L'Institut national de la statistique (INS) a récemment publié de nouvelles données révélant une baisse significative du nombre de mariages en Tunisie au cours des dernières années. Une tendance qui confirme les analyses antérieures évoquant un désengagement croissant des jeunes vis-à-vis de l'institution du mariage, pour des raisons à la fois économiques et sociologiques. Un obstacle économique majeur Dans une déclaration à Tunisie Numérique, le sociologue Tarek Saïdi a expliqué que la première cause de ce recul est avant tout économique. Selon lui, les jeunes mettent désormais plus de temps à s'insérer professionnellement et à garantir un revenu stable. Ce délai dans la construction personnelle et l'autonomie financière entraîne un retard de l'âge du mariage et une réticence à s'engager dans la vie conjugale. Une crise identitaire et sociale Au-delà de l'aspect matériel, Saïdi met en avant une cause plus profonde : la fragilisation du projet identitaire des individus. Autrefois, la trajectoire sociale était claire — études, emploi, mariage, fondation d'une famille. Or, avec la modernité, la mondialisation et l'affaiblissement des institutions traditionnelles comme l'école et la famille, cette ligne directrice s'est brouillée. Selon le sociologue, un individu qui ne dispose pas d'un projet personnel solide peine à s'inscrire dans un projet collectif tel que le mariage. Les changements culturels, la montée des valeurs consuméristes et la fragilisation des repères sociaux ont ainsi contribué à affaiblir l'attrait de l'institution matrimoniale. Divorce, instabilité et peur de l'échec Tarek Saïdi a également évoqué la corrélation entre la hausse du taux de divorce et le recul du mariage. Toutefois, il nuance cette relation en précisant que les procédures coûteuses et complexes du divorce en Tunisie limitent en partie son recours. Si elles étaient simplifiées, le nombre de divorces pourrait être beaucoup plus élevé, traduisant l'incapacité de projets individuels fragmentés à se transformer en projets familiaux durables. Conséquences démographiques préoccupantes Le désengagement des jeunes vis-à-vis du mariage n'est pas sans conséquence sur la dynamique démographique tunisienne. La baisse des unions et la décision de nombreuses familles de limiter volontairement le nombre d'enfants accentuent le vieillissement de la population et ralentissent la croissance démographique. De plus en plus de familles tunisiennes choisissent d'avoir un ou deux enfants seulement, invoquant des raisons économiques liées au coût élevé de l'éducation et de la prise en charge. Selon Saïdi, cette évolution illustre la priorité accordée par les familles à la qualité de vie au détriment du nombre d'enfants, mais elle pose également un défi de taille à l'équilibre démographique du pays. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!