The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Il est de ces actions qu'un Etat mène au nom de ses intérêts stratégiques suprêmes mais dont les autorités ne sont pas fières et se gardent de les crier sur les toits, des tractions qui se mènent en catimini parce qu'elles heurtent la morale, des discussions qu'on planque sous le tapis parce qu'elles horrifient l'opinion publique. La reprise des vols directs entre Israël et le Maroc en fait partie… Rabat boira le poison de la normalisation jusqu'à la lie Le royaume est le premier pays musulman à rouvrir les dessertes aériennes avec l'Etat hébreu depuis l'attaque du 7 octobre 2023 et le cataclysme régional qui l'a suivi, et c'est loin d'être terminé. Il a fallu des semaines de négociations entre la ministre israélienne des Transports Miri Regev et son homologue marocain pour que la chose soit de nouveau possible. C'est dire que l'affaire ne va pas de soi en vertu de sa forte charge symbolique. Dès ce jeudi 13 novembre les compagnies aériennes israéliennes pourront réactiver la ligne Tel-Aviv-Casablanca, gelée depuis le déclenchement des hostilités entre Tsahal et le Hamas. Les vols directs entre Israël et le Maroc – surtout en direction de Marrakech et Casablanca – avaient la cote avant leur suspension… On peut supposer que les navettes reprendront très vite leur vitesse de croisière, les horizons s'étant rétrécis pour les citoyens israéliens depuis que leur Premier ministre fait les horreurs que l'on sait aux femmes et enfants gazaouis. Les affaires reprennent mais vous n'entendrez pas Rabat s'en vanter, parce que ça ne passerait pas, dans le royaume comme ailleurs dans le monde. Dans ce dossier il faut faire le distinguo entre les chemins pris par l'exécutif marocain sous la houlette du souverain Mohammed VI et les pulsations de la population marocaine. Cette dernière a fait ce qu'elle a pu pour manifester son dégoût face à la normalisation avec Israël, comme s'il n'y avait pas eu tous ces morts palestiniens depuis 77 ans… Les protestataires ont dénoncé, boycotté, manifesté bruyamment, certains l'ont payé cher avec des années de prison. Cette agitation n'a jamais remis en cause les Accords d'Abraham, dans lesquels se sont embarquées les autorités marocaines dès 2020, entraînées par un président américain – Donald Trump – qui a utilisé ses méthodes habituelles, un mélange de brutalité et de promesses qu'il tient rarement. De fait Rabat a les mains liées et est contraint de boire la ciguë de la normalisation jusqu'à la lie. C'est ce qui explique que le royaume soit allé jusqu'à accueillir la brigade Golani de l'armée israélienne, qui a signé des crimes de guerre à Gaza. Globalement, en dépit de la pression populaire et de l'opprobre que ça jette sur le pays, les décideurs marocains n'ont jamais dévié de leur trajectoire depuis la visite du ministre israélien de la Défense à Rabat en novembre 2021. Sahara occidental, Alger, F-35… : le « chantage » tourne à plein régime Il se dit – c'est la chaîne N12 qui le dit – que le partenariat diplomatique et sécuritaire repart de plus belle depuis la cessation des combats à Gaza (la réalité est plus complexe), dans la discrétion la plus totale. D'après plusieurs sources gouvernementales le Maroc et Israël désirent accélérer la cadence dans les secteurs du tourisme, du transport et de la sécurité. Il se dit aussi – mais ça on s'en doutait – que cette fois il est question d'être le moins flamboyant possible pour épargner la sensibilité de l'opinion publique marocaine. Clairement depuis l'assaut du 7-Octobre et les représailles sanglantes on ne peut plus reprendre les mêmes ingrédients et recommencer. Il est évident que dans ce nouvel élan ce n'est pas l'affect et les bons sentiments qui prévalent mais bien des intérêts, comme toujours quand deux Etats interagissent me direz-vous. Le fait est que Washington et Tel-Aviv tiennent le Roi par la barbichette. Tout le monde a vu comment le président Trump a imposé au Conseil de sécurité de l'ONU une résolution sur le Sahara occidental… A l'arrivée le texte a été édulcoré, remanié, adouci sous la pression de l'Algérie, mais le fait est que, théoriquement du moins, Rabat garde la main sur ce territoire très disputé. Ce volontarisme de la Maison Blanche n'est pas gratuit, d'ailleurs tout a un prix pour le président-milliardaire… De l'autre côté, en Israël, il n'est pas rare que le Premier ministre Benjamin Netanyahu émette des signaux terrifiants sur le reniement de la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Et puis il y a les enjeux sécuritaires pour le Maroc, qui est face à un puissant et influent voisin dont il a une peur bleue – une peur fantasmée -, l'Algérie. Rabat a plus que jamais besoin des Etats-Unis, pour les avions F-16 de dernière génération et surtout la merveille F-35, mais aussi pour d'autres systèmes de défense. On peut aussi parler des projets d'installation d'usines de drones israéliens, etc. Tout cela pour dire que tous les chemins des Marocains passent par Trump et Netanyahu. Le président américain se débat dans son engagement de pacifier Gaza, il y a déjà des défections dans les rangs de sa force internationale de stabilisation. Le Maroc ne peut pas s'autoriser à s'ajouter aux problèmes de Washington en reculant ou en temporisant sur les Accords d'Abraham. Alors ce sera la marche forcée pour Sa Majesté.
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