Manifestation haute en couleurs Un rassemblement tout à fait exceptionnel est celui qui a eu lieu dans la nuit du mercredi, 27 mars 2013 au centre ville de Tunis. La Bonbonnière, comme à son accoutumée, était au rendez-vous. Lieu du rassemblement les marches du Théâtre municipal, haut lieu et théâtre de toute illustration artistique, idéologique, politique, religieuse ou autre, depuis le lendemain de la Révolution tunisienne. Alors que le FSM (Forum Social Mondial) bat son plein et avance à pas de géant, sous une haute surveillance sécuritaire, les militants et activistes tunisiens et étrangers venus assister et participer au plus grand rassemblement de la société civile dans le monde, se sont joints aux citoyens et organisateurs de l'évènement «People in Black Against Violence». Un rassemblement annuel qui a lieu dans plusieurs pays en parallèle et dont le dessein est de dénoncer toute forme de violence à l'encontre des êtres humains surtout les défenseurs des droits de l'Homme, les militants pour les droits socio-économiques aussi bien que la liberté d'expression et d'opinion. Ayant lieu pour la première fois en Tunisie, «People in Black Againt Violence» se veut un geste emblématique chargé de signes et de protestation civilisée et pacifique contre la violence de plus en plus perpétrée et répandue dans le pays depuis de longs mois sans qu'il y ait de sérieuses poursuites judiciaires ou arrestations des énergumènes et fauteurs de troubles. Un noir hautement significatif Le rendez-vous était donné à 19h tapante devant la Bonbonnière. Trois mots d'ordre : un habit noir, une bougie et le silence total. Plus d'une centaine de personnes ont répondu à cet appel de la société civile. De diverses nationalités, les manifestants ont affiché des banderoles comportant un seul et même message : «People in Black Against Violence». Les participants au FSM, fervents militants des droits humains universels ont marqué le terrain par leur présence emblématique. Une bougie à la main, on se contentait de sourire, d'allumer la bougie du voisin et d'en offrir à ceux qui se sont joints spontanément au rassemblement. Une manifestation silencieuse qui a lieu, parallèlement, partout dans le monde. Jeunes et moins jeunes, enfants et parents ont observé de longues minutes de silence en hommage à tous ceux qui ont été victimes de la violence partout dans le monde, ces êtres humains qui offert leur vie pour que les libertés de l'Homme et la liberté d'expression soient respectées et conservées. Silencieux, munis de bougie allumée à la main et tous de noir vêtus, ils ressemblaient à ces êtres sortis tout droit d'un conte de magie. Une aura quasi-religieuse et mystique enveloppait tout le trottoir allant de la Bonbonnière jusqu'au Café du Théâtre. Agenouillés ou assis à même l'asphalte, parce que les marches du Théâtre municipal sont déjà jonchées de manifestants, l'on observait un silence plus expressif que toutes les paroles, un silence en hommage à toutes celles et tous ceux qui sont privés de paroles et de liberté d'expression et d'opinion. Le noir qui le disputait à la lueur de la bougie, était la couleur choisie par les manifestants comme emblème de la protestation et la colère qui habitait toute personne contre la violence et les agressions perpétrées en Tunisie et dans le monde arabe indépendamment du régime politique, qu'il soit dictatorial, monarchique, révolutionnaire ou en phase transitoire. Une violence politique qui a engendré le premier assassinat politique en Tunisie avec la mort tragique de notre regretté Chokri Belaied. Une violence politique qui a provoqué la mort sous coups et blessures d'un syndicaliste militant Lotfi Nagadh pour son appartenance politique à Nida Tounes. Une violence qui risque de mettre le pays en feu et en flammes et déclencher une guerre civile. Le rassemblement «People in Black Against Violence» s'est déroulé sans qu'il y ait d'incidents ou de provocations d'aucune partie. L'ambiance était très détendue et bon enfant. Les manifestants se souriaient, se soutenaient et expliquaient le concept aux passants et aux badauds, qui trouvant la cause juste, se sont joints à la manifestation, non sans avoir été munis d'une bougie offerte par les présents.