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On ne sait pas ce qu'on risque
Fléau : La banalisation de l'automédication
Publié dans Le Temps le 11 - 12 - 2008


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Il arrive que médecins et pharmaciens s'en rejettent mutuellement la responsabilité...Mais c'est l'inconscience des « malades » (parfois imaginaires) qui sème la confusion.
Comment expliquer ce recours de plus en plus fréquent du Tunisien à l'automédication ? Faut-il imputer cette mauvaise et dangereuse pratique à l'inconscience et à l'ignorance du citoyen ?
Le facteur économique n'entre-il pas en jeu surtout que les prix des médicaments n'ont presque jamais connu de baisse notoire depuis plusieurs décennies ? Faut-il en vouloir à certains médecins de prescrire des remèdes trop chers pour le budget du patient moyen, au point que ce dernier se trouve par moments contraint d'opérer des choix sur la liste des médicaments indiqués pour en sacrifier les plus coûteux ? Ne doit-on pas aussi reprocher aux pharmaciens d'avoir contribué à l'aggravation du fléau en banalisant la vente des médicaments dangereux et toxiques, secondés en cela par des aides-soignants et des « vendeuses » sans réelle compétence du moins pour ce qui concerne les produits à risque ?
Tous ces facteurs sont à retenir pour justifier le « succès » de l'automédication sous nos cieux.

Les torts du citoyen
Les gens interrogés dans la rue ont tous reconnu être dans leur tort mais jurent qu'ils demandent conseil au pharmacien quand il s'agit de se procurer un antibiotique. M. et Mme Hizaoui sortaient d'une pharmacie lorsque nous les avons rencontrés. Ils venaient d'acheter un sirop contre la toux pour leur enfant de 6 ans : « Nous savons qu'il ne faut pas jouer avec les médicaments et encore moins avec ceux qu'on administre aux enfants ; mais là, il ne s'agit que d'un sirop ! ». Et si ce sirop faisait partie des corticoïdes qu'il faut utiliser avec précaution et selon une fréquence et un dosage appropriés ? « Nous avons consulté le monsieur à la caisse et il nous a rassurés quant au choix de ce médicament. » Deux minutes après, nous avons demandé à voir le pharmacien, on nous répondit qu'il n'était pas sur les lieux. Faîtes-vous confiance aux « assistants » des pharmaciens ? C'est une autre question que nous avons posée aux citoyens rencontrés. « En principe, oui, nous disent certains, s'ils sont derrière le comptoir cela suppose qu'ils sont habilités à conseiller leurs clients. Leur expérience acquise dans divers locaux leur permet de connaître progressivement les médicaments et leurs effets. C'est pour cela que les pharmaciens peuvent s'absenter toute la journée parfois sans se soucier de l'officine et de ce qui peut s'y passer. »
Mais il arrive que le client soit mal conseillé par l' « assistant » ; il s'empresse en général de le signaler au pharmacien qui, souvent, accepte de réparer la faute de son employé, si faute il y a bien évidemment. Dans bon nombre de cas, le médicament vendu est récupéré et remplacé par celui que le spécialiste a recommandé. En fait, les gens choisissent de s'auto médiquer pour des maux qui leur paraissent sans gravité, comme le rhume, les maux de tête, une toux persistante, des brûlures et des inflammations à leurs yeux bénignes. Cependant, n'importe quel praticien et homme du domaine médical vous diront que même pour ces maladies en apparence banales, il faut observer beaucoup de précaution. Une toux tenace peut cacher une tuberculose ou une tumeur, les maux de tête ne sont pas tous dus aux mêmes causes, une rhinite mal soignée peut se compliquer et évoluer pour devenir chronique et incurable ; une brûlure d'estomac qu'on calme avec des antispasmodiques peut dissimuler un ulcère ou quelque mal plus grave.
Dans le cas des maladies sexuellement transmissibles, les personnes atteintes ont honte de consulter le médecin ou de subir des analyses, ils se fient alors au pharmacien et à ses aides qui, souvent, leur délivrent des antibiotiques sur la base d'informations très sommaires quant aux signes constatés par les malades sur leurs corps. Or, cette pratique est plus que dangereuse puisque le diagnostic n'est pas forcément fiable et que le malade peut chez lui arrêter le traitement aussitôt les signes inquiétants disparus.

