Pour l'historien français Fabrice Riceputi, le colonialisme ne disparaît jamais vraiment : il mute, recycle ses techniques, les enrobe de nouveaux euphémismes, mais poursuit la même logique de domination et de déshumanisation. Dans un article publié par le média libanais Orient XXI, il dresse un parallèle saisissant entre la guerre coloniale menée par la France en Algérie et l'offensive israélienne actuelle contre la bande de Gaza. Selon lui, les similitudes sont nombreuses entre les deux contextes. Dans les deux cas, le pouvoir colonial invoque la lutte contre un prétendu terrorisme, tout en cherchant à contrôler les corps et les esprits des populations colonisées. « Depuis le 7 octobre, par bien des aspects, les réactions d'Israël à l'attaque du Hamas ont été du même ordre que celles de la France en Algérie », écrit-il. Il cite les massacres à responsabilité collective, la non-distinction entre civils et combattants, le recours à des armes prohibées, les disparitions forcées, la torture et la « déshumanisation systémique des colonisés ». Mais à la différence de la France des années 1950, ajoute-t-il, Israël n'est aujourd'hui soumis ni à une véritable pression de l'opinion publique internationale ni à une surveillance diplomatique contraignante. Des "zones de transit" qui rappellent les camps de regroupement Fabrice Riceputi réagit en particulier à l'annonce israélienne de création de "zones de transit humanitaire" dans Gaza. Derrière cette terminologie apparemment bienveillante, l'historien voit un écho direct aux pratiques coloniales françaises en Algérie. À l'époque, l'armée française avait mis en place des "centres de tri et de transit", des "centres d'hébergement" ou encore des "centres de regroupement" – autant de noms pudiques pour désigner des camps de concentration à visée politique et militaire. L'objectif était double : isoler les populations des maquisards de l'Armée de libération nationale (ALN) et tenter de les retourner contre le FLN. À la veille de l'indépendance, un quart de la population algérienne se trouvait ainsi enfermée dans ces camps, parfois depuis des années. Des centaines de milliers de villageois y vivaient dans des conditions inhumaines : surpopulation, barbelés, surveillance militaire, maladies, malnutrition. « L'échec complet de cette politique de 'rééducation' des colonisés est amplement documenté », rappelle Riceputi. Pour lui, Israël semble aujourd'hui emprunter la même voie, avec les mêmes illusions, et potentiellement les mêmes conséquences désastreuses. Colonialisme, un système qui se réinvente À travers cette comparaison, l'historien français dénonce un mécanisme colonial qui ne se contente pas de persister, mais qui se modernise. Il adopte les mots de l'humanitaire, du droit ou de la sécurité, tout en perpétuant des logiques de dépossession, de brutalité et de contrôle absolu. Derrière les discours sur la "sécurité d'Israël" ou "l'aide humanitaire", ce sont les mêmes logiques coloniales qui se déploient, alerte Riceputi. Le passé algérien devient ici une clé de lecture du présent gazaoui. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!