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La mer dans l'œuvre de Caroline Degroiselle
Publié dans Le Temps le 02 - 12 - 2015

Caroline Degroiselle est née deux fois. Elle est née d'abord à Paris, ensuite elle est née réellement comme artiste à Nouméa en 1983, lorsque dans le large de la nouvelle Calédonie, dans ce sud absolu du monde, elle a commencé à peindre et à adopter l'aventure picturale comme une nouvelle trajectoire de sa vie.
Caroline Degroiselle, autodidacte certes, mais ayant pré-accumulé beaucoup d'expériences artistiques, elle a su garder malgré cela une certaine fraîcheur et spontanéité du début, une ingéniosité subtile, et surtout une gestualité rigoureuse dans la composition et dans la distribution ramassée quelquefois de ses couleurs. Depuis 1983, elle se fait remarquer non seulement à Nouméa, mais aussi un peu partout dans le monde. En grande voyageuse, elle expose et s'imposa à Paris, à Megève, à Papeete, à Tokyo, à New York... et aujourd'hui, et pour la deuxième fois à Tunis et plus particulièrement sur la butte de Sidi Bou Saïd, et plus précisément à la galerie Saladin.
Dans cette exposition qui se tient du 14 Novembre au 04 Décembre, Caroline Degroisette se confronte à un double défi de présenter d'abord au public sa production picturale de cinquante - huit toiles et ensuite d'accompagner, par l'illustration, le recueil poétique de Yolande Oria, cette tuniso-bretonne, intitulé : France II « un voilier pour rêver » mémorable où les deux artistes se sont données à cœur joie pour déclamer leurs poèmes et pour déployer leurs paysages colorés. Il semble que ce qui unit les deux expressions est la mer, la mer à perte de vue.
La peinture :
La peinture de C. D se déroule autour d'un thème presque unique, qui est celui de la mer et des paysages marins de la nouvelle Calédonie ou de ces terres des iles du sud forcément marquées par les tempêtes et les typhons. Le système pictural de C. D. est pleinement figuratif. Les éléments qui le composent sont évidents et facilement identifiables à travers des touches ramassées assez grasses et des aplats assez légers et transparents. Le contraste entre ces deux éléments forme le système pictural de C. D. et tout se développe autour de ce paradoxe de la matérialité de la tâche-touche et la superficialité des transparences colorées. Ce contraste est impressionnant de force de matérialité et de vérité.
La représentation des natures mortes, plantes et tiges est saisissante. Elle suggère la matière, le volume ou du moins leur relief. Ce relief est produit par des touches assez grasses très différenciées et évoluant vers l'effacement des protubérances et l'obtention des aplats. Les bouquets de fleur, les branches d'arbres, les tiges se démarquent matériellement des vases transparents dans lesquels ils sont mis ou de la terre brillante et humide dans lesquels ils sont plantés.
Les scènes marines assez mouvementées ne connaissent pas ce genre d'opposition mais plutôt une grande effervescence d'eau bleue et d'écumes houleuses et de vagues blanches. Les turbulences libèrent la représentation artistique de son paradoxe volume/transparence pour rendre la toile plus fluide, plus dynamique, plus chaotique en fait. Seul le repos, en dehors de la mer, sur le caillou favorise la représentation de la nature-volume et ressuscite le contraste relief/aplat.
Le système pictural développé par C. D. n'est jamais indifférent. Le spectateur ne l'est jamais non plus ! La nature sollicitée ainsi par l'artiste ne laisse pas de place à la représentation humaine, du portrait par exemple. L'artiste adopte ici une position qui nous rappelle celle chinoise du Lao-Tseu favorisant la représentation de la nature de sa force, de sa monumentalité face à une représentation minimale presque microscopique de l'homme. Certaines toiles rappellent directement la peinture chinoise classique.
La question qui se pose à ce niveau, est de savoir si cette rencontre entre le Lao-Tseu chinois et la peinture de C. D. est fortuite ou réellement voulue ! En tous les cas, elle est certainement étonnante et continuera à susciter en nous des questionnements.
