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Tunisie-Grande Bretagne: Les investissements britanniques en Tunisie, Too much?
Publié dans WMC actualités le 25 - 05 - 2010

Rendez-vous fort, avec M. Chris O'Connor, ambassadeur de Grande-Bretagne lors d'un petit déjeuner de presse mardi 18 mai 2010. Cette rencontre qui devait se tenir une semaine plus tôt avait été décalée, à la demande de l'ambassadeur, le temps que se mette en place le nouveau gouvernement anglais. Inutile de préciser que l'actualité politique britannique était au centre des échanges et ce à plus d'un titre.
En effet c'est la première fois, depuis 1931, qu'une coalition arrive au 10, Downing Street. Et c'est également la première fois qu'une femme musulmane fait son entrée dans le gouvernement de Sa Majesté. Le tandem David Cameron, patron des Tories (conservateurs) et son co-équipier Nick Clegg, chef des Lib'dem', formation d'émancipation récente, a tôt fait de réaffirmer son atlantisme donnant un coup de fraîcheur à leur alliance avec l'Amérique. Et, première dans l'histoire anglaise, le pays, à l'instar des Etats-Unis, va se doter d'un Conseil national de sécurité.
La politique étrangère de la Grande-Bretagne change de physionomie et la nouvelle coalition entend, peut-être, rompre avec les mœurs travaillistes non pas seulement en matière budgétaire mais également dans les affaires stratégiques. La communication gouvernementale a été intense mais également offensive. Pour couper court à toutes les rumeurs sur la pérennité de cet attelage, quelque peu inédit, le gouvernement a fait savoir qu'il n'avait pas l'intention de revenir aux urnes avant cinq ans, soit le terme de la législature.
La pérennité de la coalition en question
Les observateurs britanniques ne donnent pas cher de la stabilité de la nouvelle coalition au pouvoir, faute, disent-ils, de culture politique en la matière. De tradition, la Chambre des députés a surtout connu des situations d'alternance alors la coalition est regardée avec un fort taux de risque d'éclatement. C'est peut-être ce qui a poussé le nouveau locataire du 10 Downing Street à communiquer vite et fort sur le programme du gouvernement. Mais, renchérissent les observateurs, c'est une affaire de marketing car les deux formations qui composent la coalition ont des sujets qui les unissent et d'autres qui les divisent. Ainsi en est-il de la question européenne. Il est de notoriété publique que les conservateurs sont les plus eurosceptiques de l'échiquier politique anglais. A l'opposé, les lib'dem' sont moins réticents sur une intégration avancée avec le continent. Alors les spéculations vont bon train sur l'éventuelle défection des franges extrêmes des deux formations quand il s'agira de voter sur des questions sensibles, et l'attelage politique actuel pourrait se retrouver privé d'une majorité. L'affaire est plausible mais le pire n'est jamais sûr. Il y a tout lieu de penser que cet aspect, pour avoir agité la question après avoir alimenté les commentaires de presse, a davantage cimenté la coalition qui fait montre à l'heure actuelle d'une cohésion totale.
L'alliance atlantique : De nouvelles lignes de démarcation ?
William Haig, actuel ministre au Foreign Office, occupait cette fonction dans le Shadow Cabinet pendant le mandat travailliste. Et c'est lui qui veille à l'agenda diplomatique du nouveau gouvernement. Dès les premiers jours, il s'est envolé pour les Etats-Unis pour réaffirmer haut et fort l'alliance avec les Etats-Unis, mais sans dissolution identitaire, ajoutait-il. Et dans la foulée, le ministre d'annoncer la création d'un Conseil National de Sécurité anglais. Cette structure, présidée par le ministre des Affaires étrangères comprendra le département de la défense et celui de la coopération. Par conséquent, le nouveau gouvernement transposera un dispositif américain et tout donc porte à croire qu'il aura des perspectives diplomatiques dictées, à l'instar des Etats-Unis, par ses intérêts stratégiques. Alors, signe de crispation ou de détente ? Nobody knows ! Quand on a fait remarquer à l'ambassadeur que le peuple anglais demeure un peuple guerrier, il esquive l'observation par un sourire diplomatique.
