la propreté de la voiture. Salha, une commerçante, est l'une de ceux qui dénoncent fermement cet état de choses. « Il est inadmissible qu'une voiture publique soit comme un dépotoir, où vous trouvez des difficultés à respirer, et qu'un chauffeur soit sale avec une barbe de trois jours et des cheveux crasseux et vêtu comme un mendiant ou qu'il porte une casquette. On n'exige pas un uniforme, mais tout simplement une tenue correcte et un minimum d'hygiène, après tout il ne faut pas oublier qu'on est dans un pays touristique et que le taxi est l'une de ses facettes, conclut-elle ». Chiheb reproche aux taximan leur comportement à l'approche de l'heure de la majoration. « A partir de 20 heures, vous n'en trouvez presque plus, et à 21 heures, vous vous trouvez devant l'embarras du choix tellement ils deviennent nombreux, c'est comme s'ils étaient sortis de la terre, c'est de l'arnaque, nous confia-il ».
En attendant le beau temps
Après avoir écouté les hommes du métier et leur clientèle, on s'est retourné du côté des responsables pour trancher. On s'est adressé à Monsieur Mohammed El Ech, le Directeur de l'Animation du Transport Terrestre, qui a bien voulu répondre à notre questionnement. Il a commencé par brosser un tableau comprenant le nombre d'autorisations par activité dans le grand Tunis et qui se répartissent comme suit : taxi individuel, 10882, taxi collectif, 70, taxi touristique, 62, transport rural, 425. Il nous a précisé que ce tableau n'est pas à jour, il date de 2006 et que celui de 2008 se trouve dans les gouvernorats concernés, car ce sont eux qui livrent ces autorisations conformément aux quotas accordés par le ministère du Transport. « Mais il ne faut pas croire que ces chiffres ont grimpé en deux ans, nous affirma-t-il, le nombre des taxis individuels ne doit pas dépasser les 12 000, celui des taxis collectifs et des taxis touristiques doit connaître une augmentation insignifiante, variant de 1 à 5. Comme vous pouvez le constater, ces chiffres sont loin de léser le taxi individuel qui reste en tête comme d'habitude. Quant au transport rural, nous affirma Monsieur le Directeur, il n'y aura plus d'autorisations, d'ailleurs, on a envoyé des correspondances aux gouvernorats du grand Tunis et à celui de Monastir depuis le 28/07/2005 leur demandant de ne plus en livrer, et à ce propos, il y a une décision ministérielle qui date de décembre 2004 instituant l'arrondissement urbain s'étendant sur la zone du grand Tunis et englobant Soliman et Djebel El Ouest, conclut-il ». Concernant, enfin, les dépassements signalés par les différentes parties, les professionnels et les usagers, Monsieur le Directeur noua a affirmé que « le Ministère sévira contre les contrevenants, et sachez que nous avons pénalisé des chauffeurs de taxi pour leur tenue incorrecte ou pour leur comportement inconvenant comme ceux qui sont mal rasés et ceux qui fument. Nous avons aussi infligé des sanctions à certains bus privés pour avoir pris des voyageurs en surcharge, précisa-t-il, rassurez-vous nos agents sont très vigilants et intransigeants sur ce plan ».
Ces éclaircissements égayent un peu le ciel assombri par les plaintes des uns et des autres. Mais est-ce qu'ils sont suffisants pour changer l'aspect désagréable de notre transport privé ? Beaucoup d'efforts doivent être accomplis, la contribution de toutes les parties est requise, tout le monde est impliqué dans cette entreprise y compris les usagers qui compliquent les choses avec leur silence complice. C'est en fonction du comportement que nous allons adopter que sera fixé le climat, un ciel dégagé ou des éclaircies, à nous de choisir.


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