Et les officines ?
Nous avons interrogé deux médecins pour délimiter avec eux aussi les responsabilités dans la banalisation chez nous de l'automédication en dépit des risques qu'elle présente. Ils ont tous deux exigé l'anonymat pour des raisons « que les pharmaciens comprennent », nous disent-ils ! Ils ont toutefois accepté qu'on les désigne par une initiale de leurs noms respectifs :
Pour K., « il faut surtout penser aux générations futures quand on a un peu de conscience et d'éthique professionnelles : les antibiotiques vendus à tout bout de champ dans les pharmacies constituent une réserve de médicaments qu'on ne risque pas de remplacer facilement durant les décennies à venir. Vous devez savoir que depuis 25 ans, les scientifiques n'ont plus inventé de nouveaux antibiotiques si bien qu'au rythme où va actuellement la vente « sauvage » de ces produits, dans peu de temps tous les microbes contre lesquels ces médicaments agissaient seront plus résistants que jamais à leur effet. On peut à la rigueur commercialiser dans les grandes surfaces certains médicaments non dangereux, mais pour les antibiotiques et même pour les corticoïdes, leur vente ne peut se faire qu'en pharmacie et sur présentation d'une ordonnance en bonne et due forme. »
Le docteur D. s'en est pris avec plus de violence aux pharmaciens qui, selon lui, réalisent des chiffres d'affaires considérables grâce justement aux ventes non déclarées. « Une part importante de leurs bénéfices provient des ventes sans ordonnance. Et puis, non seulement ils nous prennent des clients virtuels mais ils sont à l'origine d'une hémorragie gravissime en médicaments pour la plupart importés ; ce qui -vous vous en doutez bien- constitue pour l'Etat et donc pour le contribuable une ruine en devises. Il se peut que le pharmacien n'y soit pas directement impliqué, mais qui engage et laisse faire les soi disant aides-soignants ? Les inspecteurs du ministère de la Santé doivent sévir pour freiner la frauduleuse pratique : que l'on ferme pour 15 jours seulement par exemple, une ou plusieurs pharmacies en infraction, vous verrez que ça donnera à réfléchir au autres ! »
Soit, mais que dirait ce docteur de ce que deux de ses confrères ont fait dépenser et acheter comme médicaments à l'un de leurs patients sans toutefois le guérir : le premier, généraliste, le second spécialiste ORL, se sont trompés de diagnostic et se sont relayés pour prescrire au malheureux patient l'équivalent de 150 dinars de médicaments sans compter les frais de consultation perçus plus d'une fois par les deux praticiens. L'erreur est humaine, oui, mais coûteuse aussi pour le citoyen et l'Etat.

Le pharmacien, éducateur et confident
Du côté des pharmaciens, on ne nie pas que, comme dans toutes les corporations, les défectuosités, les anomalies et les infractions existent. Certains «confrères » ont en effet failli à leur devoir éthique et à la déontologie de la profession mais leur nombre est très limité. « La majorité des pharmaciens exerce correctement son métier et observe scrupuleusement l'attitude morale convenable ». C'est là l'essentiel de ce que les membres du Conseil régional de l'Ordre des pharmaciens de Tunis, Mme Moufida Bouzouita et Messieurs Brahim Ghabarou, Abdelhamid Chalfouh, Abdelmajid el Ouarghi, Hichem Dhaoui et Mongi Madiouni ont tenu à souligner. Le groupe interrogé considère que le pharmacien joue un rôle capital dans la lutte contre la toxicomanie, qu'il n'ira pas jusqu'à conseiller aux malades des médicaments qu'il sait dangereux. « Au contraire, nous sécurisons nos clients dont une bonne partie nous est devenue familière ; nous sommes désormais des confidents pour beaucoup d'entre eux qui sont embarrassés par leur maladie et évitent de ce fait d'aller consulter un médecin. N'oubliez pas d'autre part que le conseil du pharmacien peut suffire pour l'acquisition et la prise par le client de plus de 2500 produits. Au sujet des préparateurs qui nous assistent, ce sont tous des techniciens supérieurs qui ont suivi leurs études dans des écoles spécialisées et effectué plusieurs stages d'encadrement dans diverses pharmacies. Sachez également que dans le cas d'une absence prolongée du pharmacien, les règlements en vigueur stipulent que ce dernier se fasse remplacer par un assistant, qui est lui-même inscrit à l'ordre des pharmaciens. » Le conseil des pharmaciens rappelle d'un autre côté que l'exercice de leur métier les expose parfois à des agressions verbales et physiques émanant de malades imprévisibles et incontrôlables. « Par ailleurs, nous n'avons pas les mains libres, les instances qui nous contrôlent existent et font leur devoir pour sanctionner les pratiques illégales. Notre Conseil national veille au grain également et anticipe les infractions en œuvrant à la moralisation de la profession et à l'établissement de relations réellement confraternelles au sein de la corporation et de rapports de complémentarité et d'entraide avec les médecins à qui nous demandons très gentiment davantage de coopération. Il y va en définitive de l'intérêt du malade. » Nos interlocuteurs ont tenu également à conseiller aux citoyens de ne pas trop calculer quand leur santé est en jeu ; de consulter d'abord le médecin et de recourir en dernier au conseil du pharmacien. « Ne vous fiez pas trop à votre culture médicale, car vous pouvez passer à côté du diagnostic correct et aggraver votre cas ».
Comme on le voit, le problème est complexe et l'on ne peut sans commettre d'injustice « blanchir » un acteur et en accabler un autre. L'automédication est l'affaire de tous en somme et s'il est vrai qu'elle profite à certains, c'est sans doute parce que les autres y sont aussi pour quelque chose !


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