La Russie et l'Azerbaïdjan traversent une grave crise diplomatique, marquée par des accusations de violences ethniques, des mesures de rétorsion médiatiques et un refroidissement inédit des relations bilatérales. Un raid meurtrier à Yekaterinbourg déclenche la tempête Le 27 juin 2025, un raid de la police russe à Yekaterinbourg, dans l'Oural, a visé une communauté d'origine azerbaïdjanaise. Si six personnes ont été interpellées, deux frères sexagénaires, Ziyaddin et Huseyn Safarov, seraient décédés dans des circonstances troubles. Bakou accuse les forces russes d'avoir recouru à des violences physiques et à des décharges électriques, évoquant un « meurtre motivé par l'ethnicité ». Moscou, quant à elle, évoque une « enquête criminelle de longue date » et rejette toute connotation discriminatoire, avançant une « cause naturelle » pour l'un des décès. Réplique immédiate et offensive de Bakou La réaction de l'Azerbaïdjan ne s'est pas fait attendre. Le gouvernement azerbaïdjanais a : * Rappelé son ambassadeur en poste à Moscou, * Annulé la visite du vice-Premier ministre russe à Bakou, * Supprimé tous les événements culturels russes programmés sur son territoire (concerts, expositions…), * Orchestré une descente dans les bureaux de Sputnik Azerbaïdjan, où le rédacteur en chef a été interpellé pour exploitation illégale de financements étrangers. Ce tour de vis diplomatique et médiatique a immédiatement été dénoncé par Moscou comme « disproportionné », tout en maintenant une ligne prudente sur le fond du dossier. Des antécédents lourds et une confiance rompue Cette nouvelle flambée intervient dans un climat de tensions déjà vives : * En décembre 2024, un vol d'Azerbaïdjan Airlines avait été abattu en territoire russe, causant 38 morts. L'incident avait été à l'origine d'un échange musclé entre les deux chancelleries. * En mai 2025, Bakou avait boycotté le traditionnel défilé militaire de la victoire à Moscou, rompant avec une tradition d'alliance régionale. * Par ailleurs, l'Azerbaïdjan, devenu un acteur logistique clé dans le projet du « corridor Nord-Sud » — destiné à relier la Russie à l'Inde via l'Iran — occupe une place de plus en plus stratégique pour Moscou. Une alliance stratégique au bord de la rupture L'affaire des frères Safarov et les représailles azerbaïdjanaises ouvrent un nouveau chapitre d'instabilité dans le Caucase. Si aucune escalade militaire n'est à ce stade envisagée, la dégradation des relations pourrait remettre en question les accords logistiques, commerciaux et sécuritaires passés entre les deux Etats. La Russie, déjà mobilisée sur plusieurs fronts (Ukraine, sanctions économiques, frictions avec l'Occident), ne peut se permettre une nouvelle ligne de fracture au sud. De son côté, l'Azerbaïdjan, fort de ses partenariats énergétiques avec l'Union européenne et de son influence régionale croissante, pourrait continuer à affirmer sa souveraineté avec fermeté. Ainsi, ce regain de tension met en lumière les fragilités d'un partenariat jadis qualifié de stratégique. Entre différends sécuritaires, accusations d'atteintes aux droits humains et rivalités géopolitiques, Moscou et Bakou semblent désormais engagés dans un bras de fer dont les répercussions pourraient dépasser le cadre bilatéral et influencer l'ensemble de la stabilité régionale du Caucase. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!