Le cabinet MKC a organisé le 18 octobre 2004 à Paris un séminaire sur la traçabilité dans la filière agroalimentaire. Ce séminaire a été l'occasion de présenter les nouvelles contraintes réglementaires européennes et d'exposer les disciplines du «Supply Chain Management» rendus nécessaires pour relever les défis qui se poseront bientôt aux exportateurs tunisiens. Les intervenant ont ainsi pu relever les besoins en traçabilité des industries agro alimentaires, qui ont évolué ces dernières années pour trois raisons essentielles : 1- L'augmentation de la pression des acteurs en aval des industriels, et notamment la grande distribution; 2- L'augmentation des risques économiques liés à un système de traçabilité défaillant; 3- Une vigilance croissante des pouvoirs et des opinions publics qui ne veulent plus assumer les risques sanitaires, ce qui se traduit par des obligations et des exigences réglementaires de plus en plus croissantes. Ainsi, il y a lieu, pour les différents acteurs et les industriels, de se préoccuper de leurs produits et d'appréhender la question de la traçabilité avec les méthodes et les outils appropriés. La traçabilité dans la chaîne agroalimentaire : le cadre légal La traçabilité n'est pas un phénomène nouveau. Néanmoins, avec le règlement CE n°178/2002, l'application et la mise en uvre des systèmes de traçabilité dans les industries agroalimentaires ne relèvent plus d'une démarche volontaire. Sa mise en oeuvre change d'optique et devient ainsi une contrainte réglementaire. Dans les états membres de l'Union européenne, la réglementation en matière de traçabilité fait référence à une base commune : le règlement CE 178/2002. Ainsi, les exportateurs tunisiens vers l'Europe seront soumis à ce règlement qui entrera en vigueur à partir du 1er janvier 2005. En particulier, l'article 18 du règlement qui rend obligatoire la mise en place d'un système de traçabilité à toutes les étapes de la production, la transformation et la distribution. L'objectif principal du règlement est de faciliter la gestion des retraits et des rappels des denrées alimentaires en cas de besoin. L'article 18 du règlement exige que les industriels soient «en mesure d'identifier toute personne leur ayant fourni une denrée alimentaire susceptible d'être incorporée dans des denrées alimentaires» et «les entreprises auxquelles leurs produits ont été fournis».
Le règlement CE 178/2002 définit la traçabilité comme étant « la capacité de retracer, à travers toutes les étapes de la production, de la transformation et de la distribution, le cheminement d'une denrée alimentaire, d'un aliment pour animaux, d'un animal producteur de denrées alimentaires ou d'une substance destinée à être incorporée ou susceptible d'être incorporée dans une denrée alimentaire ou un aliment pour animaux ». Le règlement pose des obligations de résultats mais n'indique pas les moyens pour y parvenir. La traçabilité : état de lieu et vision des opérateurs tunisiens A part le fait qu'elle soit une exigence réglementaire, la traçabilité est devenue un puissant argument marketing et commercial; elle permet aussi de renforcer le sentiment de transparence et de proximité que ressent le consommateur. Ce besoin prend une importance croissante, catalysé par les crises sanitaires (vache folle, dioxines, ), amplifié par les médias et relayé par les distributeurs. De même, les besoins en traçabilité sont le résultas de pressions économiques. La grande distribution s'intéresse de près à la traçabilité pour les raisons suivantes : - Elle est sujette aux mêmes pressions du marché que les industriels; - Elle refuse de prendre le risque que son enseigne soit associé à l'image désastreuse d'une crise alimentaire; - Le règlement CE 178/2002 attribue aux distributeurs la responsabilité civile et pénale de la traçabilité des marques distributeurs. La pression des distributeurs se traduit par de nombreux audits fournisseurs Enfin, les risques économiques liés à un défaut de traçabilité peuvent être fatals pour l'entreprise et pour la filière. Les coûts économiques reliés à de tels problèmes sont énormes, en particulier le coût de la gestion des retraits/rappels des produits, la diminution du chiffre d'affaires et des profits, les coûts marketing et de communication qui y sont liés, Les exigences relatives à la traçabilité et à la sécurité des denrées alimentaires sont devenues de plus en plus croissantes et intimement liées. Pour les fabricants comme pour les distributeurs, les défaillances de la «supply chaîn» demeurent une des principales causes d'inefficacité, et par conséquent un gisement de progrès important. Pour associer un flux d'informations à un flux de produits, le système de traçabilité nécessite de la méthode et de la technologie (les outils) en même temps. Les opérateurs marocains se préparent depuis 2002 pour se conformer à ces nouvelles exigences, et plus de 50% d'entre eux seront prêts à l'échéance du 1er janvier 2005. Par contre, une majorité d'exportateurs tunisiens, n'ont pas pris en compte cette «menace» dans leur stratégie de développement à l'export, et se trouveront confronter à une barrière à l'entrée des marchés européens. Solutions pour répondre aux besoins des entreprises : Prévention, information, traçabilité, responsabilité Une première réponse à la question vient d'abord par la formation et l'accompagnement des différents opérateurs dans les différentes filières agroalimentaires. Dans des univers éclatés de production par exemple, l'intégration de l'amont peut être une démarche nécessaire par l'industriel pour assurer un flux d'informations fiables et un système d'assurance fournisseur/producteur. Ce système est de nature à prévenir un certain nombre de risques au niveau de la production primaire avant qu'ils ne soient véhiculés dans les usines de transformation. A ce titre, la formation, l'information et la sensibilisation de tous les intervenants sur les enjeux réels de la traçabilité de la filière sont les bases de toute solution globale et durable. De même, les responsabilités doivent se clarifier ainsi que les interfaces. La mise en uvre d'un système de traçabilité nécessite une méthode et des outils. Les trois piliers du système de traçabilité sont : a- Le système de suivi des flux de matières qui permet de gérer les informations à tracer (les matières à tracer, les caractéristiques à tracer et L'enregistrement de l'information dans les points de flux identifiés) ; b- Le système d'identification doit permettre d'identifier de manière unique chaque lot, par le moyen d'outils et de technologies appropriés ; c- Le système d'enregistrement des données qui permet de conserver et de traiter les informations du système de traçabilité. Les solutions intégrant les systèmes de gestion type ERP peuvent être adaptées pour des entreprises développées pour répondre aussi à des besoins spécifiques. Une telle solution permet : - D'intégrer le flux d'informations tout au long de la chaîne logistique ; - Les normes de traçabilité deviennent communes à tous les acteurs dans l'entreprise ; - L'entreprise devient capable d'enregistrer, de stocker et de traiter un nombre important de données. Les solutions doivent être dédiées selon la nature de l'entreprise et de ses processus.