Dans une analyse approfondie accordée à Tunisie Numérique ce mercredi 24 septembre 2025, l'écrivain et analyste politique Boulbaba Salem est revenu sur les racines historiques de l'évolution des positions de l'extrême droite occidentale. Jadis farouchement hostile aux juifs, ce courant est aujourd'hui l'un des plus fervents soutiens d'Israël. Un paradoxe qui soulève de nombreuses interrogations. Selon Salem, le christianisme occidental, longtemps marqué par une profonde inimitié envers le judaïsme — les juifs étant accusés d'avoir provoqué la crucifixion du Christ — a mené au fil des siècles à des persécutions massives en Europe. Toutefois, cette animosité s'est progressivement estompée pour laisser place, à l'époque contemporaine, à un puissant rapprochement. Le rôle central du courant évangélique et de l'idéologie sioniste chrétienne Boulbaba Salem souligne que ce basculement idéologique est particulièrement visible dans les rangs des « évangéliques » aux Etats-Unis, un courant influent qui exerce un poids considérable jusque dans les couloirs du Congrès. Le même phénomène s'observe en Europe, notamment en France, en Italie, au Royaume-Uni ou encore aux Pays-Bas, où l'extrême droite s'aligne désormais sur les thèses du sionisme mondial et de la mouvance évangélique sioniste. Cette alliance trouve ses fondements, selon Salem, dans les écrits du moine allemand Martin Luther, initiateur de la Réforme et auteur de l'ouvrage Le Christ est né juif. Ce texte, qui disculpe les juifs de la crucifixion, a jeté les bases de la théologie protestante. Dans cette vision, la résurrection du Christ serait indissociable de la victoire d'Israël et des juifs sur leurs ennemis, notamment les Arabes. Une idéologie reprise par les dirigeants contemporains Le politologue relève que cette doctrine a nourri le rapprochement anglo-saxon avec le sionisme, incarné dès le début du XXe siècle par la Déclaration Balfour, et renforcé de nos jours sous l'administration de Donald Trump. Celui-ci, selon Salem, se présente comme un « élu de Dieu » et un « réformateur », reprenant les concepts hérités de Luther et des évangéliques. Ce schéma idéologique se traduit aujourd'hui par un soutien inconditionnel à Israël, qui dépasse le cadre gouvernemental pour toucher l'ensemble de la société israélienne. La coalition actuelle de Benyamin Netanyahou, composée de six partis ultra-religieux, puise également dans ce récit biblique, nourri par la croyance en des batailles eschatologiques comme Harmaguédon ou la « guerre finale » censée conduire à l'avènement d'un « Grand Israël » et de la « royauté de David ». Une extrême droite désormais focalisée sur l'islam et les migrants musulmans Pour Salem, cette mutation explique pourquoi l'extrême droite occidentale, autrefois hostile aux juifs, s'érige aujourd'hui en alliée stratégique d'Israël. Son nouvel ennemi est devenu le musulman, en particulier le migrant. « Les concepts ont changé, analyse-t-il, et désormais, l'extrême droite occidentale se concentre sur le rejet des immigrés musulmans, alors qu'elle s'opposait autrefois aux migrants en général. » Ainsi, conclut Boulbaba Salem, l'évolution des fondements idéologiques, depuis Luther jusqu'à l'ère Trump, éclaire le paradoxe d'un soutien massif et assumé de l'extrême droite européenne et américaine à Israël et au sionisme mondial. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!