La « Mecque de la pluralité », de la diversité, des droits de l'Homme, de la liberté d'expression… Cette liberté de pensée et d'opinion que le Premier ministre travailliste Keir Starmer vient de clamer devant le président américain Donald Trump lors de sa deuxième visite d'Etat au Royaume-Uni. Et bien ce « paradis » n'est plus, il a vécu. Il a été enterré par un gouvernement de gauche qui n'a rien à envier aux conservateurs qui ont géré le pays durant 14 ans d'affilée. Starmer est à bonne école, celle de Trump Pour avoir apporté son soutien à Palestine Action, un réseau de protestation classée «terroriste» par le gouvernement, Sally Rooney, une célèbre autrice irlandaise de best-sellers est devenue persona non grata au Royaume-Uni. Des médias britanniques l'ont ébruité hier jeudi 18 septembre. Elle n'a pas pu se rendre à une grande cérémonie londonienne cette semaine. Elle devait y recevoir un prix pour son dernier roman, « Intermezzo« . C'est son éditeur Alex Bowler qui l'a remplacée aux « Sky Art Awards », il a exposé au public les raisons de cette absence remarquée. On a appris que l'écrivaine de 34 ans a été informée qu'elle risquait d'être arrêtée si elle débarquait sur le sol britannique. Sally Rooney a loupé mardi 16 septembre la cérémonie mais également tous les événements auxquels elle devait participer au Royaume-Uni. Droite dans ses bottes, la romancière irlandaise a signé un texte lu par son représentant, elle y dit ceci : «Dans ce contexte, je veux réaffirmer ma foi en la dignité et la beauté de toute vie humaine, ainsi que ma solidarité avec le peuple palestinien». Déjà en août dernier, l'autrice a pondu une tribune dans l'Irish Times dans laquelle elle affirmait «utiliser les revenus issus de [son] travail, et [sa] notoriété de manière plus large, pour soutenir Palestine Action». En plus des revenus générés par ses livres, l'écrivaine touche des royalties de la BBC, laquelle a coproduit et publié les adaptations télévisées de « Normal People » – un carton plein dans le monde – et de « Conversations entre amis« . Mais voilà, «recevoir de l'argent dans l'intention de l'utiliser pour soutenir le terrorisme est un délit en vertu de l'article 15 de la loi de 2000», a rappelé l'avocat Sadakat Kadri, approché en août par The Guardian. D'après lui, il y a de fortes chances que Sally Rooney soit «arrêtée sans mandat en tant que "terroriste"». Exactement comme ce que fait Trump aux étrangers accusés de défendre les Palestiniens. Sally Rooney n'est pas seule, ils sont plus de 5000 Palestine Action a été classée organisation «terroriste» par le gouvernement travailliste début juillet 2025 après des actes de vandalisme, principalement sur une base de l'armée de l'air. Les activistes eux arguaient la nécessité de dénoncer publiquement «la complicité britannique» avec Israël, notamment sur l'épineux sujet des ventes d'armes… D'ailleurs le Royaume-Uni n'est pas le seule, la France, qui s'apprête à reconnaître officiellement ce lundi 22 septembre l'Etat de Palestine, est prise dans les mêmes contradictions sur les armes. L'Allemagne également, mais avec encore plus de complaisance en raison du poids de la « Shoah » (Holocauste) dans la conscience collective. En Europe seules l'Irlande et l'Espagne traduisent les indignations en actes forts. Au Royaume-Uni, pays régulièrement agité par le sort tragique du Proche-Orient, la frappe contre Palestine Action a provoqué une grosse polémique. Même l'ONU est d'avis que cette classification est «disproportionnée» ; des organisations de défense des droits humains telles qu'Amnesty International et des personnalités très en vue comme le cinéaste britannique Ken Loach disent la même chose. A noter que le célèbre peintre Banksy a réalisé une fresque sur l'un des murs de la Cour royale de justice, au centre de Londres ; il y dénonce la violence du système judiciaire britannique. C'était 2 jours après une arrestation massive, 890 militants, dans la capitale, lors d'une mobilisation contre l'interdiction du groupe Palestine Action. En Irlande Sally Rooney s'est illustrée pour ses prises de parole en faveur des populations de Gaza et ça ne date pas d'aujourd'hui ; en 2021 elle avait refusé d'accorder les droits de son roman « Où es-tu monde admirable ? » à un éditeur israélien, accusé d'être un des relais du pouvoir. Et il y a du monde autour de l'Irlandaise, plus de 5000 écrivains ont signé en 2024 une lettre demandant de cesser tout partenariat avec certaines institutions culturelles israéliennes. «Alors que la commission d'enquête des Nations unies estime qu'Israël a commis et continue de commettre un génocide contre le peuple palestinien, le travail de Palestine Action ne pourrait être plus courageux ni plus important, a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis au Guardian, ce jeudi. Le moins que je puisse faire est d'affirmer clairement que je les soutiens et que je continuerai à le faire, quelles qu'en soient les conséquences». L'autrice ne se démontera pas, ne flanchera pas.
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