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La transe collective
Publié dans Business News le 04 - 02 - 2022

Depuis longtemps je suis perturbé, angoissé et abasourdi par ce qui se passe en Tunisie. Je ne comprenais plus rien de ce qui se passait et ce qui se déroulait devant moi… et pourquoi cela se passait-il ainsi ? Les choses ne semblent répondre à aucune logique. La raison semble ne plus gouverner la Tunisie !
Enfin j'ai réalisé que notre pays était « en transe ». Le pays s'est engagé depuis longtemps dans une « transe collective » … une danse folle incontrôlée, qui n'obéit à aucune logique autre que celle des fantasmes, des émotions, des impulsions et des pulsations « primaires ». Il en résulte une déconnexion totale et généralisée de la réalité. Par pays en transe j'entends l'ensemble de ses citoyens, ses organisations politiques, sociales et citoyennes, ses divers groupes d'individus, ses dirigeants politiques, ses leaders d'opinion, ses médias, et même ses intellectuels : toutes catégories sociales, tous âges, toutes tendances politiques, tous niveaux d'éducation, toutes professions. Les exceptions sont rares, leur voix se perd dans la masse, et devient inaudible !
Les sondages d'opinion m'ont toujours interpellé. Comment se fait-il qu'une grande majorité des Tunisiens pense que les choses vont mal et même très mal … et en même temps cette majorité est optimiste pour l'avenir du pays. Une très grande majorité de Tunisiens pense que le pays va mal… mais elle plébiscite en même temps un chef politique régnant sur cette mauvaise situation. Comment des citoyens aussi nombreux peuvent-ils plébisciter aussi fortement un tel chef politique dont ils ne connaissent presque rien, ni son histoire, ni son programme, ni ses intentions, ni ses compétences en se fiant juste à quelques bribes de déclarations et d'intentions et à une certaine réputation de « propreté » ?
Les risques d'une catastrophe économique et sociale étaient devant nous, visibles depuis des années … mais nous avons choisi de les ignorer … et de prétendre qu'il s'agit d'exagérations de certains esprits malsains … Nous regardons l'abîme devant nous … mais nous continuons à espérer et même croire que tout ira bien !
En fait, les Tunisiens se sont accrochés, sont devenus « accros », à la recherche des « miracles » … un « homme politique ou une femme politique miracle ou providentiel » qui sort le pays de ses crises et de ses contradictions … « une solution miracle » qui résout ses problèmes … « un régime politique miracle » qui produit une gestion « idéale » des affaires publiques et répond parfaitement à ce « que veut le peuple » … « une institution miracle » qui rétablit la stabilité … « un pays ami miracle » qui nous sauve de la débâcle … une « manne du ciel miracle » quelconque qui nous sauve du désastre annoncé … Nous cherchons les « solutions inédites » et les « innovations historiques » !
Nous voulons aussi la « chose » et son « contraire » !
Nous voulons un Etat qui nous délivre tout…sécurité, ordre, travail, santé, éducation, transport de haute qualité … mais nous détestons l'Etat et les contraintes qu'il nous impose …
Nous voulons le service public … mais pas l'impôt …
Nous voulons la démocratie … mais pas les partis politiques …
Nous adorons avoir « un chef fort » … mais nous détestons le respect de la loi et ignorons le sens du devoir…
Nous adorons notre pays, et nous sommes emballés par un match de football gagné, ou désespérés par un match perdu … nous sommes d'une fierté sans limites pour un Tunisien qui s'illustre au niveau mondial …mais nous occupons sans scrupules l'espace public … nous manquons de respect à notre concitoyen, nous jetons la poubelle dans la rue ou devant la maison de notre voisin, nous sapons le travail de notre collègue de bureau, ou nous ne laissons pas la priorité à une personne âgée dans une file d'attente …
Nous voulons la liberté et le marché … mais aussi nous voulons que tout soit garanti par l'Etat, les prix bas, la disponibilité des biens et des services de qualité…
Nous voulons avoir un emploi, c'est-à-dire un salaire, qui est un droit … mais point d'obligation de travail ou de rendement …
Nous voulons un excellent service public … mais pas la discipline de travail et encore moins les sanctions pour les défaillants …
Nous voulons des dépenses publiques pour satisfaire des « besoins sociaux » … mais nous ne voulons pas travailler davantage, pas de fiscalité bien sûr, et pas d'endettement …
Nous voulons tout « réformer » … mais nous ne voulons abandonner aucun « acquis », ne rien changer à ce qui nous concerne personnellement ….
Nous pensons que ce qu'ont fait et construit nos prédécesseurs est erroné dans son ensemble … qu'il doit être détruit et remplacé … mais nous n'avons aucune idée de comment et par quoi … Nous le faisons parfois de bonne foi … mais souvent de mauvaise foi et avec malveillance … Nous nous engageons dans un processus de destruction massive de nos institutions, de notre Etat, de nos compétences, de notre capital social, de notre consensus social ...
Nous sommes empêtrés dans des contradictions interminables et insolubles … dans une schizophrénie avancée … aucun système politique ne pourra nous permettre à lui seul de nous en sortir…
Alors la transe collective finit par produire les « vendeurs de chimères » ou « vendeurs de mirages » qui proposent des « solutions miracles ». Chacun a sa solution … chacun a son remède … La transe devient totale … et la confusion générale …
Celui qui promet de « nettoyer et d'assainir tout » et nous redonner un « pays propre et neuf » …
Celui qui promet un « système politique » flambant neuf du 21ème siècle qui résout les problèmes de l'humanité… et donne le « pouvoir au peuple » … en finit avec les intermédiaires et les « spéculateurs de la politique » …
Celui qui promet de nous « donner un système démocratique », le « meilleur du monde » qui pourra nous guérir de tous nos maux …
Celui qui qui promet un « système social » qui répond aux besoins des vulnérables et des déshérités … sans sacrifices et sans douleur …
Celui qui promet « un modèle de développement » tout neuf qui résout à la perfection les problèmes de productivité et de répartition des richesses …
Celui qui promet que la solution est facile et consiste à « compter sur nous-mêmes », de réaliser notre « auto-suffisance », de se « déconnecter » du reste du monde ….
Celui qui avance avec grande conviction qu'il suffit de « terminer avec le secteur informel en le rendant formel », qu'il suffit d'en « finir avec les spéculateurs et trafiquants » de tous genres qui affament le peuple, pour que les problèmes de la Tunisie soient résolus comme par une baguette magique …
Celui qui estime qu'il suffit de « changer la monnaie » nationale, pour en finir avec les trafiquants et le secteur informel…

