The liveblog has ended. No liveblog updates yet. L'élection de 38 responsables politiques musulmans à travers plusieurs Etats américains — entre conseils législatifs, mairies et conseils municipaux — a suscité un mélange de surprise, d'interrogations et de critiques. Un chiffre inédit, représentant près de la moitié des candidats victorieux dans certaines circonscriptions, et qui intervient dans un climat particulièrement tendu, marqué par la montée d'un discours hostile aux musulmans au sein de la droite américaine sous l'ère du président Donald Trump. Interrogé par Tunisie Numérique, Hassen El Annabi, professeur d'histoire moderne à l'Université de Tunis, propose une lecture approfondie de ce qu'il décrit comme un véritable « séisme politique » et analyse les causes profondes ainsi que les conséquences possibles de cette progression spectaculaire. New York, épicentre du changement politique Selon El Annabi, la dynamique doit d'abord être observée à New York, où l'élection de Zohran Mamdani — figure emblématique de la communauté musulmane — a fait l'effet d'un choc. « La victoire de Mamdani a été perçue comme un bouleversement, car elle s'est produite dans l'une des villes les plus influentes des Etats-Unis », explique-t-il. D'après lui, la personnalité singulière du candidat, son programme clair et innovant, ainsi que son profil atypique au sein de la classe politique ont joué un rôle déterminant. Mais un autre facteur a été décisif : la faiblesse des adversaires. Plusieurs concurrents de Mamdani étaient empêtrés dans des controverses, des erreurs de gestion ou des problèmes de crédibilité morale, ce qui a facilité son ascension — à l'inverse d'autres Etats où la compétition était plus structurée. Une recomposition du paysage politique américain Pour Hassen El Annabi, cette séquence électorale révèle surtout les difficultés croissantes du Parti républicain, qui peine à maintenir son influence sur tout le territoire américain. « Les républiciens ne contrôlent pas toutes les régions ni tous les environnements sociaux. Les démocrates et les socialistes — qui représentent la gauche américaine — bénéficient d'un soutien massif des jeunes et des minorités », souligne-t-il. Il insiste sur la nécessité d'analyser les résultats Etat par Etat, car il serait réducteur d'y voir uniquement une réaction identitaire en faveur des musulmans. Pour lui, il s'agit d'une dynamique complexe nourrie par des facteurs internes et externes. Le contexte international : un puissant catalyseur Selon El Annabi, les résultats ne peuvent être dissociés du contexte international, notamment la guerre à Gaza et la couverture médiatique de ce conflit. « On observe la montée d'une force politique nouvelle, consolidée au fil des années, grâce en partie aux répercussions des crises internationales. Cela a permis aux démocrates, aux socialistes, et parmi eux plusieurs candidats musulmans, de gagner en visibilité et en légitimité lors des élections locales », analyse-t-il. Cette percée de 38 représentants musulmans devient ainsi une réaction politique structurée, résultat de tensions accumulées depuis des années entre démocrates et républicains. L'instrumentalisation du discours anti-musulmans : une stratégie épuisée Interrogé sur l'impact de la rhétorique hostile aux musulmans portée par l'extrême droite américaine, El Annabi rappelle que ce discours n'est pas nouveau. Cependant, sous la présidence Trump, il a pris une ampleur particulière. Il note que plusieurs pays européens — France, Royaume-Uni, Italie — ont eux aussi détourné le débat public vers la question migratoire, souvent faute de solutions à leurs propres crises économiques. Pour lui, ce n'est pas seulement l'extrême droite qui exploite cette stratégie : une partie de la droite traditionnelle en Europe et aux Etats-Unis a tenté d'utiliser l'hostilité envers les migrants pour masquer des problèmes structurels. « En France, les débats parlementaires montrent clairement que la stigmatisation de l'islam et des musulmans ne va pas s'arrêter là », affirme-t-il. En Italie, il souligne que Giorgia Meloni a également su instrumentaliser la question migratoire pour consolider la position de l'extrême droite. Gaza change la donne politique en Occident Pour conclure, Hassen El Annabi insiste sur l'influence déterminante de la guerre à Gaza, qui a renforcé le camp progressiste dans plusieurs démocraties occidentales, en particulier aux Etats-Unis. L'émotion suscitée par le conflit, la mobilisation de la jeunesse, et la visibilité accrue de la cause palestinienne dans les milieux universitaires ont permis de restructurer des équilibres politiques fragilisés — parmi lesquels la montée des candidats musulmans constitue l'un des signaux les plus marquants. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. Chaque matin Veuillez laisser ce champ vide Vous vous êtes bien abonné.e à notre newsletter ! Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!