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Nous fêterons bien le 7 novembre 2011, mais sans Ben Ali
Publié dans La Presse de Tunisie le 16 - 08 - 2011


Par Mohamed Rached KHAYATI
Ce titre paraissant, de prime abord, comme une offense crue à la mémoire encore fraîche des Tunisiens n'est, en fait, pas aussi cavalier, voire déplacé ou encore plus arrogant qu'on ne puisse le penser. En effet, le 7 novembre 2011, le peuple tunisien célébrera non pas le vingt-quatrième anniversaire de la prise du pouvoir par le fuyard Ben Ali, mais plutôt le centenaire de la bataille du Jellaz qui a vu couler le sang aussi bien des Tunisiens que de nos frères libyens. Le sang de nos frères algériens, marocains et soudanais y a également coulé. Cette bataille a constitué un véritable symbole des solidarités maghrébine, arabe et islamique.
Cependant, il est à noter que la lutte anticoloniale commune est antérieure aux évènements du Jellaz. En effet et dès que les forces françaises ont foulé le sol tunisien en 1881, la population tunisienne, notamment celle du sud du pays, s'est soulevée héroïquement contre l'établissement du protectorat, aidée dans cette lutte armée pour la dignité par les vaillants combattants libyens qui se sont joints, en toute spontanéité, à leurs voisins tunisiens.
Cet élan de solidarité tuniso-libyenne, décidément légendaire, n'a pas manqué de refaire surface lors de l'invasion de la Libye voisine par les forces italiennes en 1911. Le peuple tunisien reconnaissant a, en effet, mobilisé les volontaires et apporté les aides de toutes sortes pour servir la bonne cause libyenne. La bataille du Jellaz a, ainsi, constitué le premier évènement à travers lequel le peuple tunisien a manifesté son soutien inconditionnel pour le combat des résistants libyens contre l'occupant italien.
Le cimetière du Jellaz qui abrite encore sur son site le mausolée du grand maître soufi Abou Al-Hassen Al-Chadly et qui a accueilli, à travers les âges, les dépouilles d'hommes illustres tels que le grand savant et imam Ibn Arafa ainsi que celles des martyrs et grands militants a toujours été considéré par les habitants de la capitale comme un des hauts lieux de l'Islam en Tunisie et occupe, de ce fait et jusqu'à nos jours, une place particulière dans le cœur de tous les Tunisiens. La moindre décision administrative concernant le statut ou l'intégrité territoriale ou architecturale de la plus grande nécropole islamique de Tunisie ne peut, en aucun cas, être facile à prendre et ne pas susciter les polémiques et les réactions les plus passionnées.
C'est ainsi que la réaction de la population locale musulmane n'a pas tardé à se faire sentir lorsque les autorités coloniales françaises ont décidé d'enregistrer foncièrement le cimetière du Jellaz au profit de la municipalité de Tunis et de le rattacher à son patrimoine afin de pouvoir, le cas échéant, en changer l'affectation et l'utiliser à des fins qui, sur le plan militaire et au vu de l'altitude relative du site et de son emplacement idéal au niveau des accès Est et Sud de la ville, ne pouvaient, a priori, être que stratégiques.
En effet, se sentant bafoués dans leur dignité confessionnelle, les "autochtones" musulmans de Tunis n'ont pas hésité, un certain 7 novembre 1911, à prendre les armes pour protéger leur cimetière et s'opposer, farouchement, à toute intention française d'annexion ou d'aliénation foncière d'un site à grandes signification et valeur cultuelles et considéré, à juste titre, comme dépositaire incontestable de la mémoire collective nationale.
Epopée tuniso-libyenne
Pourtant, le 6 novembre 1911, les autorités coloniales craignant le pire se sont, bel et bien, rétractées quant à leur projet d'exproprier le cimetière musulman. Un revirement décisionnel qui ne s'est, finalement, pas avéré suffisant pour contenir une colère populaire qui, déjà, montait crescendo depuis l'agression italienne de la Libye, à peine quelques semaines avant, pour atteindre son paroxysme le lendemain 7 novembre, dès les premières lueurs du jour. La mesure coloniale d'immatriculation du Jellaz a eu, en fait, beaucoup plus pour effet d'attiser un courroux populaire en ébullition que de déclencher un soulèvement armé qui lui était intimement lié. C'était, en quelque sorte, l'apport catalyseur à une tension qui, depuis quelque temps, se faisait plus que latente.
