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Un pouvoir qui ne respecte pas sa propre constitution
Publié dans Business News le 13 - 05 - 2024

La semaine a été bien mouvementée avec un extraordinaire lot d'arrestations totalement injustes juridiquement et injustifiées politiquement.
Elle a commencé lundi 6 mai avec un discours fourvoyant et violent du président de la République dans lequel il a accusé les dirigeants d'associations d'être des traîtres et des mercenaires. En ligne de mire, ces associations qui aident les migrants. Concomitamment avec le discours, une campagne d'arrestations a ciblé des président(e)s d'associations à qui on reproche, pêle-mêle, du blanchiment d'argent et des associations de malfaiteurs. Arrestations bien applaudies par un pan de la population, pas du tout honteuse de son racisme.
Dans ce même discours, Kaïs Saïed a épinglé ceux qui se présentent pour l'élection présidentielle (théoriquement en octobre, mais la date n'a pas encore été fixée) après avoir boycotté les législatives et les régionales. Naturellement, ses partisans se sont lancés dans leurs invectives habituelles à l'encontre des dirigeants politiques cupides qui ne cherchent que leurs propres intérêts. Invectives qui font l'impasse sur le parcours de leur propre chef qui n'a jamais été intéressé, durant toute sa carrière, par une élection autre que la présidentielle.

Alors qu'on parlait encore de migrants et d'élections, une information est venue faire diversion, celle de la convocation devant la justice du ténor du barreau et vedette des plateaux médiatiques politiques, Sonia Dahmani. On lui reproche d'avoir dit, sur antenne, que la Tunisie n'est pas belle ! Exclamation, décontextualisée, que répètent à l'envi tous les jours, 100% des émigrés (réguliers et irréguliers), 100% des sans-emplois et plein de poètes et chanteurs. Sauf que ce n'est pas la même chose. Quand l'exclamation provient d'une avocate connue pour ses critiques acerbes à l'encontre du régime putschiste, elle prend une autre tournure et justifie des poursuites judiciaires.
La dame fait demander au juge un report d'audience et se réfugie à la Maison de l'avocat, connue pour être une citadelle. Pas aux yeux du régime qui envoie ses policiers, en masse cagoulés et en tenue civile, arrêter la célèbre avocate et chroniqueuse au détriment de la jurisprudence et de la bienséance. Rien ne justifie la violence observée à la Maison de l'avocat, ce samedi soir, vu qu'elle n'abritait aucun criminel ou sniper. Il n'y avait que de pacifistes militants, avocats et journalistes.

En parallèle de la mésaventure de Me Dahmani, une autre information est venue nous faire oublier les élections et la guerre nauséabonde menée contre les migrants et les associations qui leur viennent en aide. Celle du drapeau tunisien caché par un bout du tissu lors d'une manifestation olympique de natation à la piscine de Radès. Si le drapeau a été caché, c'est à cause de sanctions décidées par l'Agence mondiale antidopage, parce que la Tunisie n'a pas mis ses lois en conformité avec la réglementation internationale. Qui est à l'origine de cette non-conformité, elle-même à l'origine des sanctions, elles-mêmes à l'origine du drapeau caché par un bout du tissu ? Le ministre, le président de la République, les députés ? On n'en sait rien, personne n'a parlé des vrais coupables de cette honte nationale, on n'a parlé que du drapeau caché. Personne ne s'est interrogé ce qui se serait passé si l'on n'a pas caché le drapeau et qu'on aurait pris le risque de le voir banni lors des JO de Paris cet été. Peu importent les raisons, peu importent les vrais coupables, le président de la République n'avait d'attention que pour le drapeau caché. « Ceux qui ont pris cette décision doivent être sanctionnés », crie-t-il toutes colères dehors, devant ses ministres à la Kasbah et devant son gouverneur à Radès. Les décisions tombent dans l'immédiat, le bureau (élu) de la Fédération nationale de natation est dissout (ce qui ne serait pas légal), on limoge des responsables, on met en prison le président (élu) de la Fédération et on ménage les vrais coupables, à commencer par le ministre.

