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Avons-nous une conscience profonde de notre identité ?
Publié dans Le Temps le 17 - 10 - 2015

Deux faits majeurs ont marqué la situation générale en Tunisie après le 14 janvier. Le premier, c'est le harcèlement de la société tunisienne par l'islam politique. Quant au deuxième, il s'agit du différend concernant la définition de l'identité de la Tunisie et de son peuple. La difficulté de résoudre ce conflit a mené à la conservation de l'article premier de la constitution de 1959. Et ce en dépit du caractère imprécis et flou de l'identité dans cet article. C'est pour cette raison que les élections précédentes étaient sur la base plutôt du modèle sociétal et non pas sur des programmes de développement. Dans le même temps, l'idée que la société tunisienne est un amalgame de plusieurs ethnies et cultures qui court sur toutes les langues. Cette situation nous a fait penser à une question : comment pourrait-on trancher la question de notre identité ?
Il n'y a rien de plus dangereux pour la personnalité d'un peuple que de le convaincre que sa civilisation résulte d'un amalgame de plusieurs civilisations. Le terme « amalgame » signifie hybride et bâtard, et dans le meilleur des cas « non original » ou « non enraciné » dans son propre sol. Psychologiquement parlant, cette idée est un danger parce qu'elle produit une personnalité fragile et schizophrène. Une personnalité qui voit son appartenance à la terre où elle vit le produit de la coïncidence historique, rien de plus. Le peuple qui porte sur lui-même l'idée qu'il est un amalgame de plusieurs origines, doit avoir une conscience faible de l'identité. Par conséquent, les membres de ce peuple essayent de chercher une autre identité de laquelle ils se réclament. Ainsi, l'un se dit d'origine irakienne, l'autre d'origine yéménite, l'autre encore du Hedjaz, et l'on trouve aussi qui se réclame de Turquie ou du Liban comme s'ils répugnaient d'appartenir à cette bonne terre : la Tunisie.
Une personne proche me parlait un jour d'une rencontre avec des amis dans un café où ils avaient débattu de la question de l'identité. Le premier dit qu'il est d'Irak. Le second affirma que sa famille était venue du Yémen et un troisième de Turquie. Mon ami resta un moment interdit s'étonnant dans son for intérieur que personne ne se dise de Tunisie. Puis, il apporta sa main à son front criant : « Oh ! les amis ! Je suis foutu ! » Et les autres surpris de sa réaction lui demandèrent : « quoi !? Qu'est-ce qu'il y a !? » Alors il répondit : « Moi .. Je suis d'ici .» Ce fut alors un éclat de rire. C'était une blague, mais combien significative !!
Exportateurs de terroristes
D'un autre côté, celui qui ne trouve pas d'origine à laquelle il peut s'identifier devient prêt à réaliser cette appartenance d'une façon extrémiste comme s'il compensait son faible sentiment de l'appartenance ou l'absence totale de ce sentiment durant toute sa vie passée. Cette appartenance extrémiste se manifeste à travers le nombre des Tunisiens participant à la majorité des opérations terroristes perpétrées un peu partout dans le monde au nom de la religion, et ce à un tel point que certains avaient déclaré que la Tunisie est devenue un pays « exportateur » de terroristes. Celui qui n'a pas un fort sentiment d'appartenance à une origine dont il peut être fier, devient une proie facile à encadrer et recruter par les intégristes. Nous sommes un peuple dont l'identité fut usurpée depuis des siècles et il est temps de la récupérer. Sans cette condition, tout changement progressiste qu'on peut réaliser demeure précaire et sujet à la régression dans toutes les époques de l'histoire. Le code du statut personnel n'était-il pas remis en question !? Et l'idée que la femme complète l'homme !!!
La question de l'identité fut posée plus d'une fois. D'abord, lors de l'élaboration du texte de la constitution de 1959, puis lors de la rédaction de la constitution de 2014. Il n'y a pas un événement plus décisif dans la vie d'un peuple que celui de l'élaboration d'une constitution. C'est un acte d'une importance majeure car il institue l'avenir où vivront les générations futures et à travers lequel elles définiront la nature de leurs relations avec les autres peuples. L'importance de cet acte réside aussi dans le fait qu'il donne à ces générations une profondeur à la fois historique, civilisationnelle, sociale et psychologique qui leur permettra d'affronter l'avenir avec confiance, détermination et clarté. Si une question aussi importante que celle de l'identité est posée à une époque charnière, cela signifie qu'il s'agit d'une question sérieuse et épineuse qui n'a pas été résolue de manière raisonnable et logique se fondant tout d'abord sur l'histoire, mais aussi sur une approche culturelle qui prendrait en considération les spécificités actuelles de la société d'une part, et celles qui existaient à des époques passées afin de les comparer et voir s'il existait une relation entre elles. Seule une approche raisonnable nous éloigne de toute spéculation provocatrice ou idéologique. Nous croyons que la crainte de poser sérieusement et raisonnablement le problème aujourd'hui est injustifiable. Par ailleurs, résoudre le problème de l'identité de manière à le laisser suspendu, comme ce fut le cas en 1959, ne constitue pas une vraie solution mais ne fait que reporter la question contre laquelle buteront les générations suivantes. Aussi faut-il rappeler que les générations actuelles ont buté contre la question de l'identité lors de l'élaboration de la constitution de 2014, qui n'a fait que reporter à son tour le problème.
La constitution tunisienne de 1959
Il fut un temps où l'on croyait que seul le Liban n'a pas réussi à trancher la question de l'identité, en raison de sa composition multiconfessionnelle. Mais après le 14 janvier nous nous sommes réveillés sur le retour en force du discours identitaire. Cela pourrait avoir des retombées catastrophiques si nous n'arrivions pas à résoudre le problème de notre identité définitivement et de manière raisonnable, loin des mobiles idéologiques ou par suite de l'absence d'un substitut.
