Selon une enquête de MediaPart parue le 24 septembre 2025, l'ambassade d'Israël en France a organisé en juillet un voyage de presse "tous frais payés" auquel auraient participé des journalistes de cinq titres influents : Le Journal du dimanche (JDD), Le Figaro, La Croix, L'Express et Marianne. D'après cette même enquête, seuls deux médias auraient explicitement mentionné le cadre financé du déplacement dans leurs publications. Cette pratique, légale mais fortement contestable sur le plan déontologique, relance un débat ancien : peut-on préserver une totale indépendance éditoriale lorsqu'un Etat finance la logistique d'un reportage sensible, en pleine guerre menée à Gaza et au cœur d'une forte polarisation de l'opinion mondiale ? Une zone grise entre communication d'Etat et information Dans la profession, les voyages de presse financés par des institutions, entreprises ou gouvernements existent depuis longtemps. Ils n'équivalent pas, en soi, à de la corruption, faute d'éléments matériels démontrant une contrepartie illicite. Mais ils créent un risque de biais : sélection des interlocuteurs, cadrage des visites, rythme imposé, angles suggérés. L'absence (ou l'insuffisance) de transparence vis-à-vis du lecteur — mention claire dans l'article, encadré explicatif — affaiblit la confiance et nourrit le soupçon de partialité, surtout sur un dossier aussi chargé que Gaza. Pourquoi l'affaire résonne au-delà de Paris * Poids des titres cités : JDD, Figaro, La Croix, L'Express et Marianne façonnent le débat public en France. Leur traitement — titres, visuels, choix des témoins, place accordée aux critiques — rejaillit sur d'autres rédactions, les réseaux sociaux et, par ricochet, l'opinion à l'international. * Timing sensible : le voyage aurait eu lieu avant que Paris n'évoque clairement la reconnaissance de l'Etat de Palestine, dans un contexte où Israël cherche à défendre sa narration face aux accusations d'atteintes massives aux civils à Gaza. * Risque de "manipulation douce" : sans constituer de la propagande stricto sensu, l'exposition exclusive ou prioritaire à un récit officiel peut orienter l'angle (sécurité, otages, menaces) au détriment d'autres priorités (droit international humanitaire, bilans civils, aide, enquêtes indépendantes). La presse française irrigue largement le débat francophone et alimente les agendas internationaux. Des angles biaisés, même involontaires, se répercutent en cascade dans les médias et réseaux sociaux de la région MENA, façonnant perceptions et politiques publiques. À l'heure où l'on dénonce la désinformation, la traçabilité des conditions de production de l'information devient un critère de crédibilité aussi important que la qualité du reportage lui-même. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!