Il y a un peu plus d'une semaine, les Etats-Unis ont mené des frappes ciblées sur des installations nucléaires majeures en Iran, utilisant 14 bombes pénétrantes de type GBU-57, des engins à la puissance de destruction massive. Ces bombes ont attiré l'attention du monde entier — mais très peu savent qui se cache derrière leur conception. Selon The New York Times, l'inventrice de cette bombe hors norme n'est autre qu'Anne Dong, une ingénieure de 65 ans, réfugiée vietnamienne ayant fui Saïgon pendant la guerre du Vietnam pour s'installer à Washington. Une promesse d'enfance devenue vocation scientifique L'histoire d'Anne Dong commence dans les années 1960, devant la maison de ses parents à Saïgon. Son père était haut responsable agricole dans le gouvernement sud-vietnamien, et son frère, pilote d'hélicoptère. Un jour, alors qu'il partait en mission, la jeune Anne — alors âgée de sept ans — éclate en larmes, souhaitant que son frère possède une « baguette magique » capable de lui offrir l'arme la plus puissante pour revenir sain et sauf. Ce rituel d'adieux et de craintes se répétera tout au long de la guerre. C'est à ce moment-là qu'elle se promet : « Si les soldats américains protègent ma famille, je ferai tout pour leur rendre la pareille. » En avril 1975, alors que Saïgon est sur le point de tomber, son frère organise l'évacuation de la famille vers un navire militaire en direction des Philippines, avant qu'ils ne soient accueillis par une église baptiste à Washington D.C. D'une enfance en guerre à la conception d'armes avancées Installée dans la banlieue du Maryland, Dong poursuit de brillantes études. Elle obtient en 1982 un diplôme avec mention en génie chimique de l'Université du Maryland, puis un master en administration publique à l'American University. Elle rejoint ensuite la marine américaine en tant que scientifique civile. Dès 2001, elle dirige une unité de développement avancé au sein du Naval Surface Warfare Center, travaillant sur des explosifs de haute performance. Elle conçoit notamment la bombe BLU-118/B, utilisée après le 11 septembre pour frapper les réseaux souterrains d'Al-Qaïda en Afghanistan. Ce modèle guidé au laser, capable de pénétrer les bunkers, est l'ancêtre direct de la GBU-57. La GBU-57 : le fruit d'une expertise unique Avant même de finaliser la BLU-118/B, Dong et son équipe s'étaient engagés dans la recherche d'explosifs à la fois puissants et non sensibles, capables de traverser des couches de roche ou du béton épais avant de détoner. Ces composants sont ceux qui équipent aujourd'hui la GBU-57 — la bombe pénétrante que les Etats-Unis ont utilisée contre les sites nucléaires iraniens de Fordo et Natanz, enfouis dans les montagnes. Au total, 12 bombes ont été larguées sur Fordo et 2 autres sur Natanz, selon des sources militaires. Impact réel ou symbolique ? Le président américain Donald Trump a déclaré que les frappes avaient « détruit » les installations iraniennes, menaçant de poursuites judiciaires les médias remettant cette version en cause. Des fuites issues de rapports de renseignement estiment toutefois que le programme nucléaire iranien n'a été retardé que de quelques mois. Interrogée par The New York Times, Anne Dong a tempéré ces évaluations : « Vous avez bombardé une installation nucléaire souterraine. Personne ne peut y entrer sans danger. Il faudra beaucoup de temps avant d'obtenir une évaluation concrète de l'impact réel. » Une scientifique marquée par la guerre, guidée par un devoir moral Malgré les souvenirs douloureux de la guerre du Vietnam, Anne Dong ne voit pas de contradiction entre son vécu et sa mission actuelle. « Mon premier devoir était de garantir que nos soldats reviennent vivants. Les bombes de haute technologie peuvent éviter des combats terrestres longs et sanglants. Je voulais leur donner toutes les chances de gagner », explique-t-elle. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!