Parenthèse en passant, quand le président de la République s'est déplacé à la piscine olympique de Radès, les photos de la présidence l'ont montré en train de verser des larmes.
Techniquement parlant, les larmes reflètent de l'émotion. Politiquement parlant, quand ces larmes interviennent en période électorale, on peut les considérer comme faisant partie d'une stratégie émotionnelle délibérée visant à susciter de l'empathie et à gagner le soutien de la population.

Samedi soir, alors qu'on n'était pas encore remis de l'arrestation de Sonia Dahmani et de l'affaire du drapeau, voilà qu'on apprend l'arrestation de deux très célèbres journalistes, Mourad Zeghidi et Borhen Bssais. Les agents de la brigade criminelle les interrogent pour des faits remontant à 2019 et 2020 et exclusivement liés à l'exercice de leurs fonctions journalistiques. Ceci est strictement interdit par le décret-loi 115, jeté aux oubliettes, par le régime putschiste, depuis octobre 2022.
MM. Zeghidi et Bssais sont connus pour être des journalistes consensuels qui arrondissent les angles et tiennent le bâton par le milieu. Ils ne font pas d'analyses sèches et radicales comme Zyed Krichen, Kaouther Zantour, Hassen Ayadi, Sofiène Ben Hamida ou moi-même et ils ne sont pas clivants et conflictuels comme Haythem El Mekki, Sofiène Ben Farhat, Mohamed Boughalleb ou Zied El Héni. Ils sont très souvent dans le consensus et ont toujours donné la parole aux partisans de Kaïs Saïed, y compris les plus exécrables d'entre eux.
En tout état de cause, ils sont professionnels, parmi les meilleurs, et on ne leur connait pas d'ennemis dans la corporation. Leur arrestation n'a pas choqué les journalistes seulement, elle a également choqué une partie du public, y compris chez les partisans de Kaïs Saïed.
Pour différentes raisons, liées notamment à son parcours médiatique et politique chaotique, l'arrestation de Borhen Bssais a provoqué de la joie mauvaise chez beaucoup de gens.
En revanche, celle de Mourad Zeghidi a provoqué de la colère. Fils, petit-fils et neveu de grands militants, Mourad a préservé, par son professionnalisme, l'honneur et la réputation de sa famille. Toujours souriant, jamais clivant, il cherche toujours à comprendre l'autre et ses motivations. Il « instruit » à charge et à décharge, il décortique, il analyse et donne son avis avec beaucoup de subtilité. Une subtilité qui manque à beaucoup d'entre nous, soit dit en passant.
Loin de la corporation médiatique et des milieux politiques, l'arrestation de Mourad Zeghidi a provoqué chez le grand public des interrogations sur Kaïs Saïed et son appareil. Des yeux se sont ouverts et commencent à voir le régime putschiste dans sa vraie nature. Pour ce public néophyte et apolitique, l'arrestation de Mourad Zeghidi est forcément injuste, d'autant plus qu'il n'est pas interrogé pour des faits précis et récents. Cette colère et ces interrogations feront perdre à Kaïs Saïed beaucoup de voix lors de la présidentielle, si jamais elle est organisée. Il ne s'en doute pas encore, mais le pouvoir a commis une très grosse erreur avec l'arrestation de Mourad car ce dernier n'a que des amis et des sympathisants et ne traine aucune casserole.

Pour résumer cette semaine, des plus étouffantes depuis le putsch du 25 juillet 2021, on a un nombre d'arrestations a priori injustes et injustifiées, un président de la République qui verse des larmes et des policiers cagoulés et armés qui attaquent une citadelle remplie de personnes honorables et pacifiques.
Présentée ainsi, la semaine reflète un pouvoir tendu et sur les nerfs qui n'est même pas fichu de respecter sa propre constitution qui défend la justice et la liberté d'expression.
Un pouvoir sûr de son bon droit ne met pas de cagoules pour arrêter les gens. Exception faite pour les arrestations de terroristes ou de grands mafieux revanchards.
Un pouvoir sûr de lui ne craint pas les critiques, aussi acerbes soient-elles, et n'utilise pas la force de l'Etat contre les leaders d'opinion.
« Jamais, je ne me suis senti plus libre que lorsque j'ai été arrêté », a dit Zied El Héni quand il a été injustement arrêté. La phrase résume la situation.


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