Les manifestations du mouvement "Génération Z 212" entrent dans leur deuxième semaine au Maroc, traduisant un profond malaise social. Les jeunes protestataires, rassemblés dans plusieurs villes dont Rabat, Casablanca, Tanger et Agadir, réclament une amélioration des services publics, notamment dans la santé et l'éducation, ainsi qu'un accès équitable à l'emploi. Derrière les slogans, c'est une génération entière qui crie sa frustration face à la cherté de la vie, l'érosion du pouvoir d'achat et l'ampleur des inégalités sociales. Ces tensions traduisent une réalité économique difficile : selon la Haut-Commissariat au Plan, le taux de chômage s'élève à 12,8 %, soit près de 1,5 million de Marocains sans emploi, dont 35,8 % ont entre 15 et 24 ans. Un marché de l'emploi en crise Les femmes représentent à peine 22 % des actifs, tandis que 40 % des diplômés exercent des métiers sans rapport avec leur formation. Le secteur informel absorbe 33 % de la main-d'œuvre non agricole, soit environ 2,5 millions de personnes, mais sans protection sociale ni stabilité. Les écarts territoriaux accentuent ce déséquilibre : les grandes villes concentrent les investissements tandis que les zones rurales, où vivent 72 % des pauvres, manquent cruellement d'infrastructures et d'opportunités. "Ces protestations ne sont pas un mouvement d'humeur, mais le signe d'une société consciente de ses droits et de ses blocages", analyse Amin Sami, expert en stratégie. "Les jeunes demandent plus qu'un emploi : ils veulent une reconnaissance, une place dans le projet national." La jeunesse dans l'impasse Les chiffres confirment un malaise structurel. Parmi les 12,45 millions d'actifs, 21,9 % des chômeurs ont entre 25 et 34 ans, et 19 % possèdent un diplôme universitaire. Beaucoup basculent vers des petits boulots précaires ou envisagent l'émigration clandestine. "Le gouvernement n'a pas su lire les signaux précurseurs : hausse du chômage, fuite des talents, désespoir dans les stades... tout cela annonçait un mécontentement général", souligne Badr Zaher Al-Azraq, économiste. Il estime que les politiques publiques n'ont pas su réduire les inégalités malgré les ambitions du nouveau modèle de développement, qui peine à se concrétiser sur le terrain. Des progrès limités face à la pauvreté Si le Maroc a réduit la pauvreté multidimensionnelle de 11,9 % en 2014 à 6,8 % en 2024, les disparités demeurent marquées : * 50 % les plus riches accaparent 76,1 % des dépenses totales, * tandis que les 20 % les plus pauvres n'en représentent que 6,7 %, soit un écart de niveau de vie multiplié par 7,1. Au niveau international, le pays se classe 120e sur 193 dans le Rapport sur le développement humain 2025 du PNUD. Un appel à des réformes profondes Pour Amin Sami, la réponse doit être systémique : "Créer des emplois durables, accélérer la réforme de l'éducation et de la santé, encourager les PME et renforcer la protection sociale." Il plaide pour un "plan d'urgence jeunesse", centré sur la formation aux métiers du numérique, des énergies renouvelables et de l'économie sociale. De son côté, Badr Zaher Al-Azraq appelle les partis politiques à replacer l'emploi et la justice sociale au cœur de leurs programmes avant les prochaines élections : "Le mouvement Génération Z est un signal fort. Si les élites ne l'écoutent pas, elles risquent de perdre définitivement la confiance de cette génération." Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!