The liveblog has ended. No liveblog updates yet. Une nouvelle scène de violence a secoué l'opinion publique tunisienne hier. Des vidéos massivement relayées sur les réseaux sociaux ont montré quatre jeunes filles en train d'agresser une élève devant un lycée à Sidi Hassine Sijoumi, à Tunis. Si l'incident n'est pas le premier en milieu scolaire, il a profondément choqué par son contexte : des adolescentes, souvent perçues comme « le sexe doux », filmant une agression empreinte d'un esprit de vengeance manifeste. Ces actes répétés au sein des établissements scolaires tirent la sonnette d'alarme depuis plusieurs années, imposant une mobilisation commune pour comprendre, expliquer puis traiter ce phénomène. Intervenant ce jeudi dans une analyse accordée à Tunisie Numérique, le sociologue Sami Nasr affirme que la violence s'est enracinée dans la société tunisienne, mais que sa gravité et sa fréquence ont connu une hausse inquiétante. De comportement isolé... à "tsunami social" Selon Nasr, la violence en Tunisie a traversé trois phases : 1. Un comportement isolé, sporadique et limité ; 2. Une véritable problématique sociale, nourrie par plusieurs facteurs ; 3. Une culture de violence, plus dangereuse encore, assimilable à un « tsunami social » qui emporte tout sur son passage. La violence touche désormais toutes les tranches d'âge, tous les milieux — urbains comme ruraux — et les deux sexes. Les principales variables habituellement utilisées en sociologie pour analyser ce type de phénomène deviennent presque caduques, tant l'expansion est généralisée. La normalisation de la violence : racine du problème Le sociologue attribue cette situation à un facteur central : la normalisation de la violence dans la société tunisienne. S'appuyant sur les travaux de Pierre Bourdieu, il explique que l'enfant qui grandit dans un environnement violent internalise ce comportement et le reproduit plus tard dans la sphère publique — un mécanisme qui s'observe également dans la vie conjugale. Quand la violence devient un outil de prestige social Nasr souligne que les repères sociaux ont changé : « Nous ne vivons plus selon les valeurs traditionnelles du bien et du mal, mais sous l'emprise des valeurs d'excitation et de quête d'attention. » Ainsi, l'agresseur ne se contente plus d'exercer la violence : il la filme, la diffuse sur les réseaux, s'en vante, et en retire une forme de prestige social. La violence est devenue une ressource symbolique, un moyen d'exister et d'être reconnu, au lieu d'être un motif de rejet social. Les trois degrés de la violence selon Nasr Le sociologue distingue trois niveaux : 1. La violence réactionnelle (émotionnelle) : à chaud, liée à une impulsion. 2. La violence expressive : l'individu exprime son mal-être ou ses frustrations verbalement ou physiquement. 3. La violence instrumentale : la plus dangereuse, où la violence devient un outil pour atteindre un objectif. La Tunisie connaît aujourd'hui les trois formes en parallèle. Le danger du déni : minimiser la violence verbale Nasr met en garde contre une erreur courante : considérer la violence verbale comme une forme « légère » de violence. Selon lui, cette banalisation contribue à l'ancrer davantage. Parfois, ses séquelles psychologiques sont plus profondes et plus durables que celles de la violence physique. « La société tunisienne est malade » En conclusion, Sami Nasr estime que la Tunisie traverse une grave crise de valeurs : « La société tunisienne est malade. Il faut réformer le système moral et éthique comme on tente de réformer l'économie, la valeur du dinar et l'endettement. » Pour le sociologue, la lutte contre la violence doit devenir une priorité nationale, au même titre que les dossiers économiques majeurs. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. Chaque matin Veuillez laisser ce champ vide Vous vous êtes bien abonné.e à notre newsletter ! Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!