Le Collectif contre l'Islamophobie en Europe (CCIE) a tiré la sonnette d'alarme après un incident survenu le 18 juin 2025 à Montluçon, dans le centre de la France. Une femme voilée de 28 ans a été exclue d'une cérémonie de naturalisation par la sous-préfecture de l'Allier, uniquement en raison de son voile islamique. D'après le communiqué publié sur le compte X du collectif, la jeune femme, pourtant conviée comme les 22 autres participants, s'est vu interdire l'accès à l'étage où se déroulait la cérémonie. « Un agent lui a imposé un choix intolérable : retirer son foulard ou renoncer à la cérémonie », a rapporté le CCIE. Bouleversée, elle a dû quitter les lieux sans être naturalisée. Son mari, témoin à distance, a exprimé sa profonde indignation : « Elle m'a appelée en pleurs. On lui a interdit l'accès à ce moment solennel uniquement à cause de son foulard. » Une scène qualifiée de « nouvel acte d'islamophobie dans un cadre administratif » par le CCIE, qui alerte sur une banalisation de l'humiliation des femmes musulmanes dans les espaces publics et républicains en France. Le collectif souligne le caractère alarmant de cet épisode, qui intervient dans un contexte marqué par des débats récurrents sur la visibilité du voile dans les institutions françaises. Le 4 mars dernier, le Conseil d'Etat a validé l'interdiction du port du voile pour les avocates, alimentant les critiques de plusieurs associations sur la compatibilité de telles décisions avec les principes fondamentaux de la République. Selon le CCIE, ce type d'exclusion, loin d'être anecdotique, reflète une réalité plus profonde : la stigmatisation croissante dont sont victimes les musulmanes, et en particulier les femmes voilées, y compris lors d'événements censés symboliser l'inclusion comme les cérémonies de naturalisation. « Un rappel inquiétant que les promesses républicaines d'égalité et de neutralité sont parfois bafouées dans les faits », estime l'organisation. Une question de « cohérence » républicaine L'affaire de Montluçon révèle une contradiction profonde entre les principes affichés par la République française et certaines pratiques administratives. D'un côté, l'Etat promeut l'intégration républicaine à travers des cérémonies de naturalisation solennelles. De l'autre, il autorise – voire normalise – des décisions locales qui en excluent une partie de ses citoyens potentiels, sur des critères religieux. Cette tension entre neutralité et exclusion alimente un ressentiment croissant dans une frange de la population, avec des conséquences sociales et politiques majeures. Le sentiment d'être « citoyen de seconde zone » affaiblit la confiance dans les institutions et ouvre la voie à des fractures communautaires durables. Pour éviter une escalade, les autorités françaises devront clarifier les règles d'application de la neutralité religieuse dans les services publics, en veillant à distinguer ce qui relève de l'expression individuelle dans un cadre civil (comme une cérémonie) et ce qui constitue une atteinte réelle à la laïcité. Plus largement, cette affaire interroge l'Europe entière sur le modèle français d'intégration. Dans un contexte où l'islam est la deuxième religion du pays, une gestion plus inclusive, apaisée et juridiquement cohérente des pratiques religieuses devient une nécessité stratégique, autant pour la cohésion sociale que pour la crédibilité démocratique de la France à l'international. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!