Les Anglais ne seront pas dans l'euro pour les cinq années à venir
La position anglaise de la question européenne est sans surprise. Pour l'instant, la Grande-Bretagne juge que l'intégration a beaucoup progressé avec le traité de Lisbonne et ne souhaiterait pas abdiquer davantage la souveraineté de l'Angleterre en faveur de l'Union. Le nouveau gouvernement annonce, par ailleurs, que l'Angleterre dans les cinq prochaines années ne sera pas dans l'euro. Il estime qu'il a fort à faire pour remonter le déficit légué par les travaillistes. Déficit, au demeurant, occasionné par la crise et qui n'a pas causé de grands ravages en matière de chômage. La situation économique n'est pas désastreuse car la livre tient bien son rang et par-dessus tout la City garde la main et reste en pole position mondiale.
La touche british
L'actuel gouvernement a plus d'une corde à son arc. C'est en effet le premier gouvernement qui compte une ministre musulmane dans ses rangs. La chose n'a plus de quoi surprendre dans un pays comme la France, par exemple. Mais Outre manche, c'est une initiative qui est déroutante et surtout inattendue. Ce qui est déconcertant c'est l'impossibilité de décrypter l'évènement. S'agit-il d'une main tendue à l'adresse du monde musulman ou simplement un souci, par trop national, à l'adresse de la communauté anglaise musulmane ?
Quelles perspectives diplomatiques demain
En annonçant ses priorités diplomatiques, avec résolution, le gouvernement britannique avait mis en avant le dossier afghan. Sa priorité est de contribuer à «pacifier» le pays et non pas d'envisager un retrait. Quid du Moyen-Orient ? On voit que le nouveau gouvernement ne place pas l'affaire irakienne comme priorité pour le moment, pas plus que la question du nucléaire iranien ne semble le préoccuper considérablement.
Et pour la paix israélo-palestinienne ? Les Anglais favorisent une solution d'initiative américaine. Quel rôle pour l'UE dans cette question ? Celui de médiateur, essentiellement. Les Anglais considèrent qu'au Proche-Orient, l'UE doit rester le principal partenaire commercial d'Israël et le premier bailleur de fonds des Palestiniens mais que la solution doit émaner des Etats-Unis. Il reviendra à l'UE d'expliquer et de convaincre les deux parties de l'intérêt de faire la paix. Il s'agit de parler plus de la solution que du processus pour enjamber tous les obstacles du moment qui pourraient retarder une solution définitive, a ajouté l'ambassadeur.
Alors, quand le gouvernement britannique annonce sa volonté d'affirmer son individualité dans son alliance avec les Etats-Unis, on ne voit pas bien comment il pourrait y parvenir. La création du Conseil national de sécurité, la rélégation des problèmes du Proche-Orient à un rôle secondaire, abondent plus dans l'alignement que dans l'affirmation de soi.
Les investissements britanniques en Tunisie : Too much ?
L'ambassadeur prend avec humour les remarques des journalistes de voir en British Gas l'arbre qui voile la forêt et de déplorer que les investissements anglais ne soient pas aussi abondants qu'on le souhaite. Et l'ambassadeur de remarque que dans le secteur de l'énergie les choses ont beaucoup avancé. Petrofac est pompe du pétrole dans les îles Kerkennah et «International Power» est sur la liste des soumissionnaires à la nouvelle centrale électrique de Bizerte. Ajouter que «Clarke Energy» fait une percée retentissante en matière de cogénération et dans toutes les niches de l'efficacité énergétique.
Un partenariat de haut niveau en finances
L'ambassadeur est satisfait de l'état d'avancement de la coopération financière entre les deux pays. Notre Conseil du Marché Financier (CMF) et la Bourse de Londres entreprennent de former des spécialistes de finance sur le marché anglais qui est une place planétaire avec une technologie IT et des techniques financières de top niveau. Ce partenariat s'inscrit dans la contribution que l'Angleterre apporte à la Tunisie dans la perspective de Tunis «Place financière régionale» avec le «Finance Gulf Harbour».
L'an dernier, les autorités financières londoniennes avait envoyé Philippe Gauthier, expert de renom, pour prospecter les opportunités de coopération, et ce programme de training est parmi les propositions qui ont pu être concrétisées. Les choses se précisent également pour le redémarrage de la Chambre de commerce et d'industrie mixte tuniso-britannique. Il semblerait que l'équipe du bureau directeur soit déjà formée. L'ambassadeur référant à sa réserve a toutefois précisé que cette opération doit rester une initiative qui doit émaner du secteur privé et ne veut pas y participer directement. Il a toutefois pris l'engagement toute l'aide possible pour lui permettre de démarrer et de fonctionner dans d'excellentes conditions.


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