De vastes manifestations contre la politique migratoire ont parcouru Londres. Interrogé par Tunisienumerique.com, l'écrivain et analyste politique Boulbeba Salem replace cette mobilisation dans un contexte européen marqué, selon lui, par la montée des droites radicales et par une instrumentalisation récurrente du thème migratoire. Pour Boulbeba Salem, la poussée du courant ultra-conservateur dans plusieurs pays d'Europe — Italie, France « à un certain moment », et ailleurs — se nourrit des difficultés économiques : « Dans ces phases, explique-t-il, les exécutifs cherchent des réponses rapides et font de l'immigration un bouc émissaire, tout en durcissant les procédures, même s'ils savent qu'ils ne peuvent l'arrêter totalement. » L'analyste ajoute un facteur conjoncturel : le regain de mobilisation humanitaire en faveur de la cause palestinienne en Royaume-Uni, Espagne, Etats-Unis et dans d'autres pays. À ses yeux, certains courants pro-israéliens et national-religieux réagissent à cette dynamique en resserrant le discours identitaire, ce qui alimente la polarisation autour de l'immigration. Il estime aussi que cette séquence vise, chez certains acteurs, à endiguer l'élan de solidarité suscité par les récentes mobilisations pro-palestiniennes et par les campagnes de la société civile. Boulbeba Salem souligne par ailleurs que les oligarchies économiques pèsent fortement sur les politiques publiques au Royaume-Uni comme en Europe. Et il avance qu'une partie des responsables d'origine immigrée parvenus au pouvoir adoptent parfois des positions plus strictes pour afficher leur loyauté aux centres d'influence. Il s'agit, précise-t-il, d'un mécanisme politique déjà observé dans d'autres démocraties. Quel impact pour la communauté tunisienne au Royaume-Uni ? Sur ce point, l'analyste se veut rassurant. Il affirme ne pas anticiper d'effet direct des manifestations londoniennes — ni du durcissement rhétorique — sur les Tunisiens établis au Royaume-Uni, notamment à Londres, où « la majorité relève de profils hautement qualifiés, diplômés et en forte demande sur le marché de l'emploi ». Le Royaume-Uni, rappelle-t-il, « reste un pays ouvert régi par de nombreuses garanties juridiques », où d'éventuelles frictions ponctuelles n'annoncent pas, selon lui, une remise en cause structurelle des droits des résidents étrangers. Il rappelle également la contribution décisive de cadres et soignants d'origine tunisienne (et plus largement arabe et africaine) durant la crise du Covid-19, un élément qui, selon lui, confirme l'utilité économique et sociale de ces compétences pour les systèmes publics et privés britanniques. Une rue mobilisée, des politiques à clarifier Pour Boulbeba Salem, ces marches londoniennes traduisent une exigence de clarté : concilier contrôle des flux et respect des droits, mais aussi dissocier la politique migratoire des conflits identitaires importés dans le débat. L'analyste anticipe une période de tension dans le discours, sans basculement législatif majeur à court terme : « Le Royaume-Uni est historiquement métissé et régulé. Des crispations existent, mais un cadre normatif solide rend peu probable l'adoption de lois ouvertement hostiles aux migrants. » Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!