On en redemande et c'est de bon aloi que de plus en plus, des associations s'impliquent dans le devenir du tourisme tunisien. C'est à ce titre que l'association pour la promotion du tourisme tunisien, récemment créée par le duo Hichem Hajri et Mezri Ghedira, a planché sur l'esquisse d'un plan de développement du tourisme en Tunisie. Au cours d'un fructueux débat organisé à Tunis en présence de plusieurs représentants de la société civile, Hichem Hajri a évoqué le poids du tourisme dans l'économie tunisienne. «Lorsque l'on parle de tourisme, on ne peut s'empêcher de penser « carte postale ». Le tourisme est un enjeu économique énorme – 10% du PIB, 1million d'emplois directs et indirects. La Tunisie est fière d'exporter ses produits agricoles, mais on oublie souvent que le tourisme, ce sont 3000 millions de dinars en positif dans la balance des paiements. Ce que nous vivons actuellement, c'est une vaste prise de conscience de ces enjeux, non seulement de la part des pouvoirs publics, mais aussi par les acteurs du tourisme eux-mêmes, comme l'illustre la création de notre association. Cette nouvelle création a pour objectif de donner une impulsion nouvelle, en réponse aux enjeux que je citais plus haut. Elle permettra en particulier une mobilisation efficace du réseau associatif pour promouvoir la destination Tunisie avec l'administration et les professionnels du tourisme. Le tourisme n'en demeure pas moins un sujet typiquement interministériel. C'est toute la stratégie de notre association d'avoir pu mobiliser l'ensemble des acteurs de la société civile » Mezri Ghedira a fait remarquer que la Tunisie a tous les atouts pour bénéficier de ces opportunités, avec un patrimoine exceptionnel et une image touristique exceptionnelle. Mais les touristes changent, leurs attentes évoluent, le tourisme se développe autrement, on voit apparaître de nouvelles tendances. Le tourisme tunisien vit une crise structurelle depuis la révolution et la montée de l'extrémisme. Et dans le même temps la concurrence internationale s'intensifie pour attirer ces touristes. Nous devons donc défendre notre rang, en apprenant à nous renouveler, à faire du tourisme « autrement. C'est pour quoi nous avons pensé à impliquer la société civile dans notre approche en associant à notre démarche les architectes, les géographes, les juristes, les historiens, les archéologues, les administrateurs, les restaurateurs et les médias. Nous avons tenu à écouter les acteurs qui sortaient des sentiers battus, à valoriser des « signaux faibles », à travailler sur le positif et les courants porteurs et émettre de nouvelles idées » L'ex ministre du tourisme Ahmed Smaoui, a estimé que la création de cette association répond bien à une demande où le tourisme traverse depuis la révolution des périodes difficiles « Le secteur ne peut retrouver sa vitesse de croisière suite aux trois derniers attentats. Cette crise n'est pas seulement conjoncturelle. Il s'agit en fait d'une crise structurelle. Le secteur est basé sur un produit monolithique balnéaire et saisonnier, une qualité de services hétérogène, une destination centrée sur les Tours opérateurs, 66 % des touristes français et 80 % des touristes allemands viennent en Tunisie à travers les TO. La Tunisie souffre d'un écart, voire d'un déficit d'image par rapport à d'autres destinations. Nous stagnons, voire reculons, d'autres destinations sont en train de progresser, sur les marchés de l'Europe de l'ouest. Alors qu'on était précurseurs, bâtisseurs, on est devenu des loosers, des perdants qui sont dénués de savoir-faire. Autant de retards qu'il faut rattraper, pour que le secteur puisse atteindre les objectifs fixés. Un grand travail de structuration est devant nous pour mettre à niveau ce secteur. Il faut que la sécurité revienne au plus vite et que nous puissions avoir le calme dans le pays pour pouvoir réfléchir à une stratégie de relance du secteur touristique. Des atouts à exploiter « Le modèle économique adopté par la Tunisie a atteint ses limites. Il faut une transformation structurelle pour faire passer le pays à un autre palier de croissance", a signalé l'historien M'hamed Hassine Fantar qui précise que les touristes étrangers sont de plus en plus sensibles au tourisme alternatif et