Mais il serait plus intéressant de nous intéresser à une autre rencontre, cette rencontre entre le poète et le peintre :
La peinture de Caroline Degroiselle
et la poésie de Yolande Oria :
La rencontre de la peinture de C. D. et de poésie de Yolande Oria s'est faite dans le livre-recueil de poésie de Yolande Oria et cela n'est pas de l'ordre du fortuit. En fait, l'artiste, le peintre de la mer qui est Caroline Degroiselle, et toute son exposition d'aujourd'hui le prouvent et cela n'a fait que prêter ses touches, sa palette, à Yolande Oria, poétesse de la mer aussi et du grand, mythique et tragique voilier à cinq-mâts France II
Le voilier a pu susciter le rêve des deux artistes. Voilà comment le rêve est né et comment les deux artistes se sont rencontrées chacune à sa manière, chacune selon sa spécificité à travers un livre-recueil de poésie : France II, « un voilier pour rêver ». Le résultat de la rencontre est consigné et cosigné dans le livre très beau de peinture poétique et de poésie picturale.
Le livre-recueil a été commit par Yolande Oria poétesse de son état. Voilà comment elle le conçut avec Caroline Degroiselle :
France II, un voilier pour rêver
« Le cinq-mâts France II, fleuron inégalé de la marine à voile française, le plus grand voilier de charge ayant jamais été construit, une merveille d'élégance, de modernité et de fiabilité donne envie, un siècle plus tard, de filer avec lui sous le souffle d'Eole.
« un ami calédonien me parla il y a quelque temps, de la présence, à proximité du fort de Teremba (côté ouest de la Nouvelle-Calédonie) d'une épave dont l'étrave rouillée affleurait encore, celle d'un voilier exceptionnel, un cinq-mâts, construit à Bordeaux entre 1912 et 1913 et dont la mission avait été de rapporter de Thio (côté est) le minerai de nickel devenu indispensable à l'Europe industrielle.
Je voulus approfondir le sujet et notamment les circonstances du naufrage en 1922. Je collectionnai des documents et m'imprégnai de l'épopée trop courte de ce voilier dont je découvris vite qu'il avait été hors du commun. Je m'en passionnai. Il me fit rêver. J'eus envie de lui rendre hommage, à ma façon, qui est la poésie. » (Yolande Oria)
Caroline Degroiselle elle aussi s'implique dans ce beau poème et le fit sien à sa manière en mobilisant tous les moyens plastiques qu'elle possède, moyens aussi spécifiques.
La poésie :
La poésie de Yolande Oria qui se révèle dans le livre-recueil marque les péripéties de l'aventure du cinq-mâts. Comment il a été conçu, comment il est né et comment après une courte vie (neuf ans) de voilier à cinq-mâts si révolutionnaire à propulsion à vapeur aussi, moderne, avant-gardiste, éclairé avec l'électricité, etc, et qui a traversé l'océan et négocié les plus grands risques, et terminer sa course tragiquement non loin des côtes Calédoniennes.
Cette destinée tragique du « Cinq-mât » a été ressuscitée d'une manière splendide par Yolande Oria dans une poésie « de gestes » très dramatiques
Les poèmes les plus épiques de Yolande Oria ont été illustrés par Caroline Degroiselle et ceci depuis le lancement du navire et depuis le jour du « grand départ » jusqu'à l'agonie et le « Repos sous la mer ».
Certaines illustrations sont déjà exécutées comme tableaux autonomes comme « Les Colonnaires gardiens bleu outre mer » ou « Les récifs saphirs ». Toutes ces illustrations épousent fortement la poésie de Yolande Oria qui développe ainsi une poésie rigoureuse à rythme saccadé quelquefois à souffle épique très souvent mélancolique et triste parce que connaissant à l'avance la destinée tragique d'un cinq-mâts de France II. Toute la panoplie mythologique marine particulière au monde des marins bretons sont appelés à la rescousse : des figures de proue à la sirène d'azure, aux matelots, en passant par l'albatros, au cap horn... aux petits gars de Saint Malo, ho hiss et ho, ho hiss et ho !!
Les rimes, les rythmes très poussés soulignent l'ancrage poétique du souffle de Yolande Oria nourris de la tradition poétique française marine.
La peinture de C. D. est traversée par les mêmes mythologies et les mêmes rythmes poétiques et illustre les mêmes prouesses que la poésie qui la fonde et la suscite... et c'est cette correspondance entre les deux genres artistiques qui s'établit ainsi et fait l'originalité de cette expérience double.
C. D. et Yolande Oria ont réussi ensemble à rester fidèles l'une à l'autre en se complétant. Il est clair qu'une connivence poussée s'est installée entre elles, et ceci pour le bonheur des deux artistes mais aussi pour le nôtre.


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