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Lettre à un futur confrère
Publié dans Business News le 02 - 08 - 2024


Cher(e) futur(e) consœur ou confrère,
C'est au soir d'une vie professionnelle consacrée à enseigner et exercer cette noble profession qu'est la médecine que je me permets de partager avec toi quelques réflexions très personnelles. Je te présente mes excuses d'avance car je suis parfaitement conscient qu'écrire des messages aussi longs est d'un autre temps mais le sujet est tellement important et puis c'est les vacances alors je me dis que tu prendras le temps de tout lire.
Tout d'abord, permets-moi de t'adresser mes sincères félicitations suite à ta réussite au baccalauréat et à ton orientation vers les études de médecine.
Ton rêve d'enfant va devenir une réalité. Te voilà au début d'une nouvelle vie, que dis-je d'une nouvelle identité car plus tu avanceras dans ta formation, plus tu réaliseras qu'être médecin est une seconde identité. On est médecin tout le temps même en dehors du travail. Tu as choisi, selon moi, le plus noble des métiers : prendre soin des autres et tu espères devenir un bon médecin.
Qu'est-ce qui définit un bon médecin en 2024 ? Comment devenir cette figure essentielle de la santé ? Ce qui vient à l'esprit de tout un chacun, en premier lieu, ce sont les exigences académiques. Elles sont particulièrement élevées. La formation est à la fois longue et intensive. « La vie est courte, l'art est long, l'occasion fugitive, l'expérience trompeuse, le jugement difficile », disait Hippocrate. Mais l'étudiant que tu seras a appris, dès son jeune âge, à travailler dur et ta mention très bien au baccalauréat n'a certainement pas surpris tes proches. Apprendre et restituer ne te poseront pas de gros soucis et tu t'imagines qu'exercer le métier de médecin te garantira une carrière passionnante, voire gratifiante et parfois un statut social enviable. Très tôt, tu chercheras à le faire savoir en collant un caducée sur le pare-brise de ta voiture. Je suis même certain que tu réalises déjà que la satisfaction que tu auras dans ce métier ne découlera pas seulement de ta réussite aux examens ou du titre de docteur en médecine, mais de la capacité à exercer cette profession avec compétence et bienveillance.
Mais pour atteindre cet objectif, il faut être un bon médecin, et c'est tout un autre défi que tu découvriras au fur et à mesure de ta formation.
Mais alors, qu'est-ce qu'un bon médecin ? Laisse-moi d'abord te dire d'emblée que tu n'as pas le choix. L'exercice de la médecine t'impose certaines compétences, faute de quoi rapidement ta vie professionnelle se transformera en une succession de déceptions pour les patients, la société, et même pour le praticien lui-même. Mais rassure-toi, comme pour tout, devenir un bon médecin n'est pas inné, cela s'apprend, et du premier patient au dernier patient que tu verras, tu chercheras à apprendre. L'exercice de ce métier ne peut être qu'étonnement, découverte et compassion. Si un jour tu sens que tu es en train de perdre cette faculté d'étonnement, cette curiosité, cette empathie envers celui qui est devant toi, ce jour-là, tu devras t'arrêter pour reprendre ton souffle et retrouver les valeurs de l'enfant que tu étais et qui t'ont fait choisir ce métier.
Mais tu l'as compris, et si cette lettre ne devait se résumer qu'à un seul message, il serait de ne jamais oublier que l'exercice de la médecine ne doit pas se limiter à l'acquisition de compétences techniques, mais intégrer également le renforcement des qualités humaines que chacun d'entre vous a. Evidemment, la maîtrise des connaissances est un préalable à tout, mais il est dramatique de s'arrêter à cette étape.
L'empathie et le sens des responsabilités sont des fondements indispensables à l'exercice de la médecine. Sans ces qualités humaines, la médecine perd tout son sens. Malheureusement tout concoure actuellement à dévaloriser ses valeurs, mais j'ai confiance en toi, en la jeunesse qui a toujours représenté l'espoir.
Développer ces qualités chez les jeunes étudiants est souvent plus complexe que d'apprendre des matières réputées difficiles comme l'anatomie par exemple. Ces qualités existent chez toi et chez ceux qui, comme toi, entrent en médecine, mais toutes les études le démontrent, elles tendent à s'effacer au fil des années d'études. La raison est simple. Tu le réaliseras rapidement, les évaluations dont dépendra ta réussite aux examens reposeront essentiellement sur les performances académiques, et dans ton cursus de formation, peu d'efforts seront faits pour valoriser la réflexion et renforcer tes qualités humaines.
