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Crise et solidarité : Pas de précarité
NOTRE EPOQUE
Publié dans Le Temps le 11 - 05 - 2009

Lors de sa toute dernière conférence de presse, tenue le 5 mai 2009, le ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l'étranger a rappelé qu'au niveau des salaires minima, la Tunisie est placée au premier rang arabe et africain et parmi les 30 premiers pays à l'échelle mondiale.
Il a ajouté que depuis 1987, le SMIG et le SMAG ont été augmentés près d'une trentaine de fois et que, pendant la même période, la valeur de ces salaires minima a augmenté de 140% pour le premier et de plus de 154% pour le second. Aujourd'hui en tout cas, et même en tenant compte de la majoration décidée en leur faveur le 1er mai dernier, les " smigards " tunisiens percevront toujours moins de 300 dinars par mois quel que soit le régime sous lequel ils travaillent (48 ou 40 heures) et indépendamment du secteur qui les emploie (public ou privé, agricole ou industriel).
La population de ces travailleurs avoisine actuellement les 800.000 individus lesquels ont bien évidemment d'autres personnes à leurs charges (conjoints sans emploi, enfants scolarisés, parents âgés etc.). En partant de la définition qui désigne par " pouvoir d'achat du salaire ", la quantité de biens et de services que l'on peut acheter avec une unité de salaire, demandons-nous ce que l'on peut acquérir en 2009 avec une mensualité de 300 dinars. Mais d'abord, et en sachant que pour la majorité des Tunisiens, près de 40% du salaire sont consacrés à l'alimentation, jetons un coup d'œil sur les prix des produits de première nécessité consommés par les moins bien payés. Au vu des tarifs pratiqués ces derniers jours dans les espaces commerciaux (toutes catégories confondues), les 300 dinars perçus par le " smigard " suffisent tout juste à son alimentation et à celle des siens.

Entre le salaire et les prix du marché
Au marché, les tomates les moins chères coûtent 850 millimes, les oignons sont à 500 millimes, les pommes de terre à 750 millimes, les fèves à 500 millimes en moyenne, la botte de légumes de la variété la moins chère est proposée à 350 millimes le kilo, les piments verts ne sont jamais descendus en dessous d'un dinar tout comme les petits pois, les concombres et les courgettes. Le fruit le moins cher en ce moment, c'est la fraise dont la livre revient à 600 millimes. Des pommes de très mauvaise qualité sont exposées à 700 et 800 millimes. Chez l'épicier, le pain est le seul produit à n'avoir pas subi de majoration ; la boîte de tomates en conserve de 400 grammes est à 850 millimes, tandis que la minuscule boîte d'harissa (35 grammes) coûte 520 millimes, le litre d'huile est à au moins 900 millimes, le kilo de sucre à plus de 700 millimes, le litre de lait à un dinar, les œufs à 500 millimes l'unité de 4. Côté viandes, nous éviterons de parler des tarifs des bouchers pour nous contenter des prix de la volaille vu sa forte consommation au sein des familles modestes : le kilo de poulet est vendu en ce mois de mai 2009 à presque 4 dinars et les abats les moins chers reviennent à un peu moins de 3 dinars. Les poissonniers des quartiers populaires vendent la sardine à 1.500 millimes et à 2 dinars et des rougets congelés à 3 et 4 dinars. Comme vous le constatez, nous avons relevé les prix des produits indispensables et tels qu'ils sont pratiqués dans des espaces fréquentés par les gens pauvres ou moyens. Nous n'avons même pas calculé la consommation du charbon, du gaz ou du pétrole nécessaires à la cuisson des différents repas préparés avec les produits cités. Au bout du compte, une famille moyenne dépense entre 250 et 300 dinars pour son alimentation. Que reste-t-il du salaire de son chef s'il s'agit d'un Smigard ? Il y a lieu de se demander comment font les bas salaires pour s'en sortir et pourvoir à l'essentiel de leurs besoins.