Chacun pense avoir « découvert » la solution, et qu'il n'y qu'à appliquer sa recette magique…souvent ignorant « qu'une telle solution » a fait l'objet d'expériences, d'analyses et d'évaluations depuis des décennies, voir des siècles. Que la plupart de ces solutions ont fait et parfois continuent de faire l'objet de controverses, et que souvent elles n'ont jamais rien résolu, sinon qu'elles ont aggravé les problèmes !
Dans tout cela, point de « contraintes » ni budgétaires ni économiques, point de choix individuels ou collectifs complexes à faire, ni d'arbitrages à considérer ; point de travail ni de sacrifices, point d'intérêts divergents ni de conflits possibles entre groupes et acteurs économiques et sociaux ; point de possibilités d'erreurs ni de mécanismes de correction ; point de problèmes difficiles qui nécessitent compétences et mûre réflexion, point de place pour la raison, pour la rigueur et pour la maitrise des « émotions » et des « impulsions » des uns et des autres …
Bien sûr que nous avons besoin de « démocratie », de « lutte contre la corruption », de « bonne gouvernance », d'intégrité de nos dirigeants, de « lutte contre l'informel » et d'encouragement du formel, et d'améliorer les circuits de distribution. Bien sûr que nous avons besoin de réformer nos institutions politiques, nous avons besoin d'un Etat social, et de réduire les inégalités … En fait nous avons besoin d'agir dans tous les domaines. Mais aucun aspect unique et à lui seul ne peut être « la solution ». Le pays a besoin d'un travail gigantesque de redressement dans tous les domaines, mais ce dont il a besoin le plus c'est d'un retour à la normale et à la raison. Un retour au monde réel, à la logique de résolution des problèmes par le travail, à la pensée rationnelle, à l'utilisation des compétences plutôt que le charlatanisme, loin des surenchères, des slogans creux et des pseudo-solutions qui paraissent « rapides » et « miraculeuses », mais qui ne sont souvent que des chimères.
En masquant les difficultés, les contraintes, les choix, les arbitrages ; en marginalisant la rationalité, la rigueur et la compétence, on finit par voir se développer la haine et l'invective, la division et la stigmatisation comme seuls mécanismes d'interaction sociale … c'est ce qui semble être devenu l'activité sociale la plus florissante en ces temps difficiles. On confond les faits et les fantasmes …. On ne distingue plus la vérité et le mensonge … l'intox devient la norme … devient alors ennemi celui qui a une idée ou une position différente… La diabolisation des uns par les autres se généralise … avec la division entre les « bons » et les « mauvais » … entre les « honnêtes » et les « corrompus » … entre les « traîtres » et les « loyaux » … entre les « patriotes » et les « vendus » … Il ne reste plus alors qu'un pas à franchir vers les conflits, vers la violence, vers les règlements de compte, vers le désordre et la décomposition de la société et de l'Etat.
La transe peut perdurer, avec des conséquences qui risquent d'être lourdes et implacables ! Les crises d'ordre politique, économique et social continueront de s'accumuler. Les institutions de l'Etat continueront à se délabrer. Les voies de sortie deviendront de plus en plus difficiles à trouver. Les pertes ne se compteront plus en années mais en décennies. La souffrance sera grande.
Mais parfois aussi la transe, une fois qu'on en sort, est libératoire, permet de se sentir mieux et de retrouver la santé et le bon sens ! Mais c'est rare et très incertain ! Ce serait un vrai miracle !


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