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Les duettistes de l'alternance, séducteurs avec des mots malades
Publié dans Business News le 06 - 08 - 2012

La révolution continue de cheminer alternant soubresauts et moments d'accalmie ; elle ne cesse d'interpeller ! Si l'essentiel du mouvement insurrectionnel a surgi de l'intérieur et a été porté par des couches populaires en désespérance, soutenues ici et là par d'autres sympathies plus organisées. Reste que cette révolution-là, la séditieuse insurrectionnelle, décisive ne se trouvera pas véritablement de débouché politique : ni leaders, ni formes d'organisation.
Evanescente, elle se diluera dans un mouvement bien plus large, vite conquis par des opposants historiques, voire de nouveaux venus, représentatifs d'une géographie et d'une sociologie radicalement différentes, aguerris dans la défense des libertés et des droits de l'homme, mais coupés des luttes sociales. De fait, la révolution, dans son ensemble, prendra une toute autre tournure. Ce qui frappe, c'est que les embryons de formes d'intervention et d'organisation inédites jusque là, des forces des premiers jours (comités de quartier, épisodes de la Kasbah, haute instance pour la protection de la révolution, et ses succédanés régionaux), qui auraient fort bien pu déboucher sur des formes plus pérennes (assemblées citoyennes, forums locaux, comités de salut public) ; ces embryons vont disparaître, cédant la place à des organisations bien plus conventionnelles (quant au contenu et à la forme) qui vont se révéler progressivement déterminantes, puis dominantes au fil du temps.
Les élites dirigeantes, souvent issues des mêmes milieux, des mêmes écoles, des mêmes positions sociales, orienteront puis embarqueront tout le processus, cherchant dans « la transition institutionnelle », une issue pacifiée à cette révolution. Cette transition sera baptisée par les uns transition démocratique (dixit Y Ben Achour), transition vers la résurrection morale (dixit Ghannouchi). De fait un large consensus implicite, relayé, démultiplié, amplifié par les médias et prescripteurs d'opinion, finira par convaincre du « primat » de la refonte de l'Etat de droit (droit positif d'un côté, droit islamique de l'autre).
Jamais au grand « J » ne sera questionnée l'essence même, la nature profonde de cet Etat-là, dans ses modalités historiques d'assujettissement et dépossession de la légitimité populaire, ni encore moins dans ses logiques et dynamiques invisibles de reproduction des inégalités.
Toute « la chose politique » est alors phagocytée, aspirée par cette seule vision idéalisée de lutte pacifiée pour ce pouvoir d'Etat, même si pourtant (un vrai signe) prés de 50% de la population en âge d'exercer son droit politique n'adhérera pas à l'idée d'un processus de transition démocratique. Là aussi, historiens, sociologues diront pourquoi ce champ des « possibles de la chose publique » s'est subitement restreint, refermé, à cette seule conquête de l'Etat, alors que tout portait à croire que celui-ci, en dépit d'une continuité apparente, était en déliquescence avancée.
L'effondrement récent d'organes périphériques, publics comme privés, constituent bien, pour ainsi dire, des « révélateurs involontaires » de cette dégénérescence progressive de tout un système dans ses moindres recoins, altération qui pourrait fort bien déboucher sur une paralysie généralisée du corps social. Qu'à cela ne tienne ! On nous promet de prochaines élections et des réformes avec des mots usités et malades : acquis, renaissance….billevesées et balivernes se bousculent à qui mieux, mieux.
Jamais au grand « J », ces élites ne procéderont à un réexamen critique de leurs propres référentiels et ne s'interrogeront si d'autres options (discours et pratiques), autorisant une re-politisation authentique de la chose publique était possible et nécessaire.
Alors les sans voix aux oubliettes, bien trop acculturés et dépolitisées! Immense méprise et sans doute erreur grossière qui pourrait bien tourner au cauchemar, incapables que sont ces élites de décrypter, au-delà des apparences « anarchiques », les colères et violences aveugles, exactions, sabotages et toutes ces formes inusitées, anachroniques, de résistance passive. Impensable (au sens d'inintelligible), inacceptable (au sens de déni) dans ce pays par tradition du juste milieu (sic) de la modération (sic), et de la réforme consensuelle et graduelle (re-sic).
