Une étude récente menée par l'université de Siegen met en lumière l'ampleur des discriminations basées sur le nom dans le marché du travail allemand, révélant un racisme institutionnalisé qui perdure plus de 60 ans après les premières vagues migratoires. Intitulée « Educational Places: Origin More Important Than Performance », l'enquête a analysé plus de 50 000 candidatures envoyées à des employeurs allemands sous différents noms. Les résultats sont sans appel : l'origine perçue d'un candidat influence directement ses chances d'obtenir une réponse, indépendamment de ses diplômes ou de son expérience. Pour 100 candidatures envoyées sous le nom à consonance allemande « Lukas Becker », 67 ont reçu une réponse. En comparaison, le nom à consonance arabe « Habiba Mahmoud » n'a obtenu que 36 réponses, soit le taux le plus bas de l'étude. Le nom turc « Yusuf Kaya » arrive en deuxième position de la discrimination, avec seulement 52 réponses. Les chercheurs ont constaté que les recruteurs privilégiaient les indices liés à l'origine ou à la religion au détriment des performances académiques ou professionnelles. « Un racisme institutionnalisé, visible et mesurable » Pour le Dr Ali Zafer Sağıroğlu, directeur du Centre d'études sur la migration à la Migration Research Foundation, ces chiffres confirment que les personnes dont le nom signale une origine non européenne restent « dans une catégorie à part », privées d'égalité des chances. Le docteur souligne que l'islamophobie est une forme spécifique et ciblée de discrimination, renforcée depuis la crise migratoire de 2015 et la pandémie de COVID-19, qui ont nourri les discours politiques anti-immigrés. Le chercheur estime que, malgré certaines initiatives européennes, les mesures actuelles sont insuffisantes. « Les résultats montrent que, même après plusieurs décennies, les personnes originaires de l'extérieur de l'Europe ne sont pas pleinement acceptées. » Un contexte social et politique tendu L'Allemagne abrite environ 2,8 millions de personnes d'origine turque, la plus grande communauté turque à l'étranger. Environ la moitié ne possède que la nationalité turque. La communauté dénonce régulièrement des menaces et attaques à caractère anti-musulman ou anti-turc, touchant notamment les missions diplomatiques, commerces, lieux de culte et espaces communautaires. Selon le ministère turc des Affaires étrangères, plus de 500 attaques impliquant des brûlures du Coran ont été recensées en Europe occidentale ces dernières années. Des pistes pour inverser la tendance Dr Sağıroğlu appelle à des réformes structurelles, notamment : * Simplifier les procédures administratives d'embauche pour les étrangers. * Offrir des incitations aux employeurs pour favoriser la diversité. * Renforcer l'éducation à la tolérance dès le primaire et tout au long du parcours scolaire et professionnel. * Mettre en œuvre des politiques fermes et des réformes légales pour éradiquer la discrimination au sein des institutions publiques. Selon lui, seule une action déterminée de l'Etat, couplée à un changement culturel profond, pourra mettre fin à un racisme qui s'enracine dans le paysage politique et social allemand. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!