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Au cœur de Sidi Bouzid
Publié dans Le Temps le 26 - 12 - 2010


La société civile face à ses responsabilités
Les câbles de Hajer Ajroudi, Soufiène Ben Rejeb et Mohamed Salah Rabaoui - La magnanimité de la Patrie, l'aptitude de l'Etat à privilégier le dialogue, ainsi que les mesures prises pour l'intégration régionale et le développement en faveur de Sidi Bouzid sont de nature à apaiser les esprits. A Sidi Bouzid, hier, c'était encore quelques petits attroupements sans conséquence. Les revendications tiennent grosso modo au même leitmotiv : l'emploi et l'égalité des chances pour tous.
Hier, « Le Temps » a donné la parole aux jeunes. Aujourd'hui nous donnons la parole aux composantes de la société civile ainsi qu'aux partis politiques pour nous éclairer quant au rôle qu'ils sont censés assumer dans de telles circonstances. Le fait est que toutes les parties sont unanimes pour dire que le retour au calme est essentiel, condamnant du reste l'instrumentalisation des revendications des jeunes ; revendications sociales et économiques, et donc absolument pas politiques. Si le politique s'invite dans cette affaire avec son lot de dénigrement démesuré c'est pour compliquer les choses.
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Touhami Héni, secrétaire général du bureau régional de l'UGTT : « Toutes les personnes arrêtées ont été relâchées »
Or le secrétaire général du bureau régional de l'UGTT M. Touhami Héni, a affirmé que « toutes les personnes arrêtées dans les différentes délégations ont été relâchées. D'abord 17 de libérées, ensuite 10 puis 7 et puis d'autres libérations dont les dernières, hier, concernant les personnes arrêtées à Meknassi. M. Héni affirme à ce propos que le bureau régional de l'UGTT avec l'accord de la Centrale Syndicale a suivi avec attention les événements depuis le 17 décembre dernier, c'est-à-dire depuis le déclenchement des incidents. Ainsi affirme-t-il, les interventions du syndicat ont permis la libération des détenus ainsi qu'une visite rendue au jeune qui s'est immolé par le feu, au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous.
Notre interlocuteur affirme par ailleurs qu'une vague de solidarité spontanée avec le jeune Mohamed Bouazizi, dès le 18 décembre, c'est-à-dire le jour du souk hebdomadaire, a généré en affrontements avec les forces de l'ordre. Les manifestations de protestations se sont ainsi poursuivies quotidiennement et commencent à midi pour se prolonger jusqu'à 4 heures du matin. Cette situation déclare-t-il encore, aurait pu être évitée avec la conjugaison des efforts de tous ».
Cela dit, M. Touhami Héni soulève une problématique assez singulière. « Le gouvernorat de Sidi Bouzid a été fondé le 4 décembre 1973 et regroupe plusieurs délégations assez pauvres. Ainsi le gouvernorat se retrouva-t-il lui même démuni sur plusieurs plans dont celui d'ordre administratif.
Ainsi l'enseignement supérieur dépend de Kairouan; la justice de Gafsa ; l'assainissement de Sousse ; le tourisme de Sbeitla ; électricité et gaz de Kasserine ; les banques de Sfax et Kasserine. Cet état des faits a généré un déséquilibre criard par rapport aux autres régions. Certes, ajoute-t-il, Sidi Bouzid est à vocation essentiellement agricole, dès lors que la plupart de ses citoyens y travaillent et qu'il compte 10 mille engins agricoles. Or, l'agriculture n'a pas évolué du fait que bon nombre de propriétaires terriens n'ont pas de titres bleus et n'accèdent pas aux nouvelles technologies ce qui la place en retrait par rapport au progrès et la met dans l'impossibilité d'absorber le chômage des diplômés du supérieur, toujours plus nombreux chaque année.
Sur le plan industriel, ajoute encore M. Héni, l'appartenance à l'Ouest en fait le noyau faible. Le chômage en est donc la conséquence immédiate avec tout ce qui peut s'ensuivre comme problèmes. Dès lors notre position est que toutes les parties doivent en prendre conscience et que l'on cesse surtout d'en faire assumer l'entière responsabilité aux autorités et à elles seules.