Le mécontentement était général en ce jour du 7 novembre 1911. Il se lisait sur les visages de tous les contestataires musulmans qui, tôt dans la matinée, ralliaient le point de rassemblement à proximité du Jellaz. Même la nature n'était pas dans ses meilleurs états‑: temps maussade, ciel couvert, souffle matinal très frais… On sentait que ça allait tonner. Toute l'ambiance générale n'était pas au beau fixe ce jour-là‑: commerces fermés, souks déserts… Finalement, tous les ingrédients d'une journée pas comme les autres.
Les affrontements qui s'en suivirent entre insurgés nationalistes et forces coloniales étaient d'une rare intensité. Une violence jamais vue dans les rues de la capitale depuis l'avènement du protectorat. Une véritable bataille rangée ayant mis aux prises Tunisiens et Libyens d'un côté et les unités de la police française auxquelles se sont ralliés quelques membres de la colonie italienne de Tunis de l'autre. Les escarmouches entre les Italiens qui habitaient, en grand nombre, aux environs du Jellaz et la population arabe se faisaient, déjà, fréquentes depuis le début de l'invasion de la Libye par l'Italie, le 5 octobre 1911. Les Libyens contraints à l'exil en Tunisie pour fuir les exactions et les actes de barbarie de l'occupant italien, n'ont pas hésité dès leur arrivée en terre d'accueil à chercher à venger leurs martyrs en s'attaquant aux Italiens de Tunis. Ils ont pris pour cible aussi bien les vies humaines que les biens et intérêts. Les Libyens et Tunisiens attaquaient à coups de pierres, de gourdins et de massues alors que les Italiens ripostaient en faisant usage des armes à feu qu'ils portaient sur eux en toute impunité. Ces mêmes Italiens ont servi, à la fin de la bataille, d'indicateurs et de rabatteurs pour la police française dans sa traque des Libyens soupçonnés d'avoir combattu aux côtés des Tunisiens. Ceux qui ont été, par la suite, arrêtés, se sont vus soit remis aux autorités italiennes de Tripoli qui les a, dans leur majorité, exécutés sans aucune forme de procès, soit déférés devant la "justice" en Tunisie, au même titre que leurs frères patriotes tunisiens.
Les interpellations, jugements et condamnations, y compris les peines capitales qui ont sanctionné la fin de la bataille n'ont pas rebuté les résistants tunisiens et libyens dans la poursuite de leur lutte conjointe pour la liberté et la dignité. Parmi les condamnés à mort, tous tunisiens, qui ont été décapités sur la place publique, figuraient Chadly Ben Amor Ketari et Manoubi Ben Ali Jarjar âgés respectivement de 21 et 31 ans. Faisant fi des décisions coercitives des juridictions coloniales et de toute forme de répression, les insurgés des deux pays voisins ont, en effet, continué à mener de plus belle leur combat mutuel contre les colonisateurs italiens et français. Une véritable coalition sacrée pour une cause qui n'en était pas moins.
Wazan et Dhehiba déjà
C'est ainsi qu'en 1915, quatre ans après les évènements sanglants du Jellaz, les populations du Sud tunisien et particulièrement celles des régions frontalières avec la Libye se sont soulevées sous l'impulsion du leader libyen Khalifa Ben Askar Al-Nalouti qui a réussi à fédérer les volontaires tunisiens et libyens et, tout en menant la vie dure aux forces coloniales françaises en Tunisie, a effectué des incursions armées d'envergure notable en territoire libyen. Une véritable épopée tuniso-libyenne au cours laquelle le sud-est de la Tunisie a servi à la fois de champ de batailles sans merci engagées contre les troupes françaises et de rampe de lancement des raids menés en Libye contre les forces italiennes. Parmi les tribus du Sud tunisien qui ont rallié Khalifa Ben Askar, nous pouvons citer les Ouled Dhiab, Ouled Chehida, Traïfa, Mkhalba, Krachoua, Mrazig, Ouerghemma, etc.
