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Les vassaux des Trablesi ont encore le bras long
Constructions anarchiques à la Marsa
Publié dans Le Temps le 09 - 08 - 2012

On n'en a pas encore fini avec l'ère de la corruption et les pratiques d'antan sévissent encore dans notre société. Les vassaux des Trablesi ont toujours le bras long et font encore leur loi, discrètement.
Ceci n'est presque un secret pour personne.

Le lendemain du 14 janvier, s'il y a bien un fléau qui s'est développé c'est sans conteste les constructions anarchiques qui pullulaient et envahissaient trottoirs, ruelles et squattaient même les sites archéologiques. Profitant de l'instabilité du pays, la frénésie des constructions a atteint son paroxysme dans un silence total des municipalités.

Un bâtiment de quatre niveaux hors-la-loi à la Marsa

Si quelque temps plus tard, l'ordre de démolition a réduit en remblais des centaines de constructions anarchiques, d'autres, parce que toujours privilégiés, continuent encore à enfreindre la loi et à transformer leur bâtisse, maison pour habitation à la base, en immeuble à quatre étages à usage commercial, s'il vous plait ! La municipalité a beau interdire puis donner l'ordre de démolition, rien n'y fait. La bâtisse pousse comme un gros et laid champignon.

Lieu, La Marsa, plus exactement la grande avenue Taieb Mehiri, rue Moslem. En passant par cet endroit, l'on se retrouve interloqué devant un grand bâtiment en cours de construction, non pas pour la beauté du style architectural mais par l'ampleur d'une telle bâtisse au coin d'une rue ! Il fait de l'ombre aux restes des villas avoisinantes, il viole leur intimité et gâche l'harmonie de tout le quartier en termes d'esthétique urbaine qui est propre à la ville côtière connue pour son charme cossue et sa vie rustique qu'est La Marsa.

Quatre étages nouvellement construits à la hâte remplaçant une ancienne villa, construite, déjà, sur un terrain dans l'indivision.

Corruption et manigances

A vrai dire, au début et avant d'aller sur place pour vérifier, nous avons reçu la visite de deux personnes qui, désespérées, étaient venues s'adresser à nous. Documents officiels et photos à l'appui.

Dépités, ces deux personnes nous racontent comment un corrompu et vassal de Imed Trabelsi exerce toujours son pouvoir et enfreint outrancièrement la loi sans qu'il soit réprimandé par les autorités municipales ou judiciaires.

L'un des copropriétaires du terrain sur lequel cet immeuble est bâti, M. Ezzedine Ben Saâd était meni de tous les documents juridiques officiels et des photos de ladite construction.

«Les travaux ont débuté le 26 février 2011, soit cinq semaines après le 14 janvier et à peine trois mois après la rédaction du contrat, chose qui n'est pas normale parce que d'habitude, ce genre de procédure prend beaucoup plus de temps et que l'autorisation généralement prend au moins 6 mois. D'abord, comme vous pouvez le constater dans les papiers, c'est un terrain dans l'indivision, donc, à la base, les deux copropriétaires du terrain avec mes frères et moi n'ont pas le droit de vendre. Chose qu'elles ont fait. Par ailleurs, l'acte de vente est illégal, dans le sens où l'acheteur fait de sa fille, qui je le rappelle, est une étudiante, la propriétaire des lieux, toujours selon le contrat de vente.», déclare notre interlocuteur M. Ezzedine Ben Saâd.

En vérifiant dans le contrat de vente, à l'article 5, on se rend effectivement compte que la bénéficiaire, étudiante de son état, a reçu, de la part d'une de nos banques, tout de même, un crédit d'un million de dinars, qui, plus est sans intérêt. Chose qui met le pouce à l'oreille.