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Abdelfattah Khouli, membre du bureau politique de l'UDU : « Le dialogue, vecteur de relance de la région »
« Le déclenchement de la crise est dû à un incident administratif mineur. Et voilà qu'il génère ou sert de mécanisme déclencheur d'une série de revendications dont l'axe focal est le développement de la région. En tant que parti, nous avons publié un communiqué dans lequel nous appelions au retour à la normale et au calme tout en insistant sur les besoins spécifiques et les impératifs de développement des régions dont Sidi Bouzid qui souffre de problèmes chroniques dus à une plate-forme économique peu diversifiée et toute axée sur la seule agriculture. Ces problèmes nécessitent l'instauration d'un dialogue calme à l'écoute des doléances des citoyens pour identifier les moyens et les besoins dont essentiellement la résorption du chômage. Il faut donc un scénario réel pour venir à bout de ces difficultés.
Et d'ailleurs, le Conseil régional, dans une session exceptionnelle présidée par le ministre du Développement et de la Coopération internationale, a été l'occasion de prendre acte du plan gouvernemental pour le développement de la région et d'écouter aussi les responsables régionaux. Il y a à relever l'importance des moyens en passe d'être déployés au profit de Sidi Bouzid et des régions d'une façon générale.
Dès lors, comme l'a précisé le ministre, le dialogue permet de réaliser les projets et, pour leur part, les citoyens de Sidi Bouzid sont tenus d'avancer des propositions et des idées tournant autour de leurs besoins ».
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Nader Biaoui, membre du Conseil central de l'Unité Populaire : « Tous responsables »
« Nous assumons tous la responsabilité de ce qui s'est produit. Les partis et la société civile assument leur part de responsabilité. Tous responsables, y compris certains responsables locaux. Nous réitérons, en tant que parti , notre attachement au dialogue, et refusons l'anarchie. Grâce au dialogue nous parviendrons tous à des solutions aux problèmes du chômage, de développement et de croissance de la région.
Nous sommes prêts au dialogue dans le cadre d'une commission englobant tous les partis, l'UGTT, la Ligue des Droits de l'Homme et les représentants de la société civile tout entière. Personne ne peut s'arroger le monopole de la décision car le 7 Novembre 1987 a surtout consacré l'Etat de droit et des institutions ».
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Raouf Nasri, président de la section de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme à Sidi Bouzid
« L'opportunisme des parties radicalistes… »
« A l'époque, Sidi Bouzid est un gouvernorat nommé «Gammouda ». Mais après, c'est devenu un gouvernorat incluant plusieurs délégations plutôt démunies. Il faut dire qu'avant 1987, le développement était presqu'inexistant. Mais après 87, on s'est orienté vers l'agriculture comme moyen de croissance, d'investissement et de développement. Or cette option devenait insuffisante du fait de la poussée démographique et du chômage frappant les diplômés du supérieur. Cette nouvelle donne n'a pas été diagnostiquée en profondeur et à temps. Et à l'occasion de l'incident du jeune qui s'est immolé, les jeunes de Sidi Bouzid ont manifesté leur solidarité à son égard et pour faire part de leurs problèmes et de leur situation. La municipalité n'a pas su comment gérer ceux qui exercent du commerce dit « anarchique » pour survivre. L'extrême rigueur dans l'application de la loi a provoqué la réaction de ce jeune. Cet incident a été de ce fait exploité par des parties extrémistes. Mais les manifestations avaient pour but de sensibiliser les autorités régionales quant aux problèmes dans le gouvernorat. Pour notre part, en tant que section régionale des Droits de l'Homme, nous avons appelé à l'apaisement et œuvré en collaboration avec le bureau de l'UGTT à demander la libération des détenus sans exception avec la prise en considération des réalités du chômage, non seulement des diplômés du supérieur mais aussi de tous les sans-emploi et particulièrement ceux qui habitent les quartiers populaires. Il est nécessaire de s'occuper de cette frange de la société et de trouver les solutions idoines pour résoudre ses problèmes et, du coup, relancer une croissance réelle et un développement durable. Il y a, par ailleurs, une crise structurelle quant à la représentation dans les institutions et les partis. Les intérêts individuels ont quelque peu primé et certains n'ont pas fait le nécessaire pour valoriser leur région. Par ailleurs, parmi les sérieux problèmes de cette région, la situation foncière qui a besoin d'être apurée de sorte que l'agriculture puisse être en mesure de contracter des prêts. Cela dit, je déplore l'instrumentalisation faite par des parties radicalistes et même extrémistes de cette affaire. Il en résulte même qu'un responsable au sein de la Ligue parle l'Intifadha. C'est insensé et c'est très grave. Il faut savoir raison garder. Comme il faut rendre justice aux forces de l'ordre qui ont fait preuve, comme d'habitude, de pondération, de professionnalisme et de patience.


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