Dans un éditorial au ton critique publié cette semaine, la rédaction de Bloomberg remet en cause ce que l'administration américaine présente comme des « victoires commerciales » après la signature d'accords tarifaires avec l'Union européenne et le Japon. Loin d'être des succès stratégiques, ces accords sont décrits comme des arrangements flous, déséquilibrés et potentiellement contre-productifs, non seulement pour les partenaires, mais surtout pour les Etats-Unis eux-mêmes. Des droits de douane perçus comme une taxe... sur le consommateur américain Bloomberg insiste sur une réalité économique souvent éludée dans les discours politiques : les droits de douane sont des taxes, et ce sont les consommateurs américains qui en paient le prix. L'éditorial estime que les taxes de 15 % imposées sur une grande partie des importations dans le cadre de ces accords « préliminaires » vont renchérir les produits sans réelle justification économique. Cette hausse généralisée des coûts touche à la fois les importations et les prix intérieurs, les producteurs locaux profitant de la baisse de concurrence pour augmenter leurs prix, au détriment du pouvoir d'achat et de l'innovation. Selon Bloomberg, cette dynamique ne fera qu'affaiblir le niveau de vie aux Etats-Unis et renforcer une leçon historique : « Le plus grand perdant d'une politique tarifaire, c'est souvent le pays qui l'impose. » Des accords mal définis et une opposition politique croissante L'article note également le manque de clarté dans les deux accords mis en avant par la Maison Blanche. * Du côté japonais, l'annonce d'un fonds d'investissement de 550 milliards de dollars présenté comme une « prime de signature » semble exagérée, voire fantasmée, selon Bloomberg. Tokyo ne reconnaît pas clairement cet engagement. * Du côté européen, certains produits bénéficient d'exemptions tarifaires, mais sans détail officiel sur les secteurs ou volumes concernés. Cette opacité suscite l'inquiétude des entreprises et renforce l'opposition politique, particulièrement en Europe et au Japon, où les gouvernements sont perçus comme ayant cédé face à des pressions économiques et sécuritaires américaines. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a défendu l'accord comme un pas vers davantage de « stabilité et prévisibilité ». Mais pour Bloomberg, ce n'est qu'un mirage dangereux, surtout si le chantage tarifaire ou sécuritaire devient une méthode de négociation systématique. Une telle approche transformerait des partenaires historiques en acteurs méfiants, bloquant les investissements à long terme, la planification industrielle et la coopération stratégique. Une stratégie perdante à long terme L'éditorial conclut en des termes sans ambiguïté : « La force par la perturbation est une stratégie qui finit par se saborder elle-même. Et tôt ou tard, les conséquences se feront sentir de façon douloureuse. » Ce constat fait écho à une crainte grandissante parmi les analystes internationaux : la politique commerciale américaine actuelle, marquée par des mesures unilatérales et une pression constante sur ses alliés, pourrait isoler davantage les Etats-Unis sur la scène économique mondiale, tout en sapant les principes même du multilatéralisme qu'ils ont contribué à créer. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!