Une statue commémorant les colons italiens ą Lakhdaria (ex-Palestro) a été inaugurée en grande pompe en Italie. Un journaliste italien, originaire du Nord, a mené bataille pour glorifier ses aēeuls qui s'étaient installés sur les terres des Algériens expropriés par Napoléon III. Gian Antonio Stella, écrivain et journaliste du plus grand quotidien Italien, Corriere Della Sera, en a fait sa bataille personnelle, usant de ses contacts pour patiner l'image d'un colon italien qui n'avait de mérite que celui d'avoir profité du malheur des autres. Domenico Bassetti était allé en Algérie comme soldat de la Légion étrangŹre de l'armée franćaise. Ayant découvert un paradis, ą portée de la main, il y entraĒna une trentaine de parents et d'amis de son village natal, Lasino, situé dans le sud du Tyrol (au nord de l'Italie). Nommé maire du village colonial, Palestro, construit sur les terres des tribus des Ammal et des Beni Khalfoune qui en furent dépossédées par les Franćais. Bassetti, qui était un entrepreneur en travaux publics, était détesté par les Algériens, car il les exploitait et les méprisait ouvertement, se faisant ainsi beaucoup d'ennemis. Et la création, sur son initiative, d'un énorme marché ouvert, qui a tué les deux marchés de la communauté autochtone, a augmenté la colŹre contre lui. Car les deux marchés représentaient beaucoup pour les habitants musulmans et surtout un lieu de liens sociaux et de convivialité. Bassetti, connu comme Nico, est tombé durant l'insurrection de 1871, menée par El Mokrani contre les forces d'occupation. Les récits de cette bataille racontent comment les combattants algériens avaient accepté de laisser partir les colons et leurs familles, mais ą cause du geste belliqueux d'un gendarme franćais, l'accord a mal tourné et il s'en est suivi un affrontement armé, oĚ périrent combattants et colons. Bassetti, lui-mźme, aurait tué quatre insurgés. «Nos grands-pŹres furent balayés par cette vague de violence», c'est ainsi que le journaliste italien résume l'épopée de l'insurrection du bataillon d'El Mokrani. Les Franćais avaient érigé une stŹle pour commémorer leur victimes. La statue représentait le maire colon, Nico, portant un fusil, et ą ses pieds une femme et un enfant apeurés. GrČce ą un riche mécŹne, le vŌu de Stella a été exaucé et la statue que tous les habitants de Lakhdaria détestaient a revu le jour. Sous ce titre pompeux et un peu ridicule, «Bassetti et les martyrs de l'Algérie, la statue du massacre renaĒt», le célŹbre journaliste publie un article sur son journal, se réjouissant de cette «Ōuvre», de ce «monument». Il nous apprend donc que c'est ą partir d'une photo d'«enfants de Palestro» que cette stŹle a été reconstituée par le sculpteur Enrico Pasquale et présentée ą Marmomacc, la Foire internationale du marbre qui se tient ą Vérone. Silvio Xompro et Franco Masello, patrons d'une célŹbre maison de transformation du marbre, ont financé ce «monument». L'auteur ignore peut-źtre que ce morceau de pierre représentait pour les Algériens le symbole de l'oppression sanguinaire du colonisateur franćais et de la sauvage exploitation dont ils ont été victimes de la part des colons européens. Sans parler de la barbare répression qui s'est abattue sur leur ville, au lendemain de l'insurrection, lorsque les militaires franćais ont mené une féroce vengeance contre les habitants de cette localité, les expropriant, les emprisonnant et en déportant des dizaines d'entre eux en Nouvelle-Calédonie. Ce qui explique que dŹs l'indépendance, les habitants de Palestro (rebaptisée Lakhdaria, du nom du héros (un vrai) de la guerre de libération, Si Lakhdar), n'ont pas attendu longtemps pour la pulvériser. Le journaliste, sans doute sous l'emprise de l'affection filiale et d'un sentiment tribal, a perdu de vue une vérité écrasante : les colons italiens qui étaient partis pour l'eldorado algérien n'étaient pas des volontaires de la Croix-Rouge, mais des rapaces qui ont occupé sans scrupules des terres qui leur ont été cédées presque au franc symbolique par l'occupant franćais illégitime qui, ą son tour, les avait volées aux propriétaires légitimes, expropriés par la force, déplacés, arrźtés, torturés et tués, eux et leurs familles. En ces temps de crise économique, de vide spirituel et de médiocrité morale, les Italiens ont besoin de s'inventer des héros... Mźme si pour cela, il faut faire violence ą l'histoire de lutte pour la libération du colonialisme de tout un peuple, le peuple algérien. Stella voudrait mźme que le chef de la République italienne inaugure cette statue, quand elle sera transportée dans le village natal de Bassetti. Espérons que le président Matarella aura mieux ą faire ce jour-lą...