Annoncé en juillet 2015, le projet de loi sur la réconciliation économique, initié par la présidence de la République, a suscité l'opposition de plusieurs partis politiques et de quelques composantes de la société civile. Ce texte, qui permet la réintégration d'une certaine catégorique des hommes d'affaires dans la roue économique – après avoir payé un pourcentage de leur fortune en guise de remboursement aux caisses de l'Etat –, est interprété différemment du côté de ceux qui s'y opposent : on estime en effet que ce projet de loi vise à aider les hommes d'affaires corrompus à mener à bien le blanchiment de leur argent. Après quelques débats et tables rondes organisés par différentes ONG, les partis opposés à la loi sur la réconciliation économique ont organisé une marche de protestation devant le siège de l'Union générale tunisienne du travail le premier de ce mois. Le rassemblement, qui a regroupé quelques dizaines de personnes, a été violemment dispersé par les forces de l'ordre et quelques arrestations dans les rangs de l'UGET ont été opérées. Le lendemain, quelques députés du Front Populaire, accompagnés par des activistes de la société civile, ont organisé un rassemblement, à l'avenue Habib Bourguiba, pour protester contre les violences policières. Là aussi, les forces de l'ordre ont tenté de mettre fin au rassemblement par des méthodes violentes. Suite à ces incidents, le collectif des partis opposés à la loi sur la réconciliation économique et financière – en l'occurrence Ettakattol, l'Alliance démocratique, le Courant démocratique et le Mouvement du Peuple (le Front Populaire s'étant absenté de la réunion sans en donner les motifs) – ont organisé vendredi dernier, une réunion à l'issue de laquelle il a été décidé d'organiser une marche nationale dans la capitale et d'appeler à la mobilisation, le 12 septembre courant, dans toutes les régions du pays et pour le retrait du projet de loi en question. Seulement voilà, et au lendemain de cette annonce, le ministère de l'Intérieur a publié un communiqué informant l'opinion publique de l'interdiction de la circulation au niveau de l'avenue Habib Bourguiba pendant six jours (du mercredi 9 septembre au lundi 14 septembre 2015). Cette annonce a été suivie par une multitude d'informations assurant que ce plan exceptionnel vise à mettre en échec des plans terroristes qui menaceraient quelques établissements vitaux de l'avenue. De son côté, le conseiller chargé de la communication au ministère de l'Intérieur, Walid Louguini, a déclaré, lundi soir sur Nessma TV, que le ministère n'autorisera aucune manifestation ni à Tunis ni ailleurs en Tunisie. Et d'ajouter qu'au vu de l'état sécuritaire actuel du pays, tout mouvement de protestation peut être exploité par les terroristes. Le conseiller auprès du ministre de l'Intérieur n'a pas omis de rappeler que le pays est encore sous l'état d'urgence, décrété au lendemain de l'attentant terroriste ayant visé un hôtel de la ville de Sousse en juin dernier. Les arguments employés par les autorités n'ont pas manqué de susciter la révolte dans le camp des opposants qui se sont dépêchés de rappeler au parti majoritaire, Nidaa Tounes, qu'il a lui-même participé à une grande protestation alors que le pays était sous l'état d'urgence, faisant ainsi allusion au sit-in Errahil organisé au Bardo durant l'été 2013. Les partis de l'opposition ont de même rappelé que le droit de manifester est garanti par la nouvelle Constitution de la deuxième République tunisienne. Estimant que l'Etat emploie l'argument de la lutte contre le terrorisme pour repousser toute forme de protestation contre le projet de la loi sur la réconciliation économique et financière, les partis qui s'y opposent ont appelé à un audition urgente du ministre de l'Intérieur par la commission des droits et des libertés au sein de l'Assemblée des représentants du peuple. Si les divergences liées au projet de loi sur la réconciliation économique et financière sont profondes, l'emploi de la force policière contre les opposants à cette loi ne font qu'alimenter la polémique et la division. Entre temps, le président de l'Assemblée des représentants du peuple, Mohamed Ennaceur, a annoncé que le projet sur la réconciliation économique et financière a été transmis à la commission de la législation générale qui l'examinera au moment opportun.