Le torchon brûle entre Elon Musk et Donald Trump. Alors que le Sénat américain débat d'un projet de loi budgétaire soutenu par l'ex-président, une mesure en particulier suscite la controverse : la suppression des crédits d'impôt jusqu'ici accordés à l'achat de véhicules électriques. Une décision que le patron de Tesla qualifie de « suicide politique », dénonçant un virage brutal contre l'innovation technologique. Un crédit clé pour l'électrique menacé Depuis plusieurs années, les Etats-Unis soutiennent l'électrification du parc automobile par le biais d'incitations fiscales : jusqu'à 7.500 dollars de crédit d'impôt pour l'achat d'un véhicule électrique neuf, et 4.000 dollars pour un modèle d'occasion. Cette politique a largement contribué à la croissance rapide de Tesla, mais aussi à l'essor des constructeurs rivaux comme Ford, GM, ou Rivian. Or, le texte actuellement en discussion au Sénat prévoit de supprimer ces incitations. Et ce, de manière accélérée. Alors que la Chambre des représentants évoquait initialement une suppression progressive sur six mois, les sénateurs républicains souhaitent que la fin du dispositif intervienne dès le 30 septembre 2025. Des choix budgétaires controversés Dans cette loi budgétaire de 940 pages, présentée comme une priorité par Donald Trump et son équipe, l'accent est mis sur le soutien aux industries dites « traditionnelles ». Elle prévoit une exemption d'intérêts pour les prêts automobiles contractés pour des véhicules fabriqués sur le sol américain, sans distinction de technologie — thermique ou électrique. Autrement dit, un bonus pour acheter une voiture à essence de fabrication locale, au détriment des incitations écologiques. Ce choix est assumé par les stratèges républicains qui souhaitent, selon eux, « protéger les emplois américains et l'industrie automobile classique ». Mais pour Musk, c'est un non-sens économique et environnemental. Elon Musk monte au créneau « Ce projet soutient des industries appartenant au passé et endommage des industries tournées vers le futur », a tweeté Elon Musk sur X (ex-Twitter). L'entrepreneur, qui fut un temps proche de Trump, critique vivement cette nouvelle orientation. Selon lui, cette décision aura un impact majeur sur l'innovation, l'emploi dans les technologies vertes et la position des Etats-Unis face à la concurrence chinoise et européenne sur l'électrique. L'ex-milliardaire du DOGE (Department of Government Efficiency), devenu depuis figure du privé, redoute un « retour en arrière stratégique » alors que les grandes puissances accélèrent la transition vers des flottes sans émission carbone. Tensions juridiques à venir Début juin, Donald Trump a également signé un décret annulant la décision de l'Etat de Californie visant à interdire la vente de véhicules thermiques à partir de 2035. En réponse, onze Etats ont déposé une plainte en justice contre le gouvernement fédéral, estimant que cette annulation viole leurs compétences environnementales. Près d'un tiers des Etats américains s'étaient alignés sur les ambitions californiennes. Si cette fronde échoue, elle pourrait marquer un net ralentissement de la transition énergétique outre-Atlantique. Analyse La suppression des crédits pour les véhicules électriques s'inscrit dans un tournant idéologique assumé du camp Trump : valoriser le pétrole, soutenir l'industrie traditionnelle, et reléguer la transition écologique à un enjeu secondaire. Mais cette vision risque d'isoler les Etats-Unis, notamment face à l'Europe, où l'interdiction des moteurs thermiques est actée pour 2035, ou encore face à la Chine, leader mondial de l'électrique. En s'attaquant à l'un des moteurs de l'innovation verte, Trump pourrait perdre le soutien d'une partie du secteur privé, jusqu'ici pragmatique. Pour Elon Musk, la ligne rouge est franchie. Reste à savoir si le Congrès américain suivra cette trajectoire... ou écoutera les signaux d'alarme de ceux qui investissent dans l'avenir. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!