Le déploiement de plus en plus important des troupes françaises dans le Sud tunisien à la faveur des renforts considérables que les autorités coloniales n'ont cessé d'y dépêcher afin de mater la "rébellion" a contraint les combattants tuniso-libyens guidés par Khalifa Ben Askar à déplacer leur quartier général dans la localité de Wazen en Libye. Cette délocalisation n'a pas empêché les forces françaises basées à Dhehiba (ou Dhibat) en Tunisie de les poursuivre dans leur retranchement libyen avec pour objectif majeur de nettoyer l'axe Dhehiba-Wazen et de pacifier tout le Sud tunisien. Les opérations militaires françaises en Libye n'ont finalement pas permis à leurs auteurs d'atteindre les résultats escomptés. Bien au contraire, l'armée française a collectionné les revers sur le sol libyen et s'est même vue humiliée, en septembre 1915, par l'assaut donné à Dhehiba par Khalifa Ben Askar et ses hommes qui ont réussi à franchir les fortifications élevées par l'ennemi et à isoler le village du restant de la région de Tataouine en coupant les fils téléphoniques. Les mémorables batailles qui s'en suivirent, notamment celles de Oum Souigh le 12 octobre 1915 et de Remada le 16 juin 1916, ont permis aux insurgés coalisés d'étaler leurs bravoure et courage et de faire prévaloir leurs qualités de redoutables combattants. La débandade française a été l'occasion pour certains "indigènes" enrôlés dans le bataillon de Dhehiba de déserter et de rejoindre le camp des insurgés. Parmi eux figurait un certain Mohamed Daghbagi de la tribu des Béni Zid, né à El Hamma en 1885, qui allait devenir plus tard un des symboles de la résistance tuniso-libyenne toujours sous la férule de Khalifa Ben Askar, un véritable Guevara arabe qui, au terme d'un combat long et implacable contre l'humiliation et la détresse des peuples opprimés, avait fini par tomber entre les mains des Italiens le 28 mai 1922. Il a été condamné à mort par pendaison et exécuté la même année pour seul "crime" commis le fait qu'il ait guidé l'insurrection armée contre l'occupation étrangère de sa Libye natale et de la Tunisie qu'il a toujours considérée comme sa propre patrie. Quant à Mohamed Daghbagi capturé en compagnie de Khalifa Ben Askar en Libye, il a été remis aux autorités coloniales françaises en Tunisie qui l'ont, à son tour, condamné à mort et exécuté en 1924.
Si les exécutions de Ben Askar et de Daghbagi ont été un tournant important dans les péripéties de la lutte anticoloniale tuniso-libyenne et ont, manifestement, constitué un coup dur pour les patriotes des deux pays qui ont combattu côte à côte, durant une bonne décennie, que ce soit en terre tunisienne ou en terre libyenne et sous la conduite de l'un ou de l'autre des deux leaders , elles n'ont pas pour autant apporté un coup d'arrêt à la solidarité entre les deux peuples frères, amis et voisins. En effet, à l'accession de la Libye à l'indépendance le 24 décembre 1951 et à la veille du soulèvement armé de janvier 1952 dans différentes régions de Tunisie, une grande majorité des réfugiés libyens a préféré rester dans le pays qui a grandement ouvert les bras à ses voisins aux moments difficiles traversés par leur pays d'origine lors de son invasion par l'Italie en 1911. Un siècle après et à l'avènement de la Révolution tunisienne du 14 janvier 2011 et du soulèvement armé libyen du 17 février de la même année, l'Histoire s'est, encore une fois, avérée un éternel recommencement et ses faits sont encore là pour démontrer sur le terrain que cette chaîne de solidarité ancestrale régissant les rapports de voisinage entre les deux peuples demeure, jusqu'à nos jours, indéfectible et que l'axe Dhehiba-Wazen est toujours d'actualité.
Il est finalement dit que le 7 novembre 2011 sera bel est bien fêté par le peuple tunisien, mais sans Ben Ali cette fois-ci. Espérons, toutefois, que la cérémonie d'investiture de la deuxième Assemblée constituante de l'histoire du pays, qui sera démocratiquement élue le 23 octobre prochain, sera justement organisée à l'occasion de la commémoration du centenaire de la bataille du Jellaz et de l'hommage qui sera rendu à ses martyrs tunisiens, libyens, maghrébins et arabes en général.
Enfin, il conviendrait de méditer sur cette réflexion très significative de Paul Valery‑: "L'existence des voisins est la seule défense des nations contre une perpétuelle guerre civile". C'était dans Regards sur le monde actuel.


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