La période que traverse notre pays est à la fois critique et cruciale ; de son issue dépendra son sort qui est loin d'être scellé. La révolution bénie et héroïque du peuple n'a pas encore dit son dernier mot et l'heure est à la vigilance et la prudence. Les Tunisiens dans leur majorité en prennent conscience et demeurent sur le qui-vive, prêts à réagir à toute velléité de nuisance et à toute tentative d'avortement de leur révolution par des forces réactionnaires toujours aux aguets pour semer la panique et l'instabilité. A ce même moment où tout compatriote qui se respecte s'emploie à garder jalousement l'acquis précieux chèrement payé par le sang de nos valeureux martyrs, à le parer de tous les soins et de toutes les sollicitudes, d'autres, toujours ces mêmes opportunistes crapuleux fidèles à leur négativité coutumière, semblent nous faire comprendre qu'ils ont d'autres chats à fouetter, d'autres soucis en tête que celui de se préoccuper du salut sacré de leur sainte patrie en détresse. En cet instant historique et crucial où tous les cœurs battent à chaque soubresaut qui secoue notre chère terre, des citoyens lâches, indignes de nous, peuple fier que nous sommes, profitent de l'aubaine pour enfreindre la loi et entamer des chantiers de construction qu'ils ne peuvent effectuer là où ils le font ou de la manière qu'ils le font en temps normal. Tout le territoire du pays connaît cette même triste réalité. A Djerba, le dérapage est à son comble ; partout où on va, à chaque coin de rue, à chaque espace de la campagne, le regard est agressé par un nouveau chantier qui émerge. D'un jour à l'autre, le changement est palpable de par l'évolution remarquablement rapide des travaux en cours, du fait que ces prédateurs du vide accomplissent leur sale besogne à vive allure, sachant pertinemment que ce n'est qu'une affaire de jours avant que l'étau se resserre de nouveau. Quelques monuments anciens, mosquées et fondouks entre autres, ne sont pas épargnés et constituent aujourd'hui des cibles privilégiées de ces pêcheurs dans les eaux troubles qui profitent de la paralysie de l'action municipale découlant de la désertion inexpliquée et irresponsable des agents de contrôle pour entreprendre des travaux affectant et défigurant irrévocablement ces monuments, et défier les responsables de l'Institut National du Patrimoine et de l'Association pour la Sauvegarde de l'Île de Djerba qui ne peuvent que constater les dégâts. Tôt ou tard, notre pays saura recouvrer sa stabilité, et l'administration son fonctionnement et son efficacité ordinaires ; la loi et le règlement, maintenant bafoués, retrouveront alors leur souveraineté suprême pour rappeler à ces opportunistes de circonstance et à ces traîtres que l'Etat de droit est de vigueur et qu'ils paieront pour ce qu'ils sont en train, maintenant, en cet instant d'une rare gravité, de commettre ignoblement et illégalement.