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La paix aussi a ses combattants
Le Temps du Monde: Proche-Orient
Publié dans Le Temps le 19 - 02 - 2007

Itzhak est Israélien et Bassam Palestinien. Les deux ont perdu un être cher, assassiné par les ultras d'en face. Le cœur plein de tristesse, mais sans haine ni rancune, ils œuvrent, mais chacun de son côté, pour la relance du dialogue israélo-palestinien.
Ce sont, à leur manière, des «Combattants de la paix». Leurs destins devraient servir d'exemple pour leurs peuples respectifs, au moment où ceux-ci reprennent langue, encouragés par une communauté internationale enfin déterminée à remettre le processus de paix sur les rails.
Israélien, juif orthodoxe, Itzhak Frankenthal était un homme affaires florissant jusqu'au jour où sa vie a basculé. C'était en juillet 1994. Son fils Arik, alors âgé de 19 ans, fut assassiné par des combattants palestiniens.
Le jeune soldat quittait sa base militaire pour un week-end de permission chez ses parents, lorsqu'il a été kidnappé par trois combattants du Hamas puis abattu d'une balle dans la tête.
Douze ans après, son père est toujours en colère. Mais sa colère ne l'a pas rempli de haine. Au contraire : «Je n'ai pas voulu devenir un autre de ces parents endeuillés qui ont perdu un enfant et qui soutiennent cette même politique [israélienne] qui a causé sa mort», écrit-il dans un article mis en ligne, le 10 février 2006, sur le site d'Israel Policy Forum.
Bassam Aramin, un Palestinien de 38 ans et père de six enfants, tous de nationalité israélienne, a perdu l'une de ses filles, Abir, qui mourut, le 19 janvier dernier, à l'hôpital Hadassah de Jérusalem. Elle avait été touchée à la tête, trois jours auparavant, par une grenade lancée dans sa direction par un soldat israélien. Abir avait 10 ans et rêvait de devenir ingénieur.
Cette perte brutale a accablé Bassam, mais pas au point de le détourner de sa foi pacifiste. Dans un article intitulé «Le chemin de la paix est sanglant, mais il faut continuer», publié par le quotidien israélien de gauche ''Ha'aretz'', le 25 janvier dernier, il a témoigné de sa tragédie personnelle, mais réaffirmé aussi avec force son engagement pour la paix israélo-arabe.
Comment Itzhak et Bassam ont-il vécu leurs drames respectifs et comment en sont-ils venus à devenir des militants pacifistes ?

