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Chronique, Le mot pour le dire : Si j'étais une femme !
Publié dans Tunivisions le 26 - 04 - 2013

« Il y a deux choses qui sont sans limite : la féminité et les moyens d'en abuser ».
Cité par Agnès Michaux, Dictionnaire misogyne, p. 116
Il y a un livre que j'aurais tant aimé commettre, mais que je n'écrirais probablement pas parce que j'estime qu'il n'est pas de mon droit de parler au nom de quelqu'un pour lui dicter une ligne de conduite qu'il n'a pas prise de lui-même. Ce livre, que je n'écrirais jamais, je l'aurais intitulé sans la moindre hésitation : Si j'étais femme ! J'ai beau cogiter, je ne trouve pas de meilleur titre. C'est d'ailleurs un peu pour cette raison que j'ai dû renoncer à ce projet. En mon for intérieur, je me disais qu'il n'est du droit de personne de parler au nom d'autrui pour n'importe quel motif, surtout que je ne me sens pas l'âme d'un prédicateur ou d'un messie en ces temps incertains où il est donné au premier venu, moyennant une barbe (pas nécessairement fleurie) et un accoutrement adéquat (pas nécessairement en accord avec les traditions vestimentaires du pays), de s'autoproclamer membre de la prestigieuse caste des Ulémas. Un vendeur de légumes, un peintre en bâtiment ou un adjoint technique pourrait parfaitement se convertir, à la faveur du Printemps Arabe, en objecteur de conscience (matraque en main), star du Minbar ou recteur de la plus prestigieuse des mosquées du pays.
Ce que je me suis refusé de faire en tant qu'homme sans prétention aucune (ma masculinité est due à un hasard génétique et non à un quelconque mérite), je m'en acquitte en écrivain, plus précisément en poète pour contrecarrer les menées insidieuses qui, à la faveur d'un revirement historique auxquels ils sont étrangers, se sont plu à s'accaparer le pouvoir divin sous prétexte qu'ils en ont besoin pour lutter contre Satan ! Mon ambition à moi est bien plus modeste, et c'est pourquoi je me contente de mon statut d'homme dont le souci majeur est l'ici-bas et les créatures qui le peuplent, qui se trouvent être mes semblables.
Mes semblables donc, dont en particulier les femmes, je me permettrais de les mettre en garde contre tout homme qui s'autoproclame l'interprète des volontés divines. Nous n'avons pas besoin de ces imposteurs, dont le nombre augmente considérablement chaque jour, qui jouent aux intercesseurs et se croient, pour cette raison, les détenteurs attitrés du verbe divin. Ces hommes – dont beaucoup de femmes d'ailleurs, dont en particulier celles qui siègent à l'ANC pour servir la cause féminine et qui ne font que la desservir ! – sont dangereux parce qu'ils se sont fixé pour seul objectif d'asservir, au nom de Dieu, leurs semblables et ne renonceront jamais à cette ambition coupable. Pour ce faire, ils sont disposés à commettre toutes les abominations possibles et imaginables, l'attentat en premier.
Il serait salutaire pour la société, et pour les femmes que ces fous de Dieu visent de manière délibérée, de dénoncer la panoplie de proscriptions, vestimentaires notamment, que ces illuminés entendent imposer à la gente féminine pour, prétendent-ils, la préserver des dangers et des risques auxquels l'expose un mode de vie qu'il n'hésite pas de qualifier de païen ! De là cette ignominie d'imposer à la femme le port du linceul, baptisé niqab. A ce propos, il suffit de rappeler à ces êtres frustes que Dieu ne fait rien gratuitement et que, par conséquent, s'il a doté la femme d'un visage, c'est pour qu'elle s'en serve dans sa vie de tous les jours et non pour qu'elle l'anéantisse. Si le visage de la femme, comme se plaisent à l'affirmer ces mâles sourcilleux, était un tabou, Dieu aurait créé la femme sans visage ! Il faut bien convenir que cette précaution « divine » qu'est le hideux niqab, censée préserver la vertu de la femme, s'avère être tout à fait inefficace. Ni le niqab, ni la ceinture de chasteté, ni les murs du foyer, ni la vigilance du mahram (nécessairement mâle) ne sauraient empêcher la débauche. Pour s'en rendre compte, il suffit de se rapporter aux écrits historiques et littéraires.
Aux forcenés qui encouragent des jeunes filles, sous couvert de jihad, d'aller se prostituer sur des fronts de fortune, il faudrait leur demander, pour donner l'exemple, d'enrôler leurs propres filles et sœurs. A ce propos, il ne serait pas inutile de leur demander pour quelle raison la femme ne pourrait pas, si elle le désirait, prendre part aux combats, comme le font d'autres femmes sous d'autres cieux, et nous préciser partant au nom de quelle absurde logique leur participation à la guerre sainte (qui n'est en fait qu'une guerre civile fomentée par des considérations politiques très complexes et par l'argent sale de certains Etats fantoches du Golfe) devrait se limiter à la fornication !
Aux objecteurs de conscience autoproclamés qui s'emploient à persécuter les femmes pour les contraindre à se plier à leurs vues, il serait bon de leur rappeler qu'ils n'ont pas le droit, sous n'importe quel prétexte, de disposer du corps d'autrui. S'ils sont à ce point gênés par le corps féminin, qu'ils portent eux-mêmes le niqab ou qu'ils évitent de sortir de chez eux pour ménager leurs instincts impulsifs ! Mais il existe une meilleure solution qui a, en plus, l'avantage d'être efficace : ils devraient se faire soigner pour se débarrasser définitivement de la conviction absurde qu'ils sont des bêtes sexuels qu'un rien suffit à exciter !
Si j'étais une femme, je n'adhèrerais jamais à un parti religieux dont l'objectif primordial est de me réduire à l'esclavage, de m'humilier et de me déshumaniser. Ceci dit, même en ma qualité d'homme, je n'adhèrerai jamais à un parti qui s'autoproclame le porte-parole de Dieu (le problème, c'est qu'ils sont plusieurs à le faire), dont l'objectif avoué est de me maintenir dans la condition d'un éternel mineur. En dehors des gourous et des cercles de leurs acolytes et de leurs courtisans, personne ne mérite le statut d'homme. C'est là, me semble-t-il, une raison suffisante pour que les hommes soucieux de leur bien-être matériel, intellectuel et moral, se méfient de toute formation politique qui ne se gêne pas de voler un bien symbolique collectif pour en faire une arme dont elle se sert pour ruiner l'édifice social dans sa totalité.
Il n'est pas étonnant que les voleurs de l'Islam aient autorisé la pègre de voler le bien symbolique du peuple tunisien, qui n'est autre que la révolution. C'est parce que des hommes ne se sont pas gênés de faire main basse sur la religion du peuple que d'autres hommes, sans scrupules comme les précédents, ne se sont pas gênés, eux, de confisquer la révolution de ce peuple pour la détourner aux profit des premiers ! Il n'est pas étonnant alors que les voleurs de l'Islam soutiennent les voleurs de la révolution !


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