durable, comme l'indique la multiplication des labels et des initiatives dans le domaine. À l'orée de son développement touristique, la Tunisie dispose, de ce fait, d'une opportunité unique pour adopter un modèle tunisien du tourisme durable qui pourra constituer un avantage concurrentiel déterminant. Forte de tous ces atouts, la Tunisie est également une terre chargée d'histoire, un carrefour de toutes les civilisations de Méditerranée. Ses spécificités culturelles constituent, aussi, un facteur d'attraction des touristes afin de découvrir: les sites archéologiques, les monuments historiques et les musées et prendre connaissance des Arts et de l'Artisanat ou assister aux manifestations culturelles comme les festivals, les expositions et même les conférences. C'est que le patrimoine attire un grand nombre de touristes et qu'on peut visiter tout au long de l'année. Les richesses patrimoniales de la Tunisie sont très importantes et concernent une grande partie des civilisations de la Méditerranée: berbère, punique, romaine, byzantine, arabes, turque, andalouse. Le paysage culturel et patrimonial de notre pays est marqué par la richesse et les particularités de leur histoire. Ces richesses peuvent constituer un levier pour «booster» le produit touristique national. » Monji Guedass, hôtelier a appelé à méditer sur le modèle turc : « La Turquie est passée de 9 millions de touristes en 1998 à près de 40 millions en 2015, soit une croissance de 41% en 7 ans. Un chiffre qui fait rêver. D'où l'intérêt des professionnels pour partager leur expérience « le développement d'infrastructures, une fiscalité incitative, et un open-sky maîtrisé, ainsi que la force du travail, tels sont les principaux ingrédients de la recette turque. «Le rôle de l'Etat et la connexion aérienne, ont été prépondérants dans cette évolution. Des centaines de milliers de terrains ont été donnés aux investisseurs. La synchronisation entre les sièges et le nombre de lits, pour un parfait équilibre des forces, est indispensable. Il faudrait ouvrir le ciel comme l'ont fait nos voisins marocains. L'Algérie a opté aussi pour l'open sky», a déclaré M Guedass. Et de poursuivre : «La Turquie a réalisé une révolution en termes d'infrastructures. A la fin des années 80, le nombre de lits et d'hôtels était inférieur à celui de l'île grecque Rhodes.» Abdemajid Fredj, banquier a précisé que le tourisme tunisien ne peut pas décoller. Les raisons sont connues. Il s'agit, selon lui des problèmes bureaucratiques qui découragent de plus en plus les investisseurs nationaux et étrangers. «Il y a aussi des problèmes financiers outre la complexité et la lenteur des démarches administratives. Il faut faire sauter ces verrous » dit-il. Hédi Hamadi, expert en communication touristique estime que La communication reste le maître mot dans la gestion d'une crise de destination « Nous devrons changer de méthode en optant pour des actions plus ciblées qui permettent de capter les clients là où ils sont, à l'instant où ils sont. La publicité sur la destination que nous voyons maintenant en Europe ne peut apporter des réponses à notre situation de déficit d'image. Le tourisme tunisien a confié sa communication à une entreprise étrangère établie à l'étranger, je ne pense pas que c'était la bonne solution lorsque des agences établies en Tunisie peuvent "vivre" le produit touristique tunisien et mieux l'exporter en termes d'images et de communication. » Le restaurateur Rafik Tlatli a appelé à accorder un grand intérêt au tourisme événementiel qui est un nouveau créneau qui pourrait aider la Tunisie à sortir de la crise économique actuelle « Ce tourisme événementiel permet de consolider l'identité culturelle de la Tunisie et d'identifier un nouveau marché axé sur les jeunes dans la mesure où il suit leurs tendances en matière de concerts, expositions, sportifs, compétitions internationales et autres » Bref, l'Association pour la promotion du tourisme tunisien a un seul objectif, relancer le tourisme tunisien. Les temps sont durs. Son objectif comme l'a affirmé Hichem Hajri, est de redorer l'image de la Tunisie et relancer son tourisme en impliquant tous les acteurs de la société civile car il n'est jamais trop tard pour bien faire et booster notre tourisme.