A l'approche de l'année 2010, plusieurs indicateurs laissent à penser que les performances du secteur industriel seront à l'image de celles des deux dernières décennies. Premier secteur à être libéralisé, l'industrie tunisienne a connu une période faste en l'espace de 21 ans. Le bilan des différentes réalisations du secteur au cours de cette période montre une aptitude remarquable à s'adapter aux aléas d'une conjoncture fortement mondialisée. Au cur de cette période, l'année 2009 était un tournant. Le secteur a bel et bien amorti les affres de la crise économique et financière internationale. Les activités les plus touchées étaient essentiellement industrielles, notamment les Industries mécaniques et électriques (IME), ainsi que le textile et habillement. A partir de cette date, en effet, de nouveaux changements s'amorcent, annonciateurs d'évolutions qui franchiront le cap du choc économique et financier et continueront au-delà du 11ème plan (2007-2011). Ces changements concernent aussi bien le secteur industriel que le secteur énergétique. La fin des années 1980 était cauchemardesque pour l'économie tunisienne. Au point de frôler la faillite, en 1986, la Tunisie connaît sa première année de croissance négative depuis son indépendance. Elle croulait sous le poids de la dette extérieure et la désarticulation des secteurs économiques. Pour une économie trop dépendante des recettes pétrolières et pénalisée par son endettement extérieur, le quasi absence d'une base productive capable d'absorber le surplus de travailleurs et d'exporter une gamme de produits diversifiée et compétitive, était un signe alarmant qui a semé le doute sur le devenir du pays. Après le changement du 7 novembre 1987, l'industrie tunisienne à su forger un chemin de plus en plus sécurisé. Plusieurs mesures, qualifiées de révolutionnaires à cette époque, voire critiquées par un bon nombre d'observateurs, ont été prises pour mettre en place les bases d'une industrie solide et enviée, à l'échelle régionale et internationale. Le premier pilier de la stratégie de mise à niveau du secteur était la libération progressive du secteur à travers la privatisation de petites et moyennes entreprises. Les secteurs concernés sont surtout les matériaux de construction, les textiles, l'industrie agroalimentaire et la pêche, la mécanique et l'électrotechnique. Pour augmenter ses exportations et avoir un accès plus aisé aux marchés internationaux, la Tunisie a adhéré à l'Organisation mondiale du commerce en 1995. De plus, un accord d'association signé avec l'Union européenne le 17 juillet 1995 et entré en vigueur le 1er mars 1998 amorce dès 1996 le démantèlement progressif des barrières douanières jusqu'au 1er janvier 2008. Plusieurs questions ont été posées sur la pertinence de cette démarche, surtout pour un pays dont les ressources sont limitées. Le bilan des réalisations confirme sans aucun doute que cette stratégie a doté l'industrie tunisienne des outils à même de consolider sa compétitivité, d'augmenter ses exportations et d'améliorer sa productivité. Mieux encore, ces réformes économiques sont aujourd'hui montrées en exemple par les institutions financières internationales. Les réalisations au cours de ces deux dernières décennies viennent donc contredire les prédictions pessimistes sur l'aptitude de la Tunisie à relever le défi de mise à niveau de son tissu industriel. Les chiffres sont témoins de la rationalité et du pragmatisme de l'approche tunisienne. En 22 ans, les exportations tunisiennes sont passées de 1,3 MDT, en 1987, à 18,7MDT, en 2008. La stratégie de mise à niveau de l'industrie tunisienne a porté ses fruits puisque tous les indicateurs clefs du secteur sont au vert. Ainsi le textile et l'habillement a vu ses exportations réaliser un saut considérable. Elles ont atteint 5,2 MDT en 2008, contre 0,6 MDT en 1987. Pareillement, la Tunisie a fait mieux de miser sur les industries mécaniques et électroniques (IME), une filière insignifiante en 1987. Ses exportations ont fait un boom pour passer à 6,2 MDT en 2008. Les exportations de l'industrie pharmaceutique, quant à elles, sont passées de 8 MDT en 1990 à 363 MDT en 2008. Elles ont contribué à la création de 5000 postes d'emploi, contre 450 seulement en 1987. Un autre indicateur irréfutable de la performance du secteur industriel est celui de l'augmentation remarquable des exportations des industries agroalimentaires. Elles sont passées de 0,2 MDT en 1987 à 1,85 MD en 2008. Un constat de taille s'impose : ces résultats n'auraient pu voir le jour sans les mesures d'incitation à l'investissement à l'instar de la suppression de l'agrément préalable et son remplacement, depuis 1995, par une simple déclaration. Le guichet unique, une autre mesure appréciable, a facilité également la création des entreprises. En 2008, la Tunisie compte 5747 entreprises, employant environ 500mille personnes, contre 1085 en 1987, employant 140 mille personnes. Les investissements réalisés ont été de 1,4 Milliard de dinars en 2008, contre 0,28 Milliards de dinars, en 1987. Le 1/3 des emplois créés dans le secteur industriel, environ 340 mille postes, a été réalisé après le Changement du 7 Novembre. A l'image du secteur industriel, le secteur énergétique a bénéficié d'une attention particulière de la part des autorités publiques. La question énergétique est placée dans le viseur des différentes stratégies et programmes mis en place. Déjà, la diversification des sources d'énergie renouvelables et l'adoption de nouveaux projets figurent parmi les priorités des responsables. Sous la double pression du tarissement des énergies fossiles et l'augmentation des contraintes environnementales, la Tunisie a déployé les ressources nécessaires en vue d'une valorisation des projets de la bioénergie renouvelable, des projets de l'énergie solaire photovoltaïque, l'énergie éolienne et nucléaire. Après une année 2008 difficile, le secteur industriel tunisien se ressaisit peu à peu en 2009, affichant une réactivité assez bonne. Avec l'étude prospective intitulée "Stratégie industrielle nationale à l'horizon 2016", la Tunisie ambitionne de renforcer son positionnement en tant que pôle régional d'excellence et de rayonnement économique et industriel. Il ne faut pas attendre la soif pour tirer l'eau du puits, telle est, en effet, la devise d'une Tunisie contemporaine. Une Tunisie de tous les défis. Crédit photo : Poulina, Carthago Ceramic, usine Sfax Walid Ahmed Ferchichi