Le Premier ministre Sébastien Lecornu est sorti du chaudron du Budget 2026 pour défendre à minima – mais vraiment le strict minimum – l'ancien président Nicolas Sarkozy suite à sa condamnation sans précédent dans l'affaire du financement libyen illégal. Lecornu avait laissé entendre qu'il n'est pas exclu que le camp présidentiel présente au Parlement un texte sur l'exécution provisoire, une peine qui terrifie tous les politiques. Et bien c'est le Premier ministre qui pourrait très vite avoir besoin de muscler sa propre défense… Je ne parle pas seulement de sa posture politique kafkaïenne, avec un Parti socialiste qui en rajoute en clamant le rendez-vous de la dernière chance avec Lecornu avant une censure que tout le monde prédit, ou du Rassemblement national (RN) qui fait mine d'attendre le discours de politique générale pour donner toutes ses chances au Premier ministre. Je parle d'un dossier tout aussi explosif politiquement : Un « petit mensonge » autour d'un diplôme. Petite cause, grande conséquence. Le Syndicat national des agents publics de l'Education nationale (Snapen) a déposé une plainte contre Lecornu. Ce dernier est accusé d'avoir installé dans les esprits qu'il a décroché un master de droit public alors qu'il n'avait pas formellement validé sa deuxième année de diplôme. L'avocat du syndicat, Me Vincent Brengarth, a indiqué ce lundi 29 septembre que la plainte a été déposée à la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République. Ça sent le roussi pour Matignon. Rappelons que mi-septembre la terreur des politiques, le journal Mediapart (c'est lui qui a déballé l'affaire Sarkozy), a révélé que Lecornu n'est pas titulaire d'un diplôme de master, lequel s'obtient en 2 ans. Pourtant les portraits mis en ligne depuis 2016 sur le site du ministère des Armées, sur sa page sur le réseau social LinkedIn ou encore sa présentation lors d'une conférence universitaire soutiennent le contraire. Dans les faits l'occupant de Matignon n'a validé qu'un Bac +4, lequel correspond à un master 1, alors qu'il faut valider un Bac +5 et un master 2 pour être reconnu comme diplômé de master. Questionné sur ce sujet vendredi dernier par Le Parisien, Lecornu a admis qu'il avait «validé [sa] maîtrise en droit, donc un master 1» à l'Université Panthéon-Assas… La maîtrise est certes un grade Bac +4, mais elle a été remplacée par le master (Bac +5) depuis la réforme de l'université dans les années 2000. Donc la manipulation est bien là. Lecornu a tenté de dégonfler l'affaire en arguant une «fausse polémique» et s'est victimisé en parlant d'«une forme de mépris social», rien n'y a fait, le Snapen veut qu'il rende des comptes. Dans la plainte le syndicat accuse le ministre d'avoir voulu «faire croire [qu'il] était titulaire d'un master de droit public» et «utilisait en connaissance de cause un diplôme dont il n'était pas titulaire»… «Aucun diplôme n'est requis pour être membre d'un gouvernement et le fait de ne pas avoir obtenu de master 2 n'est pas un signe d'incompétence (…). Toutefois, l'absence de transparence sur le niveau d'études acquis, par un ministre d'Etat, est de nature à porter atteinte à la crédibilité de la certification par les universités publiques françaises, à l'égalité républicaine, à l'honneur des enseignants-chercheurs et, plus généralement, à la mission de service public confiée aux établissements d'enseignement supérieur», souligne Me Brengarth. Sur son site officiel Lecornu a revu sa copie, il se borne maintenant à parler d'«études de droit à l'université Paris 2 Panthéon Assas», faisant l'impasse sur les détails. Sur LinkedIn, à la rubrique formation, le Premier ministre mentionne «Master, droit public général, 2005-2008», à Panthéon-Assas Université. Le flou artistique quoi. Qu'est-ce qui reste à un homme ou une femme politique quand il a perdu sa crédibilité – enfin le peu qui lui en restait ? Rien. Lecornu s'est laissé aller à ce petit arrangement avec la réalité parce qu'il s'est dit que ça pourrait être masqué par ses états de service – le seul ministre qui a été de tous les gouvernements depuis 2017. Il ne pouvait pas assumer le fait d'être « sous-diplômé » par rapport à ses illustres prédécesseurs (François Bayrou, Michel Barnier, Gabriel Attal, etc.)… Et que dire du mentor du Premier ministre, le président Emmanuel Macron, qui est passé par Sciences Po Paris et l'ENA. Bref, le moins qu'on puisse dire est que ces comparaisons ne sont pas à l'avantage de Lecornu, alors il s'est mis à broder. Broder pour exister. Mal lui en a pris. On n'entendra pas le jeune président du RN, Jordan Bardella, qui n'a même pas son DEUG et dont le CV tient sur une demi-page (pourtant lui aussi rêve de Matignon). Il n'osera pas parler, mais les autres on les entendra. Le poulain de Macron a du souci à se faire si la justice donne raison au Snapen.
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