Un tournant historique s'opère en République tchèque. Depuis le 17 juillet 2025, un amendement signé par le président Petr Pavel inscrit la propagande communiste au rang des crimes passibles de lourdes peines, au même titre que l'apologie du nazisme. Cette décision place désormais les deux idéologies sur un même pied d'égalité judiciaire, dans un pays marqué par les traumatismes de l'occupation soviétique. Concrètement, toute personne qui « crée, soutient ou promeut des mouvements nazis, communistes ou autres visant à supprimer les droits de l'Homme et les libertés » ou qui incite à la haine sur la base de critères ethniques, religieux, nationaux ou sociaux pourra être condamnée jusqu'à cinq ans de prison. Le texte vise explicitement les discours, gestes ou manifestations liés à des doctrines ayant provoqué des répressions de masse dans le passé. Une mesure symbolique et controversée La réforme était soutenue de longue date par plusieurs historiens et personnalités politiques, désireux de voir la République tchèque solder définitivement l'héritage de l'ère soviétique. Pour eux, la criminalisation du communisme constitue une forme de « décommunisation » comparable au processus de dénazification entrepris en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Le Parti communiste de Bohême et de Moravie (KSČM), héritier de l'ancien parti unique du régime tchécoslovaque, n'a pas tardé à dénoncer la mesure, y voyant une volonté d'« interdire » leur formation et de museler les voix critiques. Marginalisé depuis les élections de 2021, le parti n'a plus de représentation parlementaire, son score étant tombé sous le seuil des 5 % requis. Sa dirigeante, l'eurodéputée Kateřina Konečná, est également critiquée pour sa position ambivalente vis-à-vis de Moscou, notamment concernant la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. Un sujet particulièrement sensible en Tchéquie, l'un des alliés européens les plus engagés en faveur de Kiev. Petr Pavel lui-même a lancé une initiative visant à fournir plus d'un million d'obus à l'Ukraine. Un passé encore douloureux Le contexte historique tchèque confère à cet amendement une portée symbolique profonde. Après les accords de Munich de 1938 et l'annexion par l'Allemagne nazie, la Tchécoslovaquie fut occupée à son tour par l'Union soviétique à partir de 1945. En 1948, le « coup de Prague » impose définitivement un régime communiste, sous la coupe de Moscou. La tentative de libéralisation conduite par Alexander Dubček en 1968, le célèbre « printemps de Prague », fut brutalement écrasée par les chars de l'Armée rouge. Il faudra attendre 1989 pour qu'un vent de liberté souffle à nouveau avec la Révolution de velours portée par Václav Havel, aboutissant à la chute du régime et, plus tard, à la partition pacifique entre la République tchèque et la Slovaquie en 1993. Vers une décommunisation européenne ? Ce durcissement législatif s'inscrit dans un mouvement plus large observé dans plusieurs ex-pays du bloc soviétique. À la suite des conflits en Géorgie (2008) et en Ukraine (2014-2022), la Russie est de plus en plus perçue comme une menace impérialiste, ravivant les blessures de l'occupation passée. Des statues à la gloire de l'Armée rouge sont déboulonnées, les archives de la période soviétique s'ouvrent, et l'enseignement du russe recule au profit de l'anglais ou de l'allemand. Si la dénazification a été un processus structuré en Europe occidentale, une « décommunisation » n'avait jusqu'ici été que partiellement engagée. Selon l'historien Stéphane Courtois, le communisme aurait causé près de 100 millions de morts dans le monde. Un chiffre glaçant qui continue d'alimenter les débats autour de la reconnaissance des crimes du communisme au même niveau que ceux du nazisme. La République tchèque vient ainsi de franchir une étape symbolique forte dans cette reconnaissance historique, en inscrivant dans sa loi une équivalence juridique entre les deux idéologies les plus meurtrières du XXe siècle. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!