Un contrat de vente assez équivoque

D'abord le contrat n'est pas signé par les deux partenaires qui se sont mis d'accord sur l'acte de vente du terrain. C'est le fils de la vendeuse, qui rappelons-le vit à Dubaï, a signé le contrat de vente par procuration. L'on se demande d'ailleurs la raison. L'acheteur, et semble-t-il, pour fuir le fisc, a mis le nom de sa fille (étudiante) au lieu du sien sur le contrat. Cette dernière stipule dans l'article 9 du contrat qu'elle va payer tous les impôts alors que dans la loi, il lui est impossible vu qu'elle est étudiante.

D'un autre côté, dans l'article 8, la nouvelle propriétaire certifie que la construction sera pour usage d'une villa personnelle alors que ce que l'on voit aujourd'hui, c'est un immeuble de 4 étages avec un sous-sol dépassant les 15 mètres.

Par ailleurs, la vendeuse de l'ancienne villa déclare à l'article 4 du contrat, que la propriété ne présente aucun litige ou contestation, ce qui n'est pas le cas vu que c'est un terrain dans l'indivision et qu'il y a un procès en cours quant à la situation de la propriété, selon les propos de notre interlocuteur et les documents qu'il nous a présentés.

Enfin, à l'article 16, l'avocat ayant rédigé le contrat, mentionne qu'il n'ya pas de litige et que la vente est légale et que le contrat l'est aussi. Pourtant, la construction se fait sur un terrain partagé et de copropriété.

Un immeuble qui contrecarre la loi et viole l'intimité du voisinage !

Notre interlocuteur nous a présenté une pétition signée par une cinquantaine de personnes qui habitent le quartier. Une série de plaintes et un procès sont en cours.

D'abord, le terrain qui était conçu pour la construction d'une villa selon le contrat devient, dans un premier temps, dans l'autorisation de construction une construction commerciale avec un parking, et rajouté à la main, deux étages de plus et un troisième pour habitation.

Cette villa au départ se transforme en l'espace de 3 mois, en un immeuble de 4 étages et un parking sous-sol, alors que dans la loi municipale propre à la Marsa, toutes les constructions ne doivent pas dépasser les deux étages. Sur place, nous remarquons que le vrai propriétaire n'a pas respecté les 4 mètres et a caché le soleil et l'air au voisinage, ce qui en fait une construction anarchique.

Selon les papiers qui nous ont été présentés, la municipalité de la Marsa a donné, le 15 mai 2012, l'ordre d'arrêter les travaux à deux reprises avec confiscation des matériaux de construction. Un ordre qui était signé par le maire-même et qui n'a pourtant pas été appliqué par les autorités ni respecté par le nouvel acheteur. L'immeuble continuait à pousser comme un champignon dans le quartier d'habitude calme. Par la suite, un ordre de démolition a été donné sans qu'il soit pris en considération.

«Nous avons, lancé une kyrielle infinie de plaintes pour arrêter ce massacre urbain et pour que je puisse mes frères et moi récupérer notre droit dans ce terrain, peine perdue ! On a écrit à maintes reprises au Président de la République (le 26 janvier 2012), au ministre des Finances (le 10 mars 2012), ministre de l'Intérieur (18 avril 2011, le 13 juillet 2012 et le 19 juillet 2012), au procureur de la République du tribunal de Tunis (le 3 février 2012 et le 13 juillet 2012) et on a même déposé à deux reprises notre dossier auprès de la Commission d'investigation depuis le 23 mars 2011. D'un autre côté, nous avons porté plainte auprès du tribunal administratif le 11 février 2012 pour deux affaires. D'abord, exécution de la démolition de la villa, un procès que l'on a perdu et retrait de permis de construction contre la municipalité de la Marsa, un procès qui est en cours. On a beau avoir toutes les preuves de la corruption de cette affaire, rien n'y fait. Nous avons même des photos qui prouvent que cet individu était de mèche avec Imed Trabelsi.»

Notre interlocuteur nous a montré des preuves tangibles (photos et documents) qui certifient ses dires.

Melek LAKDAR


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