La révision des événements nous montre que lors de l'élaboration de la constitution de 1959 nous n'étions pas du même avis quant à l'identité de notre pays et de notre peuple. Ce même différend est remonté à la surface durant les discussions qui ont préparé la constitution de 2014. Mais ce qui est encore plus dangereux c'est que nous avons assisté à l'implantation, dans notre patrie, de différentes identités, parfois bien étranges. Ces dernières, sitôt implantées, ont commencé à injecter leur poison parmi les citoyens et surtout nos enfants et nos jeunes, ceux qui représentaient l'avenir du pays. Il s'agit des identités confessionnelles, ces identités meurtrières qui ont déchiqueté le corps de la même patrie et ont fait coulé beaucoup de sang entre les membres de la même société et implanté division, haine et rancœur, comme ce fut le cas au moyen âge dans l'orient arabe et aujourd'hui en Irak, au Liban, en Syrie, en Lybie et au Yémen. Selon un plan stratégique, conçu pour toute la région.
Nous remarquons aujourd'hui les prémisses de ce conflit identitaire confessionnel dans notre patrie. Au mois de Ramadan 2012 une dispute violente a éclaté dans une mosquée à Jendouba entre les adeptes de deux confessions différentes. Les uns voulaient avancer l'appel à la prière du « maghreb » tandis que les autres envisageaient de garder le moment habituel de l'appel à la prière. Nous avons été témoins aussi d'un différend qui opposait deux hommes partisans de deux courants religieux différents, avec des insultes échangées. Pire encore, un « imam », Lotfi Kallal, appartenant à la Jamaât Daâoua Wa Tabligh, fut assassiné à Tunis en mars 2012, à la sortie de sa demeure, pour la prière de l'aube. Fort probable que le mobile du crime soit d'ordre confessionnel. Un autre événement alarmant : l'imam de la mosquée de Msaken eût interdit à un autre imam d'entrer dans « sa région » (Msaken) l'accusant d'être mécréant (« kafer »). Et l'on constate que le « takfirisme », n'épargne ni les personnes ni les confessions à telle enseigne que l'affaire est devenue habituelle. Nous étions témoins de tout cela et nous n'étions encore qu'à la première et deuxième année de la révolution ! Nous avons tous les ingrédients pour entrer dans la phase la plus destructrice de la société : tuer sur la base de l'identité. C'est le top de l'ignorance. Heureusement, les nouveaux dirigeants du pays, venus après les élections de 2011, et qui entretenaient des « liaisons dangereuses » avec le terrorisme, étaient écartés du pouvoir.
Pour ne pas arriver à des atrocités comme d'autres pays (le Liban et l'Iraq), il nous faut barrer le chemin aux identités meurtrières et conserver notre identité qui unit les membres de notre société unie et de notre peuple uni. Or cela ne pourrait être possible que si nous tranchions de manière définitive la question de notre identité. Laquelle identité était définie selon des considérations erronées, et il est temps de la corriger. Selon nous, cette correction ne pourrait être réalisée sans la révision de notre histoire qu'il faut relire à la lueur de l'anthropologie, l'ethnologie, l'archéologie, la sociologie, la sociologie de la culture, la psychologie, la linguistique et même l'hérédité. C'est pourquoi nous affirmons que laisser notre histoire entre les mains des historiens uniquement ne pourrait pas nous aider à comprendre le passé d'une façon entière. Il faut dépoussiérer les coins et recoins de notre histoire, délaissés volontairement ou involontairement et sujets à toutes les spéculations, afin de tirer les constatations qui nous mèneront à la vérité. Il faut démystifier notre histoire. Car des mythes comme la Ghazouat (expédition) des « sept Abd-Allah » ou de Okba Ibn Nafaa ont défiguré notre représentation de l'Histoire. Nous pensons que l'histoire est, dans une large mesure, une question de représentation des événements.
Il est certain donc que nous avons besoin de relire l'histoire en apportant de plus justes proportions dans l'évocation des faits. En fait, nous pensons que nous avons lu incorrectement notre histoire et nous l'avons aussi enseignée à nos enfants incorrectement. Car, comment se fait-il qu'on présente à nos enfants Okba Ibn Nafaa comme un général conquérant, héros, glorieux, faisant de nos enfants ses admirateurs, glorifiant sa valeur, sympathisant avec lui alors qu'il est le bourreau des Berbères auxquels il a arraché argent et femmes pour les expédier à ses maitres au Mashrek !!? Et paradoxalement, on inculque à nos élèves une haine contre Gsila, l'awrabite, les remplissant d'indignation contre lui, ce leader et héros berbère tunisien, le méprisant alors qu'il est plus digne de leur admiration, sympathie et amour. Comment ne pourrait-il pas l'être ? Ne s'est-il pas soulevé contre l'agressivité, l'arrogance et l'injustice de Okba Ben Nafaa ? N'est-il pas leur compatriote ? N'a-t-il pas défendu sa terre et son peuple contre les conquérants ?
De fausses idées
Nous sommes devant le même phénomène étrange en rapport avec Dihya fille de Tabeta fils de Tifan, la jrawite, et Hassen Ben Noomen. Comment se fait-il qu'on fasse de nos enfants des sympatisants avec Hassen le conquérant, et haïssant Dihya qui a défendu son pays, son peuple et la terre de ses ancêtres. On pourrait élargir cette idée. Nous y reviendrons dans d'autres écrits. La conséquence directe de cette lecture fausse de l'histoire c'est que notre identité fut construite sur la base d'idées fausses.
Imed Ben Soltana


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