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Croisette de bois, Croisette de fer, si tu mens tu vas en Enfer...
La chronique de Youssef Seddik : Lettre de Cannes
Publié dans Le Temps le 26 - 05 - 2013

Ma jeune compagne qui a fait avec moi plein de voyages partout en Europe m'a confié que son séjour à Cannes avait enfin le goût d'un vrai voyage. Pourtant, elle avait eu, à notre atterrissage sur l'aérodrome de Nice cette amertume de celui ou de celle qui n'a pas vraiment effectué un déplacement, aérien qui plus est. A une heure de vol de Carthage, la côte d'Azur pouvait ressembler en effet à une balade sur la Corniche de la Marsa, si l'on comptait l'embarras des embouteillages pour y parvenir à partir du centre ville de Tunis.
Mais, elle avait raison. Cannes, pendant les journées du festival le plus couru du monde après celui d'Hollywood, n'a rien d'une cité ordinaire. Plutôt, une immense Tour de Babel où tournoie toutefois autant d'individus appartenant curieusement à la même famille. Le lexique des conversations que l'on capte dans les déambulations des flux et reflux d'humains sur la Croisette et autour, sur la plage et aux terrasses des cafés, est si limité qu'on entend à peine autre chose que les titres des films proposés, les mots tels que "billets", "invitations", "rôles", "palme", "badge"…
Nos artistes tunisiens en panne de réalisations ou de productions cette année, ne serait-ce qu'un orphelin court métrage, discutent à l'intérieur d'un stand Tunisie désoeuvré ou se choisissent par grappe de deux ou trois pour aller déjeuner ou siroter une boisson et réfléchir sur une Révolution qu'ils ont pu déclencher un jour et qu'ils ne font maintenant que noyer dans la nostalgie d'un énorme ratage. C'est ainsi que Fadhel Jaziri, par exemple, m'a coincé dans un bistrot avec notre consoeur, Neïla Gharbi, pour nous servir l'une de ses analyses-panorama, mot juste et ciselé, sur la désespérante infécondité de nos intellectuels, penseurs et créateurs. "Son concept" est qu'il existe un terrible clivage, un vrai hiatus, un trait d'union introuvable entre la demande de nos sociétés et l'ambition créatrice de nos artistes et auteurs. Chacun des ces deux partenaires de l'histoire et du présent d'un pays, la société et le créateur, s'impose des exigences, des espoirs et des enjeux qui ignorent superbement ceux de l'autre. Et, depuis le début du siècle dernier, penseurs et corps social n'en finissent pas de se rattraper dans un curieux jeu de Colin-Mallard. Là où celui que l'on croit avoir attrapé s'avère méconnaissable…
Jamais oeuvre, cinématographique pour en rester à Cannes de la 66ème édition, n'a touché aussi justement, aussi tragiquement à cette question que le film vedette de cette année, la vie d'Adèle, du génial tunisien Abdellatif Kechiche. Toute la Croisette en parle. En exposé ici, dans cette chronique, le synopsis et la mouture, le scénario ou le jeu d'acteur, la mise en scène et l'idée sont du ressort des critiques qui ne manqueront pas de mieux le faire que l'auteur de ces lignes. Nous ne contentons ici de relever ce que mon bavardage avec l'anxieux et ténébreux, l'inconsolé peut-être d'une Révolution "à blanc", M.Fadhel Jaziri, a touché dangereusement du doigt ce film de Kéchiche promu dans la rumeur publique à Cannes à une gloire certaine, peut-être bien la palme d'or, rompt tout à fait avec cette impasse entre l'identitaire et l'universel. La vie d'Adèle (Blue is the warmest colour, pour son titre anglais sur la même affiche) commet toute la rupture avec l'origine tunisienne de l'auteur, petit "beur" niçois qui n'a rien perdu cependant de son aspect bien de chez nous. Il a choisi la ville la plus nordique de France, Lille, et l'adaptation d'une oeuvre toute aussi nordique "Le bleu est une couleur chaude", celle de la bédéiste de Lens, Julie Maroh, pour cadre et sol narratif du film. Ceci, conte au "hors champ" conceptuel de sa création pour le contenu, nous ne voyons pas comment ce film pourrait être projeté dans un prude pays comme le nôtre, patrie première du réalisateur. Se saisissant comme d'un prétexte du roman, si peu lu de nos jours, par les Tunisiens les plus francophones, celui de ce diable de Marivaux, La vie de Marianne. A.Kechiche pousse le "marivaudage" jusqu'à ses ultimes limites. les jeux, au sens mécanique du terme, ceux qui font l'engrenage ne se greffent plus sur fond "d'amour et du hasard" mais sur le vif du corps incendié par une tranquille rage érotique. Des séquences que d'aucuns trouvent trop insistantes à l'orée d'une pornographie physiologique n'arrivent pas à ensevelir une démarche filmique digne de la forme parfaite des drames métaphysiques, celles des tragédies antiques ou classiques. La rencontre entre Emma et Adèle aurait pu ne jamais avoir lieu. Un banal train manqué, une chevelure à l'étrange couleur bleue de la partenaire convoitée d'ébats homosexuels entre jeunes femmes d'une beauté époustouflante. Et puis, la rupture entre les deux femmes tout aussi bien décidée par la logique de l'engrenage entre cette entrée sans nul générique d'ouverture et "la sortie" sans aucun générique d'adieu. Dans l'entre-deux de près de trois heures d'images, rien que l'exploration méticuleuse, désespérée de la peau des orifices et rondeurs érogènes et pulpeuses comme à la recherche de cet au-delà impossible de la corporéité, ce que notre lexique banal et pensif appelle "l'âme", ce film est un hommage à la fois politique et hyper réaliste à ce que nous pourrons aussi appeler une peau d'âme. A.Kéchiche dégage sans brutalité, tout en caresses les mille lourdeurs qui s'abattent sur ceci qui se trouvent au plus profond de l'humain: sa propre peau, la seule chose en nous qui sauve à chaque instant de la congélation mortuaire, de la morgue et de la dépouille.
Cette fuite, le plus loin possible, d'un cinéma qui n'est pas des nôtres en Tunisie et dans les pays arabes et islamiques pudibonds et "coincés" n'a pas manqué d'un clin d'oeil à l'adresse de notre chère pays tout de même plein de grâce et de tendresse: Cette Adèle, personnage du titre, s'appliquant avec la même élégance dont elle fait l'amour à Emma, a préparé une brik bien de notre terroir culinaire!…
N.D.L.R

Cet article a été envoyé avant la proclamation du Palmarès, si Palme d'or il y a pour Kéchiche, saluons son extraordinaire performance! Bravo!


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