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El Bab, Hrouz et l'Allemand
Enigmes judiciaires
Publié dans Le Temps le 18 - 12 - 2006

Mehrez avait passé une enfance malheureuse, ayant vécu dans une famille nombreuse, où le père, ayant du mal à subvenir aux besoins de ses sept enfants, noyait ses soucis dans l'alcool et allait dur sur la bouteille.
Aussi "Hrouz" comme aimaient l'appeler ses amis de quartier, était-il voué à son propre sort, dès l'âge de quinze ans, où il avait quitté l'école pour se retrouver errant sans aucun métier ni aucune ressource.
Il commença ainsi à multiplier les contacts avec des amis, qui subissaient à peu près le même sort, et qui étaient de la mauvaises fréquentations.
Ils se réunissaient dans un coin retranché de leur quartier, pour mettre au point de petits larcins, étant attirés par l'argent facile, leur permettant de subvenir à leurs multiples besoins.
"Hrouz" était influençable et ses amis trouvaient en lui le bouc émissaire qu'ils pouvaient facilement manipuler.
Le groupe se limita à quatre : Chakib surnommé "Elloungou", car il était très grand de taille, Faouzi "Elbab", étant le plus âgé et le plus imposant sur le plan physique, et bien évidemment "Hrouz" le plus jeune et le plus naïf.
Ils diversifiaient leurs activités, qui ne sont plus limitées à leur quartier.
Ils se déplaçaient d'une cité à une autre, voire d'une ville à une autre.
Hrouz rentrait à la maison, de plus en plus tard. Son père, sombrant dans l'alcool, demandait rarement des nouvelles de son fils.
La pauvre mère trimait pour subvenir aux besoins de ses six autres enfants, et s'inquiétait du sort de "Hrouz", qui malgré ses dix huit ans révolus, était encore un enfant. Elle s'inquiétait, d'autant plus, qu'il ne lui demandait plus d'argent de poche et ne restait pratiquement à la maison que le temps de dormir ou de manger sur le pouce ce que lui préparait sa mère attentionnée, sans toutefois prendre le temps d'apprécier, ni le geste ni le plat.
Un matin du mois d'août, ses copains décidèrent de le prendre avec eux à Hammamet, pour le charger d'une mission assez délicate. Car ils y avaient repéré une villa luxueuse où habitait un touriste allemand et où ils pouvaient y récolter des objets d'art de grande valeur dont le propriétaire était un féru collectionneur, ainsi que d'autres objets intéressants, dont des billets en devises étrangères.
Le jeune Hrouz était tenté, mais avait, en même temps, une certaine hésitation. Comment en effet s'introduire dans la villa en question, et que ferait-il si le maître de céans était-là.
"Tu n'as pas à t'inquiéter lui dit "Elloungou", nous avons pensé à tout. On ira l'après-midi, et tu t'introduiras dans la villa le soir, alors que l'Allemand sera, pendant ce temps, sorti pour aller veiller en boîte. Tu verras, c'est très facile".
Aussitôt dit, il prirent la route de Hammamet, en voiture s'il vous plaît, laquelle a été volée la veille par "El Bab" qui s'arrangea pour la maquiller et lui changer les plaques minéralogiques.
Arrivés à six heures du soir, ils se dirigèrent vers le café maure, pour passer un petit moment de détente, autour d'un thé à la menthe et d'une bonne "chicha".
A huit heures, et après avoir bien ficelé leur plan, expliquant à Hrouz, ce qu'il avait à faire, ils allèrent à un "fastfood" pour prendre une petite collation et des cafés bien chauds qui leur donneront le coup de fouet nécessaire pour une telle opération.
Onze heures tapantes ils étaient devant la villa. Il faisait nuit, et il n'y avait pas beaucoup de monde, car en ce mois d'août, la plupart des gens étaient à la plage, ou assistaient aux spectacles du festival d'été dans cette ville touristique bien animée.
Choisissant le moment opportun, ils s'introduisirent dans le jardin de la villa par la grille dont la porte n'était pas verrouillée.
El bab força la serrure avec un pied de biche, qu'il avait amené pour la besogne. La porte s'ouvrit et il poussèrent "Hrouz" qui s'introduisit dans la villa pour se trouver dans un grand salon. El bab le suivit, alors que les deux autres restèrent dehors à faire le guet.
Hrouz et El bab, étaient éblouis par les tableaux de maîtres et les multiples objets d'art, qui ornaient ce grand salon qui faisait 6 mètres sur 4 mètres de surface. Soudain ils entendirent des ronflements saccadés.
Ils jetèrent un coup d'œil à travers le salon et virent le maître de céans, l'Allemand en question allongé sur le divan, avec la bouche entrouverte.
Ils étaient surpris et étonnés car ils croyaient que le propriétaire était sorti pour aller veiller quelque part, comme à l'accoutumée.
Comment allaient-ils procéder ? Et s'il se réveillait avant qu'ils ne réalisent l'opération pour laquelle ils s'étaient déplacés ?
Soudain "El bab" pris de panique décida de donner un coup sur la tête de l'Allemand, juste pour l'endormir quelque temps.
Et d'un coup sec, il abattit le pied de bîche qu'il avait encore à la main sur la victime qui s'arrêta de ronfler.
Le sang gicla, éclaboussant El bab qui fut effrayé par son acte.
"pourquoi as-tu fait ça ? lui dit Hrouz, tu l'as peut-être tué !".
"Allez-vite on n'a plus de temps, commence à décrocher les tableaux, pendant que je m'occupe d'enlever les objets d'art.
Ils firent ce qu'ils avaient à faire à la hâte, et apeurés ils ne purent tout prendre. Après ils quittèrent la villa pour rejoindre leurs acolytes, qui les attendaient dehors.
Il était minuit, et ils eurent tout juste le temps de regagner la voiture pour rentrer à Tunis.
Le lendemain, le propriétaire fut découvert inanimé, sans vie, avec une profonde blessure à la tête.
Le même jour, la bande à Bader, fut arrêtée suite à un simple contrôle de routine qui révéla d'abord que la voiture était volée.
Mais "Hrouz " a craqué et raconta à la police les faits dans les menus détails.
Inculpés pour meurtre et vol avec effraction et complicité les quatre jeunes hommes furent mis en dépôt en attendant d'être jugés.
Toutefois un élément nouveau allait tout chambarder :
L'autopsie avait révélé que la victime était agonisante au moment où elle avait reçu le coup sur la tête.
En effet, la mort était générée par une overdose, car l'Allemand avait pris de la cocaïne. Il était toxicomane.
A l'enquête les déclarations des inculpés étaient contradictoires.
Tantôt ils déclaraient que l'Allemand dormait et ronflait au moment où ils pénétraient dans la villa, et tantôt certains d'entr'eux, dont Hrouz déclaraient que l'Allemand ne ronflait pas et ne respirait même pas.
Avaient-ils procédé au meurtre de quelqu'un qui était déjà mort et qu'ils croyaient vivant ? C'était l'énigme dans cette affaire qui n'a jamais été élucidée.
Les accusés avaient bénéficié du doute et étaient condamnés seulement pour le crime de vol avec effraction.


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