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Tounes, une pièce de théâtre d'Ahmed Amine Ben Saad
Publié dans Le Temps le 10 - 04 - 2015

Une représentation théâtrale, intitulée Tounes (Tunisie) a été donnée au 4ème art, dimanche 5 mars. La pièce est mise en scène par le jeune Ahmad Amine Ben Saad, jouée par les comédiens Jamel Madeni, Mounira Zakraoui, Ali Ben Said, Souhir Ben Amara, Amal Amraoui, Adib Hamdi,R Ibrahim, produite par Dionysos Production.
Comme l'affirme Gérard Genet « le titre est au seuil de l'œuvre d'art ». La « titrologie » est aussi importante que la création, car c'est l'incipit qui nous introduit dans l'œuvre artistique. Le choix du titre « Tounes » est bien significatif dans la mesure où il réfère, à un champ, à la fois large et synthétique de plusieurs volets dans la pièce. Il est aussi attiseur de curiosité pour le public, car dans le contexte socio- politique et dans la notion du hic nunc, un sujet en rapport avec le pays en ce moment, est alléchant. Le public a hâte de voir une création qui interroge la situation du pays ; qui met en lumière les enjeux de la politique, et détermine les mécanismes de la défaillance et des entraves ; qui analyse la psychologie de son peuple, sa conscience, ses orientations, ses horizons d'attente, sa dégradation par la misère ; qui visite les bas fonds du pays et suscite des interrogations...
Dans une scène dépouillée, les personnages s'affrontent, s'étreignent, se querellent, dansent et chantent, font le deuil, rient, pleurent, crient, blâment, blasphèment ; souvent ils sont fragiles, d'autres plutôt rigides et grossiers. Les sentiments prennent corps, se font matière et s'incarnent dans une confusion qui resserre les cœurs. Petit à petit, on comprend que c'est une famille appartenant aux bas fonds de la société, à la Tunisie profonde, à la Tunisie populaire, à la vraie Tunisie. Cette famille est un échantillon, un noyau représentatif d'une classe sociale qui fait la majorité des tunisiens. Elle se caractérise par le manque d'homogénéité, l'incohérence, les antinomies. Les rapports sont conflictuels, très rarement, il arrive à deux personnages de s'entendre pour se désunir derechef.
Le père, joué par Jamel Madani, est un chanteur populaire de « mezoued », il a nourri ses enfants des revenus de ce métier, pour lui, noble. Il les a éduqués sur ses rythmes et métaphores, considérés communément peu avenant et revêche, alors qu'il identifie l'âme tunisienne. Souvent, toute la famille communique avec des chansons populaires lorsque les simples paroles ne traduisent plus leurs pensées. L'impact de cet art populaire sur leur vie et leur quotidien est très fort, de sorte qu'il détermine leur discours, leur vision du monde, leurs caractères, leurs pseudonymes, leur mode de vie...
Normalement le père est tranquille pour le sort de ses enfants, il ne s'attend jamais à ce que les uns peuvent dévier de cette éducation en quelque sorte joviale, pour changer de chemin et devenir intégriste religieux, anti-vie, anti joie, anti art. Quand l'incident est venu, il était accablé de voir sa jolie fille (joué par Amal Amraoui), se donner aux sales barbus dans la notion du jihad, ou de voir son fils se muer en terroriste.
Ceci dit, cette famille dégradée ne comporte pas uniquement des incultes, mais aussi, une fille (joué par Souhir Amara) sensibilisée à l'art, à la culture, au savoir et à la connaissance. Son rêve d'une île où l'art fleurit comme un champ de roses, où des salles de théâtre et de cinéma, des universités et des bibliothèques se multiplient à l'infini, est quasiment utopique. Néanmoins, elle se cramponne à son rêve dans l'espoir qu'il se réalisera un jour. D'ailleurs, l'atmosphère trop souvent déprimante, lugubre qu'exhale la scène, est traversée de quelques lueurs d'espoir, grâce à cette jeune fille, ou par l'insoutenable légèreté du jeune garçon (joué par Adib Hamdi) jovial et alcoolique trouvant sa consolation dans la bouteille de boukha, du chant du mezoued, du rire et de l'humour.
Le désarroi du père est justifiable, mais, est-il suffisant, de se contenter de s'interroger pourquoi ses enfants ont dévié vers des chemins fermés, sans issu, dangereux voire criminels. le metteur en scène - qui est lui-même le scénariste - a fouillé dans l'archéologie des personnages, non pas pour donner une réponse, mais pour éclairer vers des possibilités de réponse. C'est important de revisiter le passé, l'histoire, les intimités et les secrets, le milieu et l'éducation des personnages. Mais il n'est pas suffisant de réinterroger uniquement le milieu pour condamner une déviation terroriste ou une délinquance quelconque. Il y a d'autres données extrinsèques à repenser, à remettre en question.
Le metteur en scène a témoigné d'une sensibilité et d'une fragilité dans son approche théâtrale. Il a su transmettre au public son univers et sa vision du monde. L'esthétique du dépouillement et de la sobriété a ajouté à la pièce, plus d'expressivité et d'intensité. Il est à sa première expérience, il est appelé à s'affirmer dans la mise en scène car il est prometteur, il peut apporter au théâtre tunisien. Cependant, ce qui dérange dans la pièce, c'est la pesanteur du discours et de la symbolique directe, les versets coraniques d'une part, l'ablution avec du sang, le dilatement. Le jeu des personnages aussi est à reconsidérer ; certains ont poussé à l'extrême leur jeu, de telle sorte qu'ils sont devenus monotones. L'économie dans la représentation artistique est essentielle. C'est important de condenser pour dire mieux, de suggérer pour rendre large le champ de l'interprétation. La condensation permet une ouverture, un franchissement des linéaments, un accès à des sphères d'analyse, d'interprétation et d'appréciation.


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