Itzhak: «Les Palestiniens réagissent aux souffrances que leur inflige l'occupation».
En cette journée particulièrement torride de juillet 1994, Arik, jeune soldat de Tsahal, faisait de l'autostop à un carrefour. Il venait de quitter sa base militaire et s'apprêtait à rentrer pour un week-end de permission chez ses parents. Soudain, une voiture s'arrêta à son niveau et le conducteur lui offrit de le prendre. Lorsque le jeune homme se rendit compte qu'il était tombé dans un guet-apens tendu par trois combattants du Hamas, il était déjà trop tard. Il se débattit, essayant en vain d'ouvrir la portière et de se jeter hors de la voiture. Une balle finit par le réduire au silence. A jamais.
Après la mort de son fils, Itzhak a liquidé son entreprise et utilisé l'argent pour créer une association de parents endeuillés, palestiniens et israéliens unis par une même douleur, qui œuvrent pour la réconciliation entre les deux peuples.
«Mon fils, Arik, est né dans une démocratie. Il avait une chance de connaître une vie normale, tranquille. Il adorait sa vie, et pensait par ailleurs qu'il fallait que nous parvenions à faire la paix avec les Palestiniens, sans quoi nous ne survivrions pas », explique Itzhak. Qui ajoute: «L'assassin d'Arik est né dans une occupation terrible, subissant humiliation après humiliation, une sorte de chaos éthique. Si mon fils était né à sa place, il aurait pu finir par faire la même chose. Que tous ceux qui sont sûrs de leur bon droit, qui parlent de la cruauté des meurtriers palestiniens, se regardent bien dans le miroir».
Dans l'association fondée et dirigée par Itzhak, les parents qui ont perdu des êtres chers dans des affrontements ou des attentats se rencontrent, pleurent ensemble leurs chers disparus, puis vont dans les écoles et autres institutions éducatives et sociales pour lancer des appels à la compréhension et à l'acceptation mutuelles.
Des centaines de rencontres de ce type ont déjà été organisées en Israël, mais aussi à Gaza et en Cisjordanie. Dans les territoires palestiniens, Itzhak et ses compagnons de douleur rencontrent souvent des combattants du Hamas et d'autres organisations. Il lui est aussi arrivé de s'adresser publiquement à la foule et de parler du besoin de réconciliation. Les rencontres ne sont pas toujours exemptes d'incidents. Parfois, des Palestiniens en colère se mettent à raconter à haute voix leurs propres drames. «Certains de ces gars-là hurlent avec une telle colère... Ils n'ont pas l'occasion d'exprimer leurs émotions à un Israélien. Mais la colère, c'est si proche d'une douleur insupportable que souvent, ils hurlent jusqu'à ce qu'ils s'effondrent en larmes», raconte-t-il, compréhensif et compatissant.
Itzhak porte toujours en lui le deuil de son fils. Mais il ne nourrit aucune haine à l'égard des Palestiniens en général et des combattants du Hamas en particulier. Prié de commenter la victoire du mouvement islamiste palestinien aux élections générales du 25 janvier 2006, il s'est contenté de déclarer, avec la froide objectivité d'un analyste: «Le Hamas a gagné à cause de l'échec de l'administration précédente. Le peuple palestinien n'a pas choisi le terrorisme, il a choisi de changer de dirigeants. Le Fatah paye aujourd'hui le prix de la corruption, et du fait que ce n'est pas sous sa direction que l'occupation se terminera».
Mieux encore: Yitzhak ne cesse d'appeler Israël et les Etats-Unis à dialoguer avec le Hamas. Et parce qu'il est convaincu de la possibilité de parvenir à un accord de paix avec les Palestiniens, fussent-ils membres du Hamas, et de l'impossibilité de perpétuer l'occupation, Itzhak a créé l'Institut Arik pour la paix (http://www.arikpeace.org) dont la mission est d'œuvrer pour faire comprendre aux Israéliens que «les Palestiniens réagissent aux souffrances que leur inflige l'occupation. Une fois l'occupation terminée, les deux peuples seront en mesure de vivre côte à côte, dans la coexistence et la stabilité».
L'Institut Arik organise également, dans les territoires palestiniens, des campagnes de sensibilisation aux vertus du dialogue et de la restauration de la confiance entre les deux peuples.
Vœu pieux ? Combat donquichottesque ? Pas vraiment, surtout quand on pense qu'il n'y a pas de solution au drame que vivent aujourd'hui les deux peuples, autre que la fin des hostilités et le retour à la table des négociations.
Aux Palestiniens, Itzhak dit souvent ceci: «Aujourd'hui plus que jamais, vous devez prendre conscience de là où vous en êtes arrivés. Je ne dis pas cela avec condescendance, comme les Israéliens ont coutume de le faire, mais en tant que personne qui vous respecte et qui vous veut du bien, et surtout en tant qu'Israélien religieux et patriote sioniste. Sans le soutien de l'opinion israélienne, vous n'obtiendrez pas d'Etat palestinien, et vous continuerez de souffrir de la faim et de l'oppression. Les Américains et les Européens peuvent nous imposer un accord, mais en attendant, il y aura des milliers d'autres morts et nous n'aurons toujours pas cette paix à laquelle nous aspirons».
A ses compatriotes, Itzhak essaie de montrer qu'il y a au sein des Palestiniens un consensus pour la paix. Pour cela, il multiplie rencontres, ateliers, programmes éducatifs et expositions, en Israël et en Palestine. Durant ces manifestations, il invite des Palestiniens à affirmer haut et fort leur soutien à une coexistence pacifique avec Israël. Car, pense-t-il, il revient aux Palestiniens eux-mêmes d'envoyer un message de paix aux Israéliens et de leur faire comprendre qu'ils ne sont pas intrinsèquement violents ni emplis de haine, et qu'ils rêvent, comme tout le monde, de paix et de prospérité, pour eux et pour leurs enfants.

