Réunis à Rio de Janeiro pour leur sommet annuel, les onze pays membres du groupe des Brics ont exprimé, dimanche 6 juillet 2025, de vives inquiétudes quant à l'escalade des tensions commerciales initiées par les Etats-Unis. Sans jamais les nommer explicitement, ils dénoncent des mesures « unilatérales » et « distorsives » qui menacent, selon eux, la stabilité du commerce mondial. Des tensions douanières au cœur des débats « Nous exprimons de sérieuses préoccupations face à l'augmentation de mesures douanières et non-douanières unilatérales qui faussent le commerce », ont affirmé les dirigeants des Brics dans leur déclaration finale. Le message est clair : le groupe, désormais élargi à onze membres, s'oppose fermement à la stratégie commerciale menée par Washington. La réaction de l'ex-président américain Donald Trump, de retour dans la course électorale, ne s'est pas fait attendre. Dans une publication sur Truth Social, il a menacé d'imposer un droit de douane supplémentaire de 10 % à tout pays « s'alignant sur les politiques anti-américaines des Brics ». Une mesure sans exception, a-t-il précisé. Plus inquiétant encore, des lettres officielles menaçant certains pays de surtaxes douanières allant jusqu'à 50 % doivent être envoyées dès ce lundi à 16h00 GMT. Selon le secrétaire au Trésor Scott Bessent, ces hausses entreront en vigueur le 1er août si aucun compromis n'est trouvé. Un sommet sous tension et marqué par des absences Ce sommet 2025, censé être un moment fort pour les pays du « Sud global », est fragilisé par l'absence de figures majeures. Le président chinois Xi Jinping, pour la première fois depuis 2012, ne s'est pas déplacé, un signal fort alors que Pékin est la puissance dominante du bloc. Le président russe Vladimir Poutine, visé par un mandat d'arrêt de la CPI, a quant à lui participé en visioconférence. Il a salué « l'autorité et l'influence » grandissantes des Brics, malgré les divisions internes. Autre absence notable : la délégation saoudienne n'a pas assisté aux séances plénières, un fait souligné par une source brésilienne sans explication officielle. Un retrait significatif, alors que Riyad est un acteur central de l'énergie et un allié traditionnel de Washington. La guerre éclair de douze jours ayant opposé l'Iran à Israël et aux Etats-Unis en juin dernier a également pesé sur les discussions. Les Brics ont condamné les attaques militaires contre l'Iran, évoquant une « violation du droit international », sans toutefois nommer explicitement les auteurs des frappes. En ce qui concerne la bande de Gaza, les membres ont appelé à un cessez-le-feu immédiat et au retrait complet de l'armée israélienne, engagée dans un conflit prolongé avec le Hamas depuis 21 mois. Une voix commune pour réguler l'intelligence artificielle En marge des tensions politiques, les Brics ont adopté une position unifiée sur un autre dossier majeur : l'intelligence artificielle. Le groupe appelle à une régulation mondiale du secteur, à la protection des droits de propriété intellectuelle, et à la mise en place de mécanismes de rémunération équitables. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, hôte du sommet, a insisté : « Le développement de l'intelligence artificielle ne peut être réservé à quelques pays ou être un moyen de manipulation aux mains de milliardaires. » Vers un nouveau Sud global ? Fondé en 2009 pour contrebalancer l'influence occidentale, le groupe des Brics a connu une expansion rapide. Il comprend désormais, en plus des cinq membres historiques (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l'Arabie saoudite, l'Egypte, les Emirats arabes unis, l'Ethiopie, l'Iran et l'Indonésie. Mais cette diversité croissante, si elle reflète une volonté d'union face à l'hégémonie occidentale, complexifie la gouvernance. Le sommet de Rio illustre ainsi les fractures internes et les limites du multilatéralisme, comme l'a regretté Lula dès l'ouverture : « Nous assistons à un effondrement sans précédent du multilatéralisme. » Ainsi, dans un contexte de tensions commerciales accrues et de rivalités géopolitiques, les Brics cherchent à imposer une nouvelle lecture des rapports de force mondiaux. Mais entre les absents de poids, les divergences internes et les menaces américaines, le chemin vers une alternative crédible à l'ordre établi reste semé d'embûches. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!