L'acharnement inconscient de ces forces politiques à vouloir cette refonte formelle des institutions, concomitant, il est vrai, avec leur propre souci de devenir et de reproduction pérenne (cooptation, limitation de l'expression directe), explique sans doute cette prégnance de visions, des représentations abondamment formatées aux logiques institutionnelles et réformistes (Elite – peuple / Etat - société). Les forces en présence n'ont au fond qu'une seule et unique réponse: le retour à l'ordre et à la stabilité par la restauration de l'autorité de l'Etat nouveau (sic).
Pourtant tout porte à croire que cette transition là est une impasse dangereuse car ce n'est pas tant l'ordre et la stabilité, mais bien l'ordre social qu'il faut changer. Une classe politique bien étrange à vrai dire qui semble toujours avoir cette condescendance mais aussi cette peur du peuple et de ces foules déchaînées.
Sans vouloir faire de mauvais procès, ces forces semblent redouter le surgissement maladroit (jugé anarchique), de tous ces réfractaires à cette seule logique institutionnelle, ne disposant ni des mêmes grilles de lecture (inconséquentes), ni des mêmes priorités (irrationnelles) ni encore moins du même temps (insensé)…De quoi se poser la question ?
Alors, la perspective qui se dessine, fort malencontreuse sans être inexorable, c'est cette polarisation extrême, incarnée pour l'heure par le couple Ennhadha – Nida Tounès, et qui, forcement et de manière irrésistible, va occasionner un nouveau séisme politique pour ne pas dire un schisme attentatoire….Vu en contrebas, la réalité crue de cet affrontement bipolaire ressemble étrangement, in fine, à un combat entre deux ressentiments, deux revanches, deux rancœurs sur fond d'occultation des mécanismes intimes dévastateurs et non des seules scories visibles, abjectes, de cet Etat, induisant le désarroi extrême du vote de dépit « utile ».
De fait ce sont deux lucidités cyniques, deux machiavélismes iniques, deux autoritarismes ontologiques, rivés au corps, qui souhaitent en découdre. Deux forces ayant bien plus de ressemblances que de dissemblances. Ressemblances, avons-nous dit ! Une authentique exécration innée du pluralisme (l'histoire en témoigne) sauf à disposer d'appoints utiles mais inoffensifs. Une communion partagée et indéfectible dans les vertus du libéralisme. Une haine de ce qui ressemble de près comme de loin et de tous ceux qui se revendiquent du progressisme radical, de l'égalité réelle, de l'équité sociale. Tous deux prennent grand soin bien évidemment de masquer tout cela, mais tous deux conservateurs et thuriféraires de la rente et des privilèges de la proximité du pouvoir « élu », presque comme au bon vieux temps.
Le décor est d'ores déjà planté. Le premier agite le spectre du retour des affairistes corrompus, oppresseurs, tortionnaires, sur fond de société gagnée par l'immoralisme et la dissolution des mœurs. Le second, fort du mécontentement populaire et des attaques répétées contre les libertés acquises de haute lutte agite l'épouvantail du péril théocratique et réactionnaire reniant aussi les avancées sociales (émancipation des femmes)
Une nouvelle réplique sismique de cet Etat-là s'annonce, mais sous la forme du petit père du peuple contre un père fouettard. On a quelque mal à discerner le vice de la vertu. Ce nouvel emballement centrifuge met bien évidement à mal toutes les autres forces. Ces dernières un pied dans cet Etat, l'autre à l'extérieur, comme celles qui piaffent d'y entrer, manquent à l'évidence de cette lucidité prospective. Alors, impasse possible, impuissance à penser autrement, sans doute…. mais cette révolution ne semble pas avoir dit son dernier mot.
*Hédi Sraieb, Docteur d'Etat en économie du développement.


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