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Le prince des gastronomes
Portrait - Maurice Sailland, dit «Curnonsky»
Publié dans Le Temps le 01 - 01 - 2011

Par Hassan ARFAOUI - Ces ambiances de fête de fin d'année offrent une belle opportunité de vous entretenir des arts de la table, à défaut de vous y inviter. Qui y a-t-il de mieux que Maurice Sailland, le prince des gastronomes, qui a conjugué à merveille crayon et fourchette, pour nous introduire dans le monde des saveurs ? Où l'on apprend, entre autres, que sa découverte des dattes dans nos contrées, a été une grande date dans sa vie !
Avant de devenir le plus redouté des gastronomes, Maurice Sailland (1872-1956) projetait plus modestement de faire carrière dans les Lettres.
Orphelin de mère et abandonné par son père, il est élevé par sa grand-mère et à dix-huit ans, s'installe à Paris pour préparer l'Ecole Normale Supérieure. Mais, le journalisme l'attire : il écrit dans divers journaux et devient le "nègre" d'auteurs à succès comme Willy, le premier mari de Colette.
Il se cherche un pseudonyme. C'était en 1894. L'amitié franco-russe est au goût du jour. L'escadre du Tsar venait d'être reçue triomphalement ; il n'était question que de ballets russes, d'amours cosaques, de Dostoïewski, de Tchaïkowsky, etc.
Alphonse Allais, son ami, écrivain et humoriste français, lui suggère un nom en « sky ». « Pourquoi sky ?» demande le jeune Sailland. « Pourquoi pas sky ?» répond l'humoriste. Et Sailland de traduire la phrase en latin : «cur non» = «pourquoi pas» et "sky". Un pseudonyme venait de naître !
En 1914, il lui vaut, d'ailleurs, d'être interpellé et incarcéré quelques jours comme espion russe !
Une grande datte dans ma vie
Curnonsky devient une figure de la vie parisienne, connue pour un solide appétit, une silhouette imposante (1m85 et 120 kilos) et une impitoyable verve. Conjuguant ses talents de plume et une gourmandise raffinée, il choisit de servir la gastronomie. Avec son ami Marcel Rouff, il entreprend la rédaction de brochures sur les cuisines régionales françaises ainsi que les meilleures tables du pays. En 1927, la revue Le bon gîte et la bonne table organise une élection pour désigner le « prince des gastronomes ». Curnonsky est choisi. De réceptions en dîners, il assume le titre avec une bonne grâce inlassable.
Le génie de Curnonsky est d'avoir marié la cuisine et la littérature, harmonieusement, avec simplicité et exigence. Les recherches sophistiquées des grands restaurants parisiens l'ennuient, il déteste la publicité et néglige, ainsi, des fortunes. Il recherche avec application et parfois sans mesure, les saveurs authentiques et la bonne compagnie : l'Académie des gastronomes, qu'il fonde en 1930 a pour membres Maeterlinck, Paul Reboux, le marquis de Polignac, etc.
Curnonsky est un homme de l'âge classique : il n'imagine pas que l'on puisse prétendre écrire sans se référer au Dictionnaire historique et critique Bayle (1696) ; il admire Brillat-Savarin (1755-1826), un illustre gastronome français connu pour son hédonisme ; comme lui, il pratique volontiers l'aphorisme. L'humour est son antidote favori contre l'une des grandes calamités de l'époque : le conformisme.
Pendant la deuxième guerre mondiale, Curnonsky interrompt son œuvre gastronomique et littéraire. Il prend pension dans une auberge, tenue par une bonne cuisinière et vieille amie, en Bretagne. Il ne regagne Paris qu'en 1945 et jusqu'à sa mort accidentelle en 1956, il règne avec élégance et sans partage sur le monde de la gastronomie.
Curnonsky au régime !
Intransigeant sur les plats de terroir, Curnonsky avait une curiosité sincère pour les cuisines exotiques. Ainsi, il profite de l'exposition d'Hanoï pour visiter pendant dix mois, en compagnie du poète P.-J. Toulet, Singapour, Canton, Huê, Saïgon, Hong-Kong, Ceylan et Pondichéry et découvrir les cuisines d'Extrême-Orient.
Et, le seul régime connu auquel il se soit jamais soumis ne pouvait être qu'un régime de dattes.
A l'invitation d'un officier de la coloniale en poste en Algérie, il s'embarque pour visiter les palmeraies. Le séjour est placé sous le signe des agapes.
Il partage les repas et la conversation recherchée des notables européens : des médecins qui défendent la supériorité nutritive des dattes, des agronomes qui exposent la culture des palmeraies, des ministres du culte qui laissent supposer que la fameuse pomme que croqua Ève était en fait une datte ! Bref, il goûte et écoute. Sur le sujet, même les cafetiers ont leur opinion.
Il partage la tente de cultivateurs algériens de dattes et leurs récits sur le cycle des cultures, la dureté des jours, l'eau qui manque, les puits qui se bouchent, le mystère de la récolte, les jeux que les enfants inventent avec les noyaux et toute l'intimité quotidienne et légendaire des hommes et des palmiers.
Curnonsky se défend de jouer à l'ethnographe, il préfère se comporter en aimable invité. Cependant, la relation de voyage qu'il livre à son retour, avec quelques facilités de plume, est un exemple de gourmandise des détails de l'existence et une grande démonstration d'observation. Ironiquement illustrée par J. Effel, elle est publiée en 1952, sous le titre prévisible Une grande datte dans ma vie et c'est l'un des derniers textes du prince élu des gastronomes.


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