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Le terrorisme n'est pas une fatalité à Kasserine
Publié dans Le Temps le 16 - 09 - 2014

Le tourisme est un outil primordial de l'aménagement du pays. Il peut favoriser le développement des infrastructures et des équipements dans les régions, promouvoir les richesses culturelles locales et susciter la création d'emplois régionaux. Mais le tourisme peut aussi engendrer des déséquilibres interrégionaux .La Tunisie illustre bien ces déséquilibres régionaux au profit des régions balnéaires .Elle connaît aussi ces déséquilibres qui sont particulièrement visibles dans les villes côtières où l'activité touristique se concentre massivement à proximité immédiate de la mer.
Les évènements survenus en Tunisie en Décembre 2010/ Janvier 2011 comme ceux qu'a connus le bassin minier de Gafsa deux années plus tôt, ont sonné le glas des prétendues politiques de développement national, dans la mesure où ces évènements ont démontré dans la violence et la contestation, qu'une profonde fracture divisait le pays : les régions côtières et les régions continentales. Des régions côtières fortement urbanisées et citadines fief des secteurs de l'économie nationale : industrie, tourisme, services etc.... et les régions continentales essentiellement agricoles fortement ruralisées vivier de la misère et du chômage, celles qui profitent le moins des avantages du progrès technique, économique, social et culturel. C'est avec cette vision et cette pratique du développement qu'il est urgent de rompre.
Il n'y a de politique nationale du développement que dans le respect des exigences du développement dans les régions en déficit de développement.
Le développement durable du pays ne peut être réalisé que par la promotion du tourisme alternatif régional. En effet, le tourisme alternatif s'oppose au tourisme de masse dans la mesure où il respecte les critères de durabilité et d'intégration au tissu naturel, culturel et social d'une région. Ses effets économiques, par définition diffus et partagés, le rendent plus solidaire et plus équitable. Peu capitalistique, il est à la portée des jeunes promoteurs dans leurs lieux de résidence .Moteur de développement régional par excellence, il peut contribuer à un rééquilibrage touristique et économique.
En fait, le tourisme alternatif repose sur la valorisation des ressources naturelles, culturelles, patrimoniales (matérielles et immatérielles) et humaines. Ces ressources sont comme des matières brutes ou des produits à l'état latent.
Le gouvernorat de Kasserine abritant le 1⁄4 du patrimoine archéologique national est sans doute l'une des rares régions où l'on peut voir les témoignages archéologiques qui reflètent la richesse et la diversité du patrimoine tunisien. Les vestiges archéologiques sont partout présents : Il n'y a pas de ville moderne qui ne soit pas édifié près d'un site antique : Cillum, Haïdra ou Sbeïtla en sont les meilleurs exemples.
Pour promouvoir le tourisme alternatif et assurer un tel développement régional à Kasserine il faut construire un nouveau pôle touristique.
Le pôle touristique proposé aura pour objectif de concentrer les moyens d'intervention publique et d'accompagner les projets de développement dans une logique marché et fortement différente de l'offre actuelle.
Pour positionner Kasserine en porte d'entrée du futur pole touristique, il convient de matérialiser cette approche par un point d'accueil et d'hébergement unique « hub » de la destination. L'hôtel Cillium pourrait remplir cette fonction et devenir un centre d'accueil culturel et touristique proposant un café ou un salon de thé oriental, sur le même concept que celui évoqué au Kef (thé, pâtisseries, orientales, restauration légère pour clientèles touristiques et locales). Un souk artisanal pour redonner vie aux métiers d'antan, avec des salles d'exposition, des salles où l'on pourrait voir des artisans au cours de leur travail, une boutique, des stages d'initiation aux arts et métiers, poterie et tissage de laine, broderie, lieu de fabrication des objets de souvenirs inspirés notamment des sites de Sbeïtla et Haidra. Un espace de réservation et d'information, peut être créé. Il communiquera les séjours et activités à réaliser au sein du pôle et du parc de Chaambi : réservation des gîtes achat de prestations annexes (location tentes, transport, service traiteurs), guides, organisation de randonnées etc. Il est aussi nécessaire d'établir un gîte rural dans le parc National du Chaambi.
Une étude sur la présence d'un tel patrimoine naturel au cœur du parc Chaambi permettrait de travailler sur les projets de réhabilitation de ce site en gîte rural.
L'image véhiculée du Djebel comme étant un foyer de terrorisme doit disparaître. On doit passer du «Terrorisme» au «Tourisme».