Collectivités familiales
L'équation est toute simple : ils s'y mettent à plusieurs pour assurer un meilleur revenu à la famille, parfois au détriment d'autres besoins aussi fondamentaux que l'habitat et l'alimentation.
En effet, les enfants scolarisés participent à leur tour au budget de la famille en exerçant des petits métiers (quand ils ne s'adonnent pas à la mendicité) les jours de congé, pendant leurs vacances ou même entre les heures de cours. La mère ne se croise pas les bras non plus et prépare du pain de maison qu'elle vend elle-même ou qu'écoulent ses enfants. Quand elles sont en âge de travailler, les filles de la maison se font embaucher comme vendeuses, serveuses, ouvrières dans les usines, ou comme femmes de ménage. Si leur niveau d'instruction le permet, elles peuvent se faire recruter comme secrétaires chez les privés en particulier. Bénéficiant dans leur majorité de la gratuité des soins médicaux, les membres de ces familles ne consacrent que des sommes très relatives à l'entretien de leur santé. Pour ce qui est de l'habitat, il s'agit soit d'un logement dont la propriété est déjà acquise (ou en cours d'acquisition) grâce à des aides et prêts étatiques, soit d'une maison louée à un prix modeste dans un quartier populaire. Question vêtements, on se rabat le plus souvent sur les articles des fripiers et quelquefois sur ceux du marché parallèle et des marchés hebdomadaires. La participation aux frais est directe ou bien passe par la remise au chef de la famille d'une contribution régulière dont le montant varie en fonction des sommes gagnées. Ce qui fait que, bon an mal an, les rentrées de la famille peuvent facilement dépasser les 500 voire les 600 dinars. Pour ses dépenses personnelles, chaque membre dispose en général d'une certaine somme qu'il lui faut savoir gérer sans quoi il risque de recourir à d'autres moyens (souvent peu recommandables) pour s'en procurer.

Les plus angoissées
En cette période de crise, nous avons aussi une pensée pour les 4200 travailleurs mis au chômage et qui pourraient bénéficier (sur une année seulement) d'une aide du gouvernement à hauteur de 200 dinars par mois. Ce sont les ouvrières du textile qui ont le plus pâti de la fermeture de leurs usines : nous en connaissons qui gagnaient jusqu'à 400 dinars par mois et qui ont un ou deux enfants à leur charge. A présent, elles frappent aux portes du syndicat et des inspections du travail dans l'espoir de toucher une aide susceptible de les aider à honorer plusieurs engagements dont notamment le loyer et les frais scolaires de leurs enfants. Certaines d'entre elles ont contracté de petits prêts ou bien ont acheté à crédit des meubles ou des articles ménagers et elles sont depuis quelques mois dans l'impossibilité de s'acquitter de leurs dettes. Des proches et parfois leurs voisins leur viennent en aide chacun selon ses moyens, mais quelques unes préfèrent compter sur elles-mêmes en cherchant tous les jours du travail même à moitié prix dans les manufactures restées ouvertes, dans les commerces, voire dans les maisons. Elles se contentent désormais d'un seul repas par jour, réduisent considérablement les dépenses de leurs enfants, s'affolent quand elles reçoivent la facture d'électricité et celle de la SONEDE et tous les soirs se tourmentent pour les dépenses du lendemain. Les plus angoissées ne sont plus jeunes, ont divorcé et ont la garde de leurs enfants. Chaque jour est vécu par elles comme un très long cauchemar. La pension alimentaire de leurs petits est rarement versée dans les délais, les ex-maris étant pour la plupart eux-mêmes en difficulté et ces femmes solitaires n'ont pas les moyens de recourir à la justice en cas de non paiement ou bien renoncent à leurs droits pour d'autres raisons que financières.

Tu n'es pas seul, frère !
En discutant avec un épicier du quartier l'autre jour, nous l'entendîmes dire que ses contacts journaliers avec les clients de toutes les catégories sociales lui donnent le sentiment que tout le monde passe par une période de vaches maigres ces derniers temps. C'est sans doute vrai, mais nous ne pensons pas que les effets de la crise sont ressentis de la même manière dans tous les foyers. L'esprit de solidarité qui caractérise les Tunisiens doit leur imposer de penser d'abord aux plus démunis. Une manière de dire à l'autre : " Tu n'es pas seul, je suis à tes côtés ! "


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