Bassam Aramin: «Nous avons déjà versé tellement de sang, aujourd'hui nous voulons sauver des vies des deux côtés».
Né dans le village de Seir, près de Hébron, Bassam s'est installé, depuis son mariage avec une palestinienne de nationalité israélienne, à Anata, une banlieue de Jérusalem. Cet employé du Centre national palestinien des archives de Ramallah a passé sept ans dans les prisons israéliennes avant de devenir un militant pacifiste et de co-fonder le mouvement des «Combattants pour la Paix», un groupe composé d'anciens soldats israéliens et de combattants palestiniens engagés dans la recherche d'une solution pacifique au conflit israélo-arabe.
Bassam a commencé à brandir le drapeau palestinien au nez des soldats israéliens dès l'âge de 8 ans. Arrêté en 1985, à l'âge de 16 ans, avec une bande d'amis qui ont lancé deux grenades sur des soldats israéliens et tiré sur une jeep du Tsahal sans toucher personne, il a passé 7 ans en prison. C'est durant sa détention qu'il a commencé à comprendre le problème des Palestiniens et l'histoire des Juifs, c'est-à-dire «l'esclavage en Egypte, comment ils ont souffert pendant la Shoah et comment nous payons le prix de leurs souffrances».
«Un jour, j'ai vu un film sur la Shoah. Je me souviens, c'était en 1986, dans la salle 6 de l'aile B de la prison d'Hébron. J'ai compris beaucoup de choses. Avant ce film, je me demandais pourquoi Hitler ne les avait pas tous tués, s'il les avait tous tués, je ne serais pas en prison. J'ai voulu me concentrer sur ce film, comprendre ce qu'avait été la Shoah. Au bout de 15 minutes, je me suis retrouvé en train de pleurer sur ces gens qui allaient mourir, nus, innocents, pour la seule raison qu'ils étaient juifs. La plupart des autres prisonniers dormaient. Moi, je ne voulais pas qu'ils me voient pleurer et me disent: ''Tu pleures sur qui ?"" Sur le peuple qui t'a mis en prison, qui nous occupe?''», raconte Bassam.
Parmi les choses qu'il a vues dans le film sur la Shoah, le militant du Fatah les a vues ensuite dans la vie réelle, infligées cette fois à ses frères Palestiniens: humiliations, brutalités, violences, assassinats...
Libéré en 1992, Bassam s'est marié et a eu sept enfants. Pour eux, il rêvait d'une vie meilleure que celle de sa génération. Il voulait les protéger. Tout leur expliquer pour qu'ils ne grandissent pas comme lui, sans rien comprendre. «Qu'ils sachent qui sont les Palestiniens, qui sont les Israéliens... qu'ils combattent l'occupation et contribuent à développer une bonne économie, qu'ils jouent, créent, étudient comme tous les enfants», dit-il.
Le 16 janvier dernier, Bassam dormait quand Abir, l'une de ses filles, était partie pour l'école. Elle avait un contrôle de maths. A 9h30, il partit à Ramallah pour travailler. Plus tard dans la journée, il apprit que des soldats israéliens avaient tiré sur Abir à la tête. Le 19 janvier, après trois jours de lutte contre la mort, la fillette succomba à sa blessure.
«Je me suis dit que je ne voulais pas me venger. La vengeance serait que ce ''héros'' que ma fille avait ''mis en danger'' et sur lequel elle avait ''tiré'', soit jugé», écrit Bassam. Il ajoute plus loin, compréhensif et presque magnanime: «On envoie un gamin de 18 ans armé d'un M-16 et on lui dit que nos enfants sont ses ennemis, et il sait que personne ne sera jugé, et donc, il tire de sang-froid et devient un assassin.»
Le père Palestinien, qui refuse d'«exploiter le sang de [sa] fille à des fins politiques», a certes accusé le coup. Mais il n'a pas perdu son jugement, sa direction et sa foi, pour l'unique raison qu'il a perdu son cœur, son enfant. «Je continuerai de lutter pour protéger ses frères et sœurs, ses copines de classe, les Palestiniens et les Israéliens. Ce sont tous nos enfants», dit-il à Gideon Lévy, avant de réaffirmer sa volonté de poursuivre son combat pacifiste au sein de l'association des «Combattants de la Paix».
Fondée le 16 janvier 2005, par 7 anciens combattants palestiniens et 7 anciens soldats israéliens ayant refusé d'accomplir leur service, cette association à but non lucratif appelle à la fin de l'occupation et des violences, à la création d'un Etat palestinien indépendant aux côtés de l'Etat d'Israël avec Jérusalem Est pour capitale et à un retrait israélien sur les frontières de 1967.
Au cours d'une réunion, le lendemain de l'inhumation de sa fille dans un cimetière près de la Porte des Lions de la vieille ville de Jérusalem, Bassam a fait cette déclaration poignante: «Nous avons déjà versé tellement de sang, aujourd'hui nous voulons sauver des vies des deux côtés. C'est la raison pour laquelle j'ai rejoint ce mouvement. Notre religion est tolérante, et notre message nous ordonne de ne pas faire de mal aux innocents.»

Sources
* - «Yitzhak Frankenthal: Le Hamas a tué son fils ; il œuvre pour la paix»,
Israel Policy Forum, http://www.ipforum.org 10 février 2006.
* - Bassam Aramin, «Le chemin de la paix est sanglant, mais il faut continuer», Yediot Aharonot, 22 janvier 2007
* - Gideon Levy, «Le monologue de Bassam Aramin, père d'Abir et Combattant pour la Paix», Ha'aretz, 25 janvier 2007. (Les traductions françaises sont mises en ligne sur le site http://www.lapaixmaintenant.org


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