Un rapport de l'Organisation pour la protection de l'enfance méditerranéenne a mis en lumière une hausse préoccupante du nombre de divorces en Tunisie au cours des dernières années. Rien qu'en 2023, près de 35 000 cas de divorce ont été enregistrés. Selon des chiffres relayés par le ministère de la Justice, le nombre d'enfants issus de familles divorcées a atteint 600 000 entre janvier 2023 et décembre 2024. Plus grave encore, 104 enfants de parents divorcés ont mis fin à leurs jours, victimes du traumatisme lié à l'éclatement familial. Les racines sociologiques d'un phénomène en expansion Interrogé par Tunisie Numérique, le sociologue Tarek Saïdi a expliqué que la société tunisienne vit aujourd'hui une mutation profonde. « L'Etat moderne a tenté de rompre le lien entre l'individu et les appartenances collectives traditionnelles — tribu, famille élargie, communauté — pour centrer la loyauté sur l'Etat et les valeurs de la modernité », souligne-t-il. Selon l'analyste, cette transformation a favorisé l'émergence d'une culture individualiste marquée par l'utilitarisme et la recherche immédiate de l'intérêt personnel. Dans ce contexte, le mariage, en tant que projet social partagé, devient plus fragile, et sa dissolution de plus en plus fréquente. Les enfants, premières victimes de la dislocation familiale Le sociologue rappelle que le divorce ne concerne pas seulement les conjoints, mais qu'il entraîne des conséquences directes sur les enfants, souvent les plus vulnérables. « L'enfant passe d'une situation de stabilité et d'appartenance à une famille unie, malgré les difficultés, à un climat de conflit et de séparation », explique-t-il. Cette rupture bouleverse profondément l'équilibre psychologique de l'enfant. La famille, en plus de jouer un rôle éducatif et protecteur, représente pour lui un repère affectif, moral et sécuritaire. La disparition de ce cadre stable entraîne chez beaucoup un sentiment d'insécurité, de perte de valeurs et de désorientation. Des répercussions psychologiques et sociales durables Tarek Saïdi alerte également sur la dimension conflictuelle des séparations : les enfants peuvent devenir des otages instrumentalisés par un parent contre l'autre, utilisés comme moyen de pression ou d'extorsion affective. Les effets psychologiques ne s'arrêtent pas aux plus jeunes : même les adolescents et les jeunes adultes souffrent de la désagrégation de leur foyer. « La famille constitue un pilier de sécurité, et sa rupture engendre une fragilité émotionnelle et sociale », précise-t-il. Cette fragilité se traduit non seulement par des troubles psychologiques (anxiété, dépression, sentiment d'abandon), mais aussi par des comportements à risque, allant de la violence à la toxicomanie, voire au suicide dans les cas extrêmes. Une urgence sociale qui appelle à l'action Face à cette réalité, le sociologue appelle à une prise de conscience collective. Pour lui, la montée en flèche du divorce en Tunisie ne peut être abordée uniquement sous l'angle juridique. Elle révèle une crise de la cellule familiale qui menace directement la cohésion sociale et l'avenir des jeunes générations. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!