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Immigration, islam et insécurité : une instrumentalisation politique qui alimente les fractures françaises
Publié dans Tunisie Numérique le 02 - 01 - 2026

Depuis plusieurs années, chercheurs et universitaires s'efforcent de déconstruire les amalgames entre immigration et insécurité. En 2023, le sociologue François Héran, professeur au Collège de France, rappelait sur France Inter qu'aucune corrélation n'existe entre les politiques migratoires et la survenue d'attentats.
Pourtant, l'opinion publique continue d'être façonnée par des récits alarmistes, où l'immigré, souvent associé à l'islam, est présenté comme une menace sécuritaire ou culturelle.
L'islam, cible privilégiée de la rhétorique politique
L'amalgame entre immigration et islam sert désormais de ressort électoral. Le Journal du Dimanche, dans des tribunes relayées par plusieurs personnalités politiques, met en garde contre une « transformation culturelle accélérée », évoquant une « submersion migratoire », concept directement lié à la théorie conspirationniste du « grand remplacement ».
L'idée selon laquelle l'identité française serait menacée par l'arrivée de populations musulmanes alimente un discours identitaire de plus en plus banalisé dans le champ politique, bien au-delà de l'extrême droite.
L'hostilité envers les musulman.es dépasse largement la question migratoire : qu'ils soient français ou étrangers, leur appartenance réelle ou supposée à l'islam suffit souvent à les assigner à une altérité menaçante. Cette perception, parfois alimentée par des signes extérieurs de religiosité, devient le socle d'un discours islamophobe décomplexé, où l'injonction à « rentrer chez soi » devient fréquente. Le cas du meurtre de Hichem Miraoui, tué à Bourgogne par un homme ouvertement islamophobe, en est l'illustration glaçante : son assassin, Christophe B., justifiait son acte par l'incapacité de l'Etat à expulser « ces gens-là ».
Le parquet a confirmé que l'auteur du crime publiait fréquemment des contenus en lien avec le terrorisme, l'ultra-droite, l'islam et les institutions françaises, témoignant de la radicalisation nourrie par les discours ambiants. Cet assassinat fait écho au meurtre d'un jeune Tunisien à l'arme blanche en pleine mosquée, un acte qualifié d'attentat terroriste par les autorités françaises.
L'immigré, bouc émissaire des maux de la société
Depuis les années 80, Jean-Marie Le Pen posait l'équation : immigré = chômeur = danger. Une logique toujours vivace, où à chaque crise économique, attentat ou drame national, les immigrés et les musulmans sont accusés de fragiliser l'unité nationale. Cette stratégie électoraliste, soutenue par une législation de plus en plus restrictive, reflète une vision idéologique du monde, nourrie par la peur de l'autre et l'obsession d'une identité fantasmée.
Le discours identitaire dominant en France s'inscrit dans une tendance mondiale. Qu'il s'agisse de Viktor Orbán en Hongrie, de Donald Trump aux Etats-Unis ou de Giorgia Meloni en Italie, les minorités — immigrées, musulmanes, juives — sont régulièrement désignées comme coupables de la décadence culturelle, sociale ou économique. Ces rhétoriques occultent les véritables défis contemporains : les inégalités croissantes, les effets du capitalisme dérégulé, les conflits géopolitiques et le dérèglement climatique.
Une fracture exploitée à des fins électoralistes
La politisation de l'immigration et de l'islam est moins un constat objectif qu'un levier de contrôle de l'opinion publique. En activant les peurs identitaires, les responsables politiques détournent l'attention des vraies causes du mal-être socio-économique. Cette stratégie de tension, si elle peut rapporter des voix à court terme, sape les fondements de la cohésion nationale à long terme.
La montée de l'islamophobie institutionnalisée et le durcissement des lois migratoires n'offrent aucune réponse structurelle aux défis du XXIe siècle. Au contraire, ils creusent les fractures, légitiment les violences racistes et font le lit de la radicalisation. Une politique de reconnaissance, de justice sociale et de vérité historique serait plus à même de restaurer la confiance entre les institutions et les citoyens.
En définitive, instrumentaliser la peur de l'autre ne résout rien. Cela ne fait qu'entretenir un climat de haine et de défiance, incompatible avec les valeurs démocratiques que la République prétend incarner.
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