L'organisation internationale Human Rights Watch (HRW) a reproché lundi au gouvernement libanais son inaction persistante face aux crimes de guerre commis par Israël, notamment le meurtre du photographe de Reuters Issam Abdallah, tué il y a près de deux ans lors d'une frappe israélienne dans le sud du Liban. Dans un communiqué, l'ONG a dénoncé « l'absence de toute mesure concrète » pour traduire Israël en justice et a appelé Beyrouth à saisir l'opportunité créée par la récente décision du gouvernement de confier au ministère de la Justice l'étude de poursuites légales possibles à la suite des attaques israéliennes contre les journalistes. Une attaque délibérée contre des civils Selon Human Rights Watch, la frappe qui a coûté la vie à Issam Abdallah et blessé six autres journalistes — dont des correspondants d'Al-Jazeera, Reuters et l'Agence France-Presse — constitue une attaque intentionnelle contre des civils, et donc une violation grave du droit international humanitaire. L'enquête de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) a confirmé que deux obus de 120 mm tirés par un char israélien avaient atteint un groupe de journalistes « clairement identifiables ». Aucun échange de tirs n'avait été observé durant les 40 minutes précédant l'attaque, et aucun objectif militaire n'a été détecté à proximité. Les reporters, présents sur les lieux depuis plus de 75 minutes, portaient des gilets et casques marqués « PRESS ». Les conclusions de HRW indiquent que l'armée israélienne savait, ou aurait dû savoir, que les personnes visées étaient des civils. Des violations répétées documentées Human Rights Watch a également recensé de multiples attaques délibérées ou indiscriminées depuis la mort du photographe, visant des civils, des secouristes et des Casques bleus, en violation flagrante des conventions internationales. L'ONG affirme que l'armée israélienne a détruit volontairement des habitations, des infrastructures vitales et des services publics, rendant impossible le retour de milliers de déplacés dans leurs villages du Sud. Elle documente par ailleurs l'usage intensif du phosphore blanc dans des zones résidentielles densément peuplées, ainsi que la destruction et le pillage de plusieurs écoles, et l'emploi d'explosifs interdits. Selon HRW, ces actes s'ajoutent à une série d'attaques contre des civils et travailleurs humanitaires observées tout au long du conflit, et constituent des crimes de guerre au regard du droit international. Contexte : une guerre meurtrière et toujours instable Le rapport revient également sur le déroulement du conflit déclenché en octobre 2023, lorsque Israël a lancé une campagne militaire contre le Liban, avant de l'étendre en septembre 2024 à une guerre totale. Cette offensive a fait plus de 4 000 morts et environ 17 000 blessés, selon les estimations des agences onusiennes. Un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah a été signé en novembre 2024, mais violé plus de 4 500 fois par Tel-Aviv, provoquant de nouvelles pertes humaines. Au début de l'année 2025, l'armée israélienne s'est retirée de la plupart des localités frontalières qu'elle occupait dans le sud du Liban, mais maintient encore des troupes dans au moins cinq zones du territoire libanais. Un avertissement pour Beyrouth Ramzi Kaïs, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch, a estimé que le meurtre d'Issam Abdallah aurait dû servir d'alerte au gouvernement libanais : « L'impunité pour les crimes de guerre ne fait qu'encourager leur répétition. » Pour HRW, la relance d'une procédure judiciaire contre Israël constituerait une étape décisive vers la justice pour les victimes et un signal fort contre la banalisation de la violence dans les conflits régionaux. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!