L'essentiel de l'apprentissage du métier s'effectue à l'hôpital, ce qui représente un défi considérable. Les occasions pour permettre les échanges intellectuels et cette réflexion sur la finalité des choses dépendront de la chance de rencontrer la bonne personne, et ce n'est plus acceptable. Peut-être un jour croiseras-tu des enseignants incarnant ces valeurs lors des stages hospitaliers, mais rien n'est sûr.
Tu le comprendras rapidement, nous avons en médecine des codes non écrits, il faudra faire avec, mais pas forcément les accepter. Le fait est que le curriculum caché ou non déclaré, cette formation par compagnonnage ou imbibition lors des stages, est essentiel, et ses retombées seront majeures chez toi, comme elles l'ont été chez tous tes aînés. Il te faut garder un œil critique, mais toujours loyal et respectueux pour que tu puisses forger ta personnalité, selon tes choix et tes convictions. Ce paradoxe de la formation exigeante réside dans le fait qu'elle ne se limite pas à la transmission de connaissances, mais façonne également le caractère et l'éthique des praticiens.
Sur une durée moyenne de sept ans, les étudiants accumulent des connaissances médicales et développent leurs compétences cliniques. Dans toutes les écoles de médecine, les étudiants sont souvent accablés par un rythme effréné. Ils naviguent entre enseignements théoriques et stages pratiques, sans avoir le temps nécessaire de s'investir dans des formations qui, à leurs yeux, semblent déconnectées de leurs objectifs immédiats : réussir aux examens.
Pourtant, la médecine n'est pas une science exacte, c'est un art, chaque patient est unique. À la fin de ta formation, l'accès à l'information médicale sera plus facile qu'aujourd'hui, l'intelligence artificielle établira des diagnostics plus précis que jamais, et les robots opéreront mieux que les humains. Quel sera ton rôle en 2050 face à un malade qui aura tout lu sur sa maladie avant de venir te voir ? Oh, rassure-toi, notre métier ne disparaîtra pas. Depuis la nuit des temps, les sociétés ont eu besoin de soignants, et justement, c'est ces valeurs que nous devons retrouver. Longtemps, le soignant était un Hakim, un sage de la cité, et non un simple technicien. C'est là le sens du soin que tu dois chercher à atteindre tout au long de ta formation. L'hyperspécialisation galopante a tué cette valence de l'art. Prendre le temps, savoir établir des relations de confiance avec les patients, leurs familles et les autres professionnels s'apprend. Ce défi majeur est essentiel pour façonner les futurs praticiens.
Un enseignant canadien aimait dire : « On n'apprend pas à nager sous la douche » et le meilleur conseil qu'on m'ait jamais donné c'est reste à l'hôpital autant de temps que tu peux, il y aura toujours quelque chose à faire. Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas sur les bancs de la faculté que l'on apprend véritablement le métier de médecin, mais lors des stages en milieu hospitalier, où les étudiants peuvent appliquer leurs connaissances dans des situations réelles et travailler en équipe. Tu le réaliseras rapidement, nos institutions hospitalières sont dans un piteux état. Les heures, les jours et les nuits que tu y passeras te marqueront à jamais. C'est parfois pénible, les conditions de travail sont dures, les conflits toujours dans l'air mais c'est une étape obligée. Ne cède jamais aux facilités et aux mauvaises habitudes que les anciens chercheront à t'imposer.
Les cas de dilemmes déontologiques abordés en cours ou les discussions éthiques à la faculté t'inciteront à réfléchir profondément sur ton rôle et tes responsabilités, mais la vraie vie est à l'hôpital. Je l'ai constaté tout au long de ma carrière, malheureusement souvent, les étudiants qui s'investissent beaucoup dans les stages réussissent moins bien les examens et les concours que les rats de bibliothèque.
Tu devras trouver cet équilibre seul. Le rôle des étudiants en médecine est essentiel dans les hôpitaux. Le système a du mal à le formaliser et il ne t'aidera pas à affronter les difficultés, c'est tout seul ou peut-être, comme c'est souvent le cas, avec une équipe d'ami(e)s et de collègues que tu trouveras ton équilibre et que tu mettras à profit tes stages. Mais fondamentalement, comme pour tant d'autres choses, tu devras résoudre seul cette équation à plusieurs inconnues.
La véritable noblesse de notre métier réside dans la relation avec le malade. « Il faut se fixer des buts avant de pouvoir les atteindre », disait le plus grand basketteur de tous les temps, Michael Jordan. Alors garde à l'esprit qu'un bon médecin, outre l'expertise technique, doit développer d'autres compétences comme la communication, le leadership, la recherche et la formation continue, la collaboration, et évidemment l'éthique et le professionnalisme et que l'acquisition de ces compétences ne peut se faire correctement qu'à l'hôpital, au contact des malades et des autres professionnels de la santé.
Cette alchimie entre le savoir, le savoir-faire et le savoir-être est ce qui transforme un étudiant en un médecin accompli.


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