Pour réaliser un tel challenge, il faudra améliorer les infrastructures à Kasserine : routière, chemins de fer, des hôtels et u aéroport. Un musée militaire permettra de mémoriser la fameuse bataille de Kasserine-Pass et créer un créneau du tourisme militaire, de mémoire un tourisme qui est totalement différent de l'offre actuelle capable d'attirer une clientèle VIP. Les musées et les sites archéologiques gagnent à être aménagés. C'est le cas de Sufeitula,Cilluim,Sufes,Amaedara,Thala, Thélepte. La société Nationale de Cellulose peut être incluse dans un circuit touristique, après sa valorisation.
Reste le problème d'hébergement dans la région, il doit être résolu.
La capacité d'accueil est assez limitée, elle est de 332lits tous confondus à l'échelle du gouvernorat :
Le problème d'hébergement dans la région de Kasserine ne peut être réalisé que par l'encouragement de l'hébergement alternatif qui sera sans doute une nouvelle chance pour un tourisme régional. L'hébergement alternatif apporte également de la diversification à une offre mono produit principalement balnéaire. La région de Kasserine souffre d'un manque flagrant en matière d'hébergement. En effet, il n'y a que quelques unités hôtelières vu que la notion d'hébergement alternatif est encore absente à Kasserine malgré qu'il existe des espaces verts qui peuvent être exploités et transformés en différentes formes d'hébergement alternatif comme les gîtes ruraux, et les maisons d'hôtes. Pourquoi ne pas encourager les jeunes diplômés de Kasserine qui est classée 2ème à l'échelle nationale en nombre de diplômés universitaires chômeurs à investir en matière d'hébergement alternatif : las maisons d'hôtes, les gîtes ruraux, des auberges traditionnelles, des demeures coloniales... Ce type d'investissement va résoudre le handicap d'hébergement, va créer des emplois pour les jeunes d'une part et d'établir un lien d'intimité entre les habitants et la clientèle qui va s'approcher de la population locale et va tout découvrir.
On propose l'établissement d'un gîte rural à Chambi pour jouir de la beauté superbe et profiter les potentialités éco-touristiques et un gite rural près de Djebel Semmama pour assurer l'hébergement des visiteurs des huileries Romaines, encore un hôtel de charme à Boulaaba pour assurer l'hébergement de la clientèle qui vient à la station thermale là bas.
Par ailleurs, la culture dans la région doit être promue en associant le festival international de Cillium à un type de soirée spécifique de renommée internationale. L'amphithéâtre d'El Djem Classé patrimoine Universel par l'UNESCO depuis 26 Octobre 1979 est associé au festival d'Opéras et jouit d'un succès incomparable en matière de la clientèle étrangère VIP. C'est un modèle à suivre c'est pour cela qu'un festival international de la chanson Bédouine qui accueille différents chanteurs et artistes Tunisiens ou étrangers dans un espace archéologique superbe comme celui de « Cillium » sera une très bonne initiative pour la promotion de la vie culturelle à Kasserine.
Les foyers de culte doivent être valorisés. Kasserine est classée 1ère en nombre de Zaouïas en Tunisie. Le patrimoine matériel et immatériel doit être protégé des méfaits de l'imposture religieuse qui menace les traditions et les coutumes. A titre d'exemple, un festival régional du cheval berbère que connait la région depuis les années 60 à Magel Bel Abbés (Sud Ouest de Kasserine) a été annulé pour la 3ème fois consécutive (2011, 2012 et 2013) sous prétexte que «cette zerda maraboutique » qui accompagne cet événement est «Haram » et qu'il faut la supprimer.
Il est nécessaire de valoriser les métiers traditionnels comme la fabrication des produits en alfa, en laine, en marbre, confection des tapis berbère, articles en poterie... cela peut être réalisé par l'établissement d'un musée d'arts populaires qui ressemble tout type de création traditionnelle ou artistique de la région.
Pour mieux conserver ce type de patrimoine on peut créer un circuit de culte regroupant toutes ces foires et zaouïas pour une clientèle passionnée de la découverte de ce type du patrimoine et aussi pour les jeunes élèves et lycéens pour qu'ils puissent découvrir leur passé et patrimoine de culte, pour lutter contre l'intrusion wahabite qui est en train de se répandre en Tunisie.
Enfin, il faut créer un grand festival culturel du tourisme alternatif sous la forme d'un circuit culturel qui relie toutes les potentialités matérielles (Archéologiques, naturelles...) et immatérielles (l'artisanat, les arts populaires, les festivals, les cultes, l'art culinaire et les produits du terroir, les chansons ...) à Kasserine.


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