The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Un président iconoclaste, qui prend des décisions qui ne rentrent dans aucune des cases que l'on connait. Aux Etats-Unis l'usage veut que le président installe dans les postes diplomatiques les plus en vue les grosses fortunes qui ont financé sa campagne électorale et perfusent les caisses du parti. De ce point de vue Donald Trump ne détonne pas par rapport à ses prédécesseurs, à un détail près et il est de taille : le républicain se fiche royalement du CV et du pedigree de ses ambassadeurs. C'est ainsi que le promoteur Charles Kushner, père du beau-fils du président (Jared Kushner), a été propulsé à Paris en dépit de ses condamnations pour des horreurs sans nom qui auraient dû le disqualifier pour ce prestigieux poste. Trump vient de signer un autre scandale. Il a choisi comme Envoyé spécial en Irak un entrepreneur qui a fait fortune dans le cannabis, Mark Savaya. L'annonce a été faite le dimanche 19 octobre 2025 mais elle a été noyée dans le fracas des manifestations anti-Trump, des millions de personnes dans les grandes villes du pays tout de même. Mais il y a un os : le business de Savaya est formellement prohibé et sévèrement puni en Irak. Alors y envoyer un type pareil c'est à tout le moins un pied de nez aux autorités locales. L'homme d'affaires du Michigan, propriétaire de la société Leaf and Bud, fera beaucoup jaser dans cette partie du monde très conservatrice. C'est peut-être aussi ce que voulait le président américain : bousculer les habitudes et imposer sa volonté à des partenaires forcément réfractaires… Dans son annoncée mise en ligne sur sa plateforme Truth Social Trump assume tout : il veut manifester sa gratitude à celui qui «a joué un rôle clé dans [sa] campagne dans le Michigan (…) Lui et d'autres ont contribué à obtenir un nombre record de votes parmi les Américains musulmans», plaide le républicain. Donc Bagdad devra composer avec un émissaire issu de la communauté chaldéenne d'Irak, à majorité catholique. Rappelons que le Michigan est l'un «swing states» nichés dans le Midwest et que Trump a tout fait pour remporter afin de blinder ses chances à la dernière présidentielle. La stratégie a parfaitement fonctionné, sa rivale Kamala Harris a été écrasée. Le Républicain a triomphé en novembre dernier principalement en mettant dans sa poche la communauté arabo-américaine. La boite de Savaya est domiciliée à Detroit, la plus grande ville de l'Etat. Trump en est persuadé : le businessman du Michigan sera décisif pour «faire avancer les intérêts du peuple américain» en mettant à profit ses «relations dans la région» et sa «profonde compréhension entre l'Irak et les Etats-Unis». Bon, le gouvernement irakien ne verra pas les choses sous le même angle, normal quand on sait que la peine de mort est appliquée pour les gros trafiquants de drogue. Mais Bagdad, comme Paris du reste, comme tous les autres, n'ont pas les moyens de tenir tête à Trump. Le président américain use et abuse des «envoyés spéciaux» depuis son retour à la Maison-Blanche. Ce sont eux qui font avancer les dossiers chauds à l'international sur la table du Bureau ovale. Le gros avantage pour le républicain c'est qu'il a la main pour nommer ses fidèles et affidés, des émissaires qui ne rendent compte qu'au président et dont les nominations n'ont pas besoin de l'aval du Sénat. Pour les ambassadeurs traditionnels c'est une toute autre histoire… On se rappelle que la nomination de Charles Kushner à Paris avait fait tanguer le Sénat vu le casier judiciaire très garni du Monsieur. Mais Trump a fini par tordre le bras aux sénateurs en les menaçant de torpiller le financement de leurs prochaines campagnes électorales. L'argent c'est le seul langage que tous les Américains comprennent, de quelque bord politique qu'ils soient. Quant à Savaya, il est tout heureux d'être choisi pour servir dans le pays de ses aïeuls : «Je suis profondément touché, honoré et reconnaissant envers le président de m'avoir nommé envoyé spécial», a-t-il posté sur X. Il est «déterminé à renforcer le partenariat entre les Etats-Unis et l'Irak sous la direction et les conseils» de l'occupant de la Maison-Blanche… Trump comme éminence grise on a vu mieux. Mais tout le monde aura compris qu'en la matière c'est l'allégeance au « King » (un qualificatif brandi par les manifestants de dimanche dernier) qui compte, pas la compétence. Autrement Steven Charles Witkoff, un autre mécène du président, ne serait jamais son Envoyé spécial passe-partout : au Moyen-Orient, Russie-Ukraine (c'est un fan de Vladimir Poutine) et maintenant l'épineux dossier Maroc-Algérie. Des Super-Diplomates pour des super-missions, des missions impossibles, et autant de Prix Nobel de la Paix que de conflits réglés… Enfin, ça c'est le rêve absolu